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L’émission simplifiée repousse les limites de la tarification

par Alain Thériault | 18 septembre 2018 07h00

Jadis réservés aux personnes difficiles à assurer, les produits à émission simplifiée se sont mutés en produits simplifiés à tarification complète. L’intelligence artificielle leur permet de se poser en alternative des produits traditionnels à émission simplifiée.

Il y a à peine quelques années, un délai de plusieurs semaines pouvait s’écouler avant qu’un client se voie émettre une police d’assurance vie. Depuis longtemps, les produits à émissions simplifiées permettaient de réduire les délais, mais à un prix plus élevé. Maintenant, des produits à tarification complète peuvent aussi le faire, grâce à l’intelligence  artificielle. Et souvent au même prix qu’un produit traditionnel.

Selon Pierre Vincent, vice-président principal, assurance individuelle et ventes d’iA Groupe financier et président d’iA Excellence, il incombe de dresser une ligne entre produit simplifié basé sur un ensemble limité de questions fermées et produit simplifié par l’automatisation. « Avec l’automatisation, un moteur d’inférences consulte des bases de données en temps réel. Cela permet de ne soumettre au client que les questions qui concernent sa condition », explique-t-il.

Le tarificateur d’un produit à émission simplifiée sélectionne toutefois les risques à partir d’une liste de questions statiques, précise le vice-président principal d’iA. « À partir des réponses et de certains critères, l’assureur sait quel risque de mortalité il peut avoir. Son prix sera plus élevé que celui d’un produit traditionnel. »

La révolution des algorithmes

La révolution vient des algorithmes, souligne M. Vincent. iA l’expérimente avec ses produits EVO, ainsi qu’Assur & Go d’iA Excellence.

« Nos outils nous permettent d’obtenir les informations avec lesquelles nous pouvons cibler les bonnes questions, spécifiquement pour chaque client. Ainsi, ils peuvent souscrire des montants d’assurance de plus en plus élevés, à travers un processus simple. Notre gamme de produits permet à un client de 50 ans de souscrire un montant de 500 000 $, à un prix identique à ce qu’il en couterait lors d’un processus de sélection complet traditionnel », soutient-il.

Ces produits de pleine sélection permettent de prendre 55 % des décisions au point de vente. « La ligne entre émission simplifiée et pleine sélection s’amenuise de plus en plus. Peut-être que dans un an ou deux, il n’y aura plus de différence. »

L’actuaire de formation signale que l’algorithme de l’assureur s’améliore continuellement dans ses décisions au point de vente. « Il accepte les assurés au point de vente ou les réfère à la tarification pour aller plus en détails, dit M. Vincent. Si l’algorithme refuse le client, il dit pourquoi, et si celui-ci est prêt à payer une prime plus élevée, nous pouvons dire : voici le risque et voici combien ça coute. Nous continuerons à augmenter la limite d’assurance et rendre le processus d’achat plus simple. »

Repousser les limites de l’acceptation

Les produits simplifiés pour personnes difficiles à assurer ne disposent pas de tout cet équipement technologique. Ils tiennent néanmoins leur marché bien en main.

iA offre les produits Accès Vie. Humania distribue la série de quatre produits Assurance sans examen médical (ASSEM) assurance vie, maladies graves, dettes et revenu). Les deux assureurs disent connaitre beaucoup de succès avec leur gamme respective.

Plan de Protection du Canada en fait aussi son pain et son beurre. Avec le soutien de Financière Foresters comme preneur de risque, l’agent général offre une gradation de produits allant de l’acceptation garantie et différée au produit de pleine tarification, en passant par de l’assurance simplifiée sans exigence médicale qui peut couvrir jusqu’à 500 000 $.

