Près de deux femmes sur trois, indiquent avoir de la difficulté à aborder certains problèmes de santé avec leur médecin, révèle une nouvelle étude de Croix Bleue. Pourtant, 53% des femmes souffrent d’une maladie chronique et 71% d’entre elles déclarent devoir raconter à nouveau leurs antécédents médicaux à chaque rendez-vous.

L'étude, Naviguer le système de santé : le fardeau invisible des femmes, fait ressortir l’ampleur du travail invisible que doivent accomplir les femmes pour s’orienter dans le système de santé, coordonner leