Les femmes sont moins hospitalisées que les hommes pour des crises cardiaques au Québec, mais quand elles le sont, elles décèdent davantage dans les années qui suivent.
C’est l’une des constatations faites par des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dans une étude récente intitulée Portrait de l’infarctus aigu du myocarde de 2006 à 2022.
Lors de cette recherche, une attention particulière a été accordée aux différences entre les deux sexes quant à l’impact de l’infarctus aigu du myocarde, communément appelé « crise cardiaque ». Les résultats sont éloquents : les hommes présentent trois fois plus d’hospitalisations pour un infarctus, tandis que la mortalité des femmes est presque le double.
Pour la période étudiée de 2006 à 2022, les femmes font un premier infarctus plus tard dans leur vie que les hommes. « L’âge au premier infarctus entre ces années est passé de 74 à 76 ans chez les femmes et de 66 à 71 ans chez les hommes », écrit l’INSPQ dans son rapport. La première hospitalisation pour infarctus chez les femmes a donc lieu 5 à 8 ans plus tard, selon les années.
Les hommes sont plus nombreux à faire une crise cardiaque. En 2022, ils formaient 57% des 21 910 personnes âgées de plus de 20 ans qui ont été hospitalisées pour la première fois pour un diagnostic d’infarctus.
Toujours en 2022, la mortalité brute des femmes (11%) a été 53% supérieure à celle des hommes (7,2 %), souligne toutefois l’organisme public.
De 2006 à 2022, l’âge au décès a augmenté de 79 à 82 ans pour les deux sexes réunis, mais il a été significativement plus élevé chez les femmes. « L’âge au décès est passé de 82 à 84 ans chez les femmes et de 77 à 80 ans chez les hommes, soit de 4 à 5 ans de plus, selon les années, pour les femmes avant leur décès », écrivent les auteurs du rapport.
Soixante personnes hospitalisées chaque jour
Selon les plus récentes données, dit ce rapport de l’INSPQ, 60 personnes chaque jour au Québec sont hospitalisées pour la première fois pour infarctus.
Durant la période 2006-2022, le nombre de nouveaux cas (incidence), le nombre total de cas (prévalence) et la mortalité, toutes causes confondues, après hospitalisation pour infarctus sont demeurés stables au Québec.
Parmi les personnes déjà hospitalisées pour infarctus, près de 54 décèdent chaque jour de différentes causes. Il s’agit d’un taux de décès toutes causes confondues quatre fois supérieur comparativement aux personnes n’ayant jamais été hospitalisées pour une crise cardiaque.
Si dans l’ensemble, le nombre d’infarctus varie peu depuis plusieurs années, les chercheurs constatent que l’incidence et la prévalence sont en diminution chez les hommes, mais en hausse chez les femmes.
Le double de décès chez les femmes
Non seulement les crises cardiaques sont-elles en augmentation chez les femmes, mais elles ont été plus nombreuses à en décéder. En 2022, il y a eu trois fois plus d’hospitalisations chez les hommes que chez les femmes, mais presque le double de décès chez les femmes par rapport aux hommes.
Cela signifie, interprètent les chercheurs, que « les femmes sont moins hospitalisées pour infarctus, mais que leurs infarctus sont associés à une mortalité toutes causes supérieures dans les années qui suivent l’hospitalisation ».
Tout au long de la période étudiée, on observe davantage de décès (toutes causes confondues) chez les femmes déjà hospitalisées pour une crise cardiaque que chez les hommes, alors que l’incidence est moindre.
« C’est chez les femmes âgées de 50 à 64 ans que cet écart est le plus grand comparativement aux hommes : en 2022, le taux de mortalité est presque le double (1,7 fois) chez les femmes tandis que la prévalence est trois fois supérieure chez les hommes », précise l’INSPQ.
Pourquoi les femmes sont davantage victimes
De nombreux facteurs peuvent expliquer ces disparités au niveau cardiaque entre les femmes et les hommes, disent les auteurs de l’étude. En voici notamment quelques-uns.
– Une pathologie distincte de celle des hommes, c’est-à-dire que les mécanismes de l’infarctus diffèrent entre les sexes.
– Des facteurs de risque qui leur sont spécifiques, tels que des règles hâtives (avant 11 ans), une ménopause précoce (avant 40 ans), des troubles liés à la grossesse, comme le diabète gestationnel, la prééclampsie et l’accouchement prématuré, et plus de maladies auto-immunes inflammatoires chroniques.
– Une perception erronée que les femmes sont à faible risque d’infarctus.
– Le sous-diagnostic d’infarctus, notamment du fait de symptômes supplémentaires qui ne sont pas associés à l’infarctus chez les hommes.
– Des soins post-infarctus sous-optimaux.
– Des complications post-infarctus plus élevées, notamment des saignements et une incidence plus élevée d’insuffisance cardiaque.
– Une sous-représentation dans les essais cliniques, « ce qui limite les analyses et les perspectives basées sur le sexe et le genre ».
– Une combinaison de tous ces facteurs et d’autres facteurs sociaux.
Ces constatations font dire aux chercheurs que des campagnes publiques d’information et de sensibilisation devraient cibler les femmes et les professionnels de la santé pour augmenter la conscience de leur risque d’infarctus et la promotion d’une bonne santé cardiovasculaire.
Différences régionales
La recherche au Québec montre que l’incidence des crises cardiaques serait plus élevée dans certaines régions rurales, ce qui pourrait trouver son origine dans certaines habitudes de vie, telles que le tabagisme.
C’est le cas de quatre régions parmi les six présentant une incidence d’infarctus supérieure où la proportion de fumeurs est plus élevée que la moyenne québécoise : Abitibi-Témiscamingue, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Côte-Nord et Laurentides.
Le rapport de l’INSPQ signale aussi que les personnes habitant en régions rurales présentent un risque accru de décès après un infarctus comparativement à celles qui vivent en régions urbaines.