Une nouvelle étude du Financial Planning Standards Board Ltd. (FPSB) révèle que les entreprises canadiennes de services financiers adoptent l’intelligence artificielle (IA) plus rapidement que leurs homologues ailleurs dans le monde. Selon le rapport mondial 2026 Impact of AI on Financial Planning, les planificateurs financiers qui travaillent au sein de ces entreprises réclament des directives plus claires de la part de leurs organisations afin de favoriser une utilisation responsable de cette technologie.

Selon le rapport, neuf répondants canadiens sur dix affirment que leur entreprise utilise déjà l’IA ou prévoit le faire au cours des 12 prochains mois. Ils soulignent toutefois que les entreprises ne disposent pas encore toutes de politiques ou de directives encadrant son utilisation : 37% des répondants indiquent que leur entreprise possède une politique complète, 26% rapportent l’existence de certaines règles générales et 16% affirment que leur entreprise n’a encore aucune politique en place.

À l’échelle mondiale, la proportion d’entreprises disposant d’une politique complète s’établit à 23%.

Tashia Batstone

« Il subsiste encore des lacunes sur le plan de la gouvernance », a déclaré Tashia Batstone, présidente et cheffe de la direction de FP Canada, en entrevue avec le Portail de l’assurance. « Je pense qu’il est nécessaire que les organisations et les cabinets rattrapent leur retard et s’assurent de mettre en place les mesures de protection appropriées, notamment en ce qui concerne les politiques encadrant l’utilisation de l’IA, ainsi que les circonstances et les façons dont les gens devraient l’utiliser. »

Fait intéressant, les répondants canadiens sont moins nombreux que leurs homologues étrangers à estimer que l’IA réduira le coût des services de planification financière. La moitié des répondants canadiens partagent cet avis, comparativement aux deux tiers des répondants à l’échelle mondiale.

Bien qu’aucune explication précise ne soit donnée pour cet écart, deux facteurs pourraient entrer en jeu : les entreprises canadiennes ont adopté l’IA plus rapidement et depuis plus longtemps que certaines de leurs homologues étrangères, ce qui leur donne une plus grande expérience pratique de la technologie, tandis que le recours aux services de planification financière est plus répandu au Canada que dans tous les autres pays affiliés au FPSB.

« Les États-Unis comptent beaucoup plus de planificateurs financiers, mais notre taux de pénétration du marché est plus élevé. À l’échelle nationale, la proportion de personnes qui font affaire avec un planificateur financier est plus élevée chez nous que partout ailleurs dans le monde », souligne Mme Batstone.

De nouvelles possibilités

Selon l’étude du FPSB, les planificateurs financiers canadiens estiment que l’IA améliorera la qualité des conseils en planification financière et créera de nouvelles possibilités pour les professionnels. Les résultats du sondage indiquent que 71% des répondants croient que l’IA améliorera la qualité des conseils financiers, contre 67% en 2025, tandis que 59% estiment que cette technologie créera de nouvelles possibilités, comparativement à 57% l’année précédente.

FP Canada espère que cette évolution permettra aux planificateurs de servir davantage de clients issus de communautés mal desservies. Les planificateurs soulignent toutefois que, dans les faits, il existe une limite au nombre de relations qu'une personne peut entretenir à un moment donné.

Jason M. Pereira

« De façon générale, depuis que le secteur a commencé à adopter les technologies, la tendance a été de servir moins de clients, et non davantage », a déclaré Jason Pereira, planificateur financier agréé (Certified Financial Planner ou CFP en anglais), fellow de FP Canada, associé et planificateur financier principal chez Woodgate Financial Inc., en entrevue avec le Portail de l’assurance. « Est-ce que cela me permet d’en faire davantage pour mes clients? Absolument. Cela me permet d’accomplir plus rapidement ce que je fais déjà. Cela me permet d’en faire plus, plus vite. »

M. Pereira est lui-même un utilisateur chevronné de cette technologie. Il donne des conférences sur le sujet, conseille plusieurs entreprises technologiques et fait largement appel à l’IA dans sa pratique.

Première étape : utiliser la technologie

Le sondage du FPSB révèle que 38% des planificateurs financiers estiment que l’IA a légèrement amélioré leur efficacité au travail, 21% affirment qu’elle l’a améliorée considérablement et 7% jugent que son incidence a été très importante.

M. Pereira décrit concrètement les gains d’efficacité qu’il réalise dans son entreprise, mais souligne que la charge cognitive nécessaire pour y parvenir est importante et que la courbe d’apprentissage peut être abrupte.

« À ce stade-ci, nous n’en sommes encore qu’aux tout débuts. Je dirais que la charge cognitive nécessaire pour véritablement maîtriser ce type de technologie est beaucoup trop importante pour que le conseiller moyen envisage même de s’y attaquer », ajoute-t-il. « Cela deviendra plus facile. La technologie deviendra plus facile à utiliser, mais avant toute chose, les conseillers doivent commencer à l’utiliser eux-mêmes et à l’expérimenter pour essayer de comprendre tout ce qu’il est possible de faire. Ils doivent se renseigner sur ce qui est même possible. »

Une fois que les conseillers comprennent ce que la technologie permet de réaliser, il les encourage à examiner l’ensemble de leurs processus. « On ne peut pas améliorer quelque chose qui n’est pas défini, n’est-ce pas? Ils ont besoin de processus clairement définis. Ils doivent comprendre la technologie, puis commencer à assembler les différentes pièces du casse-tête. »

Responsabilité individuelle et entrepreneuriat

Attendre que les courtiers en épargne collective trouvent la solution n’est pas la bonne approche, ajoute-t-il. À ce stade-ci, les conseillers qui souhaitent être des chefs de file dans l’utilisation de l’IA au sein de leur pratique doivent faire preuve d’une véritable responsabilité individuelle et d’un esprit entrepreneurial.

