Interrogée par la presse parlementaire le 21 avril dernier à Ottawa, au pire des inondations printanières qui frappent plusieurs communautés au Canada, la ministre fédérale Eleanor Olszewski a dit qu’elle ne pouvait pas garantir que le gouvernement canadien mettra en place le Programme national d’assurance contre les inondations « à court terme ».
Son commentaire apparaît dans une dépêche de Nick Murray, journaliste de la Presse canadienne, et reprise par la CBC. La ministre Olszewski confirme que le gouvernement fédéral étudie toujours la possibilité de créer ce programme et qu'il était toujours considéré comme une priorité.
Selon elle, le mécanisme à mettre en place est complexe, notamment lorsqu’il s’agit de déterminer la structure la plus viable pour un tel programme d’assurance. Elle n'a pas voulu identifier les obstacles qui posent problème.
Mme Olszewski est ministre de la Gestion des urgences et de la Résilience des communautés au sein du gouvernement de Mark Carney. Elle est également ministre responsable de l'Agence du développement économique du Canada pour la région des Prairies et députée de la circonscription d'Edmonton-Centre en Alberta.

En entrevue téléphonique avec le Portail de l'assurance, Liam McGuinty, vice-président aux affaires fédérales du Bureau d’assurance du Canada (BAC), réagit favorablement à cette annonce. « Si le gouvernement fédéral persiste avec le Programme national d'assurance contre les inondations, il doit être adapté au contexte actuel », dit-il.
« Depuis que nous avons commencé à parler d'un tel programme il y a de nombreuses années, le marché de l'assurance contre les inondations fluviales a évolué. Notre secteur et nos souscriptions globales se situent désormais dans les 90% des profils de risque les plus élevés », note M. McGuinty.
« On observe une plus grande propension au risque et des méthodes de souscription plus sophistiquées, poursuit-il. Par conséquent, le marché de l'assurance inondation fonctionne comme prévu. Le message adressé aux pouvoirs publics est donc clair : il faut prendre le temps de bien concevoir ce système. Une conception réussie est bien plus importante qu'une mise en œuvre précipitée. »
Le déficit de couverture
Comparativement à la situation décrite dans le rapport de 2022 du Groupe de travail sur l'assurance contre les inondations, créé par le gouvernement canadien pour mettre en œuvre la promesse électorale faite par l'ex-premier ministre Justin Trudeau en 2019, le déficit de couverture entre les pertes économiques associées aux inondations et les dommages assurés s'est grandement réduit, affirme Liam McGuinty. « Nous ne sommes plus confrontés à une absence généralisée de couverture. La définition du problème a donc évolué », dit-il.
« Le défi actuel est ciblé. Il se concentre sur les propriétés les plus à risque, souvent en raison de choix d'emplacement et d'anciens modes d'utilisation des sols », ajoute-t-il. « Le marché réagit au déficit de couverture contre les inondations terrestres, notamment grâce à une meilleure modélisation et à une augmentation de l'appétit pour le risque. »
Liam McGuinty insiste : l'industrie de l'assurance ne peut régler seule les problèmes causés aux Canadiens par le risque d'inondation. La valeur des réclamations associées à ce péril a augmenté de 300% en 20 ans, selon le BAC.
Les primes d'assurance habitation sont en hausse, mais cette augmentation est le symptôme d'un mal plus profond : « Le problème, c'est que nous ne sommes pas suffisamment résilients face aux changements climatiques, et les inondations constituent notre principal risque climatique. C'est pourquoi nous avons toujours plaidé pour un programme de protection contre les inondations ciblé sur les ménages les plus exposés », indique-t-il.
Ce programme devient alors complémentaire à un marché privé qui fonctionne adéquatement, mais il doit aussi être accompagné de mesures visant à augmenter la résilience des communautés, selon M. McGuinty. « Nous devons veiller à prendre les bonnes mesures, en parallèle ou en complément d'un programme de prévention des inondations. Cela inclut la cartographie des zones inondables, la rénovation des bâtiments existants, des investissements dans des infrastructures résilientes, bref, tout ce qui protège notre parc immobilier. »
Cela signifie aussi ne pas aggraver le problème. « Nous devons également commencer à construire les nouvelles habitations correctement, c'est-à-dire en adoptant des normes de construction plus résistantes, tant au niveau provincial que national. »
Il cite l'étude de l'Institut climatique du Canada où, en raison de l'empressement des communautés à résoudre la crise du logement, on disait craindre de voir se construire ces nouveaux immeubles dans des zones inondables. « Nous allons construire plus de 500 000 logements dans des zones inondables à haut risque. Selon nous, il s’agit d’un débat bien plus vaste que celui des assurances. C’est l’enjeu d’une politique publique efficace en matière de résilience, à tous les niveaux de gouvernement », explique Liam McGuinty.
Depuis la publication du rapport du Groupe de travail, les chiffres montrent que si le déficit de couverture a été réduit, la réalité demeure : environ 1% des propriétés, soit celles situées dans les zones les plus à risque, représentent environ 40% de toutes les pertes découlant des inondations, selon M. McGuinty.
Les fortes pluies
Les inondations printanières sont au rendez-vous en 2026. Au Québec, des quartiers de Rigaud et de Gatineau, parmi les municipalités touchées par les inondations de 2017 et de 2019, ont encore été inondés cette année. « Je crois que l'on observe des régions qui, traditionnellement, n'étaient pas considérées comme vulnérables aux inondations, et qui sont désormais confrontées à un risque d'inondation accru. C'est le cas dans certaines parties du Québec, de l'Ontario et ailleurs au Canada », constate Liam McGuinty.
À son avis, la tendance est très claire : parmi tous les aléas climatiques, les inondations sont les plus coûteuses. « La conclusion à tirer est que nos systèmes de défense sont insuffisants face à cette hausse des risques », dit-il. « Nous n'avons tout simplement pas pris les décisions qui nous permettraient d'assurer notre sécurité », conclut M. McGuinty.
Autres réactions
Le chercheur Bernard Deschamps, ex-directeur général de la Mutuelle des municipalités (aujourd'hui le Fonds d'assurance des municipalités du Québec ou Fonds FQM), rappelle que le gouvernement fédéral dispose d'un programme, les Accords d'aide financière en cas de catastrophe (AAFCC), qui a été modifié en 2025 pour y inclure des incitatifs visant à atténuer les risques.