« En 20 ans, nous avons accumulé beaucoup d’expérience dans ce créneau, ce qui nous a permis d’améliorer notre offre, souligne Pierre Vincent, d’iA. Plusieurs clients de ces produits à émissions simplifiés sont des gens plus difficiles à assurer. On y retrouve aussi des gens en santé qui veulent un processus simple pour des montants d’assurance plus bas, par exemple de 100 000 $ à 150 000 $. »

Couvrir les gens refusés

Pour sa part, Stéphane Rochon, PDG d’Humania Assurance, rappelle que sa compagnie occupe ce créneau depuis cinq ans. L’assureur affirme avoir pu ainsi donner accès à de l’assurance à une partie des 5 à 6 % de Canadiens refusés chez d’autres assureurs, et aux 20 à 25 % refusés en maladies graves et en assurance invalidité. « Il reste toujours une importante place pour les produits simplifiés traditionnels, qui posent volontairement moins de questions pour une plus grande prise de risque à un prix plus élevé, renchérit Stéphane Rochon. Le produit automatisé HuGO ne pourra assurer un client qui a eu un cancer il y a deux ans. ASSEM le pourra. Nous le prenons même si le risque est aggravé, car dans l’ensemble, ce client n’est pas si risqué. »

Afin de rendre le produit encore plus accessible, l’assureur compte, dès le mois de novembre, augmenter l’âge d’adhésion à 70 ans (65 ans actuellement) pour l’assurance vie, et élargir l’offre du produit, sous certaines conditions, à des gens qui n’occupent pas un emploi rémunéré au moment de la souscription. « Il n’est pas banal d’augmenter l’âge de 5 ans et d’élargir au travailleur à temps partiel, soutient M. Rochon. Avant, tout le système de sélection des risques était basé sur le fait que les gens travaillent à temps plein. »

Vice-président régional des ventes, Québec Centre, de Plan de protection du Canada (PPC), Alain Plante souligne qu’avec les produits à émission simplifiée, on est bien loin des livres de taux encore utilisés il y a 20 ans. Cette évolution a permis de repousser les limites de l’acceptation, a-t-il affirmé lors la Journée mondiale de la santé financière, qu’a organisée le Conseil des professionnels en services financiers (CDPSF), et à laquelle le Journal de l’assurance a assisté.

« L’assurance à émission simplifiée a imposé une nouvelle façon de faire : la tarification non médicale. Elle réside uniquement dans les questions, rappelle M. Plante. Vous répondez oui et on vous dirige vers un produit plus restrictif. Vous répondez non et vous avez un produit avec de meilleures conditions. »

Une assurance peu importe les conditions

Depuis sa fondation en 1992 par David Slabodkin, PPC a accumulé des statistiques qui lui permettent d’offrir une assurance « peu importe les conditions », dit M. Plante. « Le médecin dira d’une personne diagnostiquée d’un cancer métastatique qu’il a une espérance de vie allant de six mois à deux ans. Impossible pour ces gens d’avoir une assurance traditionnelle », dit M. Plante.

Le data accumulé par PPC leur permet d’avoir une perspective différente. « Nos statistiques nous disent que beaucoup de ces gens vivront plus de deux ans. Nous avons un produit conçu en fonction de cette réalité : Assurance Vie Acceptation Garantie, dont la couverture est différée. Limité à 25 000 $ d’assurance vie, l’assureur ne paiera que si le décès survient au-delà de 24 mois après l’établissement de la police », dit M. Plante.

Des cas concrets

Dans le cas d’une personne qui a eu un tel diagnostic il y a 13 ans et qui est en rémission depuis 11 ans, les possibilités s’ouvrent à un produit aux meilleures conditions, ajoute-t-il. « Nous demanderons si la personne a souffert d’un cancer dans les 10 dernières années. Dans le cas présent, la personne a pu obtenir une Assurance Vie Élite Simplifiée. »

La couverture d’assurance de ce produit est payable immédiatement en cas de décès. Elle offre de meilleurs prix. « Une personne qui a eu un cancer non agressif et est considérée en rémission depuis 5 ans peut obtenir jusqu’à 500 000 $ de couverture d’assurance vie immédiatement. »

M. Plante ajoute qu’une personne en rémission depuis trois ans peut recevoir jusqu’à 350 000 $ d’assurance avec une couverture différée pendant seulement un an, et une couverture de 50 % du capital durant la deuxième année.

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