« Ils vont trouver des solutions qui répondent à leurs besoins généraux et qui s’adressent à un public général, jamais à votre entreprise en particulier », souligne-t-il. « Prenez les choses en main ou acceptez la médiocrité de rester dans la moyenne. »

Selon lui, lorsqu’un planificateur ou un conseiller aura compris l’étendue des possibilités offertes par l’IA, il constatera que la production de rapports et la prise de notes lors des rencontres figurent parmi les cas d’utilisation les plus simples.

Repenser les processus de travail

« La réalité, c’est que la plupart des gens utilisent l’IA comme une version améliorée de Google, qui est, à vrai dire, une version plus coûteuse de Google. En réalité, elle peut littéralement accomplir le travail des humains. Pour qu’une entreprise puisse véritablement exploiter cette technologie, elle doit prendre du recul et repenser ses processus de travail : les tâches à accomplir, ses processus, les moments où un humain doit intervenir, ceux où un logiciel traditionnel fonctionnant selon des règles déterministes doit intervenir et ceux où l’IA doit intervenir », explique-t-il. « La seule façon d’exploiter véritablement toute la puissance de cette technologie, c’est de réinventer sa façon de travailler, point final. »

Il affirme également que la maturité numérique nécessaire pour exploiter une entreprise qui utilise l’IA implique d’assumer la responsabilité des résultats lorsque des tâches sont déléguées à cette technologie, de comprendre comment elle est parvenue à une solution et de vérifier la validité des résultats qu’elle produit.

« Cela peut fonctionner plus rapidement. Cela peut paraître plus impressionnant, mais cela ne change absolument rien », souligne M. Pereira. « On ne peut pas rejeter la faute sur l’outil », ajoute-t-il. « Le danger avec l’IA, comme avec beaucoup d’autres technologies, c’est de la traiter comme une boîte noire. Vous êtes responsable. Il vous incombe de comprendre comment elle est parvenue à cette solution, ce que vous lui avez fourni comme données et comment elle en est arrivée à cette conclusion. »

Quant à la façon dont cette technologie transforme le comportement des clients, Mme Batstone souligne que les résultats du sondage indiquent qu’un nombre croissant de clients se présentent à leurs rencontres avec des questions, après avoir généralement consulté au préalable un outil d’IA.

« Ils ont déjà posé une question à une IA et cherchent à faire valider la réponse », explique-t-elle. « Le consensus était que cela offre au planificateur financier une excellente occasion d’avoir avec son client une conversation qu’il n’aurait peut-être pas eue auparavant. »

Ce que souhaitent les planificateurs

Alors que l’adoption de l’IA s’enracine davantage dans les secteurs des services financiers partout dans le monde, les planificateurs interrogés dans le cadre du rapport du FPSB considèrent que l’éducation et la formation en matière d’IA constituent le principal levier pour en assurer une utilisation sûre et responsable. Ainsi, 34% réclament davantage d’éducation et de formation, tandis que 50% souhaitent approfondir leurs compétences professionnelles en analyse et en interprétation des données.

« Au Canada, les attentes de nos parties prenantes sont assez constantes. Elles souhaitent obtenir davantage de soutien pour s’assurer de respecter les exigences de conformité liées à l’utilisation de l’IA », indique Mme Batstone.

Pour répondre à cette demande, FP Canada a publié, en février 2026, des lignes directrices sur l’utilisation responsable de l’IA en planification financière et a lancé, en octobre 2026, un nouveau cours portant sur la responsabilité professionnelle liée à l’utilisation de l’IA. L’association a également établi des partenariats avec des organisations afin d’accroître la quantité de contenu consacré à l’IA dans son offre de perfectionnement professionnel.

Pour sa part, M. Pereira recommande aux utilisateurs chevronnés de se tenir au courant des informations diffusées sur la plateforme x.com, anciennement Twitter.

Les inquiétudes existentielles s’atténuent

Enfin, Mme Batstone souligne qu’un changement intéressant observé dans les données au cours de la dernière année concerne la diminution du nombre de planificateurs qui craignent que l’IA ne bouleverse leur profession.

« Cette année, ce que nous constatons, c’est, je pense, une plus grande confiance dans le fait que l’IA ne bouleversera pas nécessairement complètement la profession. Les préoccupations soulevées portent davantage sur l’utilisation responsable de l’IA, sur la nécessité de protéger les clients et sur la compréhension des enjeux de gouvernance », explique-t-elle.

« Les planificateurs financiers sont de moins en moins inquiets. Ils ont pris conscience de leur valeur; ils savent qu’ils apportent une valeur ajoutée dans leurs relations avec les clients. Ils se sentent moins menacés par l’IA et en perçoivent davantage le potentiel. »

M. Pereira résume succinctement le phénomène en affirmant que la technologie a banalisé les services les plus simples, obligeant les planificateurs à élargir leur proposition de valeur. « Cette tendance ne fera que s’accélérer », conclut-il.