Le programme national d'assurance contre les inondations « est calqué sur le Flood Re en Grande-Bretagne », écrit-il. « C'est un projet politique, encouragé par l'industrie de l'assurance qui aurait bien souhaité transférer l'odieux de l'écart de protection au secteur public », poursuit-il.
Ce programme britannique comporte une faille que le projet canadien allait reproduire. « En plafonnant les primes, il annule le signal de prix et n'offre aucun incitatif réel aux citoyens pour réduire leur propre exposition au risque », note M. Deschamps, qui vient de terminer ses études de doctorat qui portaient précisément sur la réduction du risque lié aux inondations.
Le gouvernement britannique avait créé Flood Re pour compenser le retrait des assureurs privés. Au Canada, la situation est différente, car les assureurs ne couvraient pas les inondations terrestres avant 2015. Les couvertures offertes demeurent « très timides, particulièrement au Québec », selon Bernard Deschamps.
Il conclut : « Ce sont les provinces, les municipalités et les citoyens qui devront assumer leur part de responsabilité dans la réduction du risque d'inondation. »

De son côté, le directeur général du Consortium Ouranos, Alain Bourque, ne considère pas que cette annonce est décevante. « Le dossier est complexe », écrit-il par courriel à la demande du Portail de l'assurance. Le programme national d'assurance contre les inondations « pourrait coûter trop cher » en plus de ne pas « favoriser la réduction des risques », selon lui.
La répartition des rôles et des contributions respectives du secteur privé et de l'État est à définir, tout comme la contribution des provinces, ajoute-t-il en faisant référence à la cartographie des zones inondables.
« Il demeure intéressant de voir que le (gouvernement) fédéral semble encore juger le dossier relativement prioritaire », conclut-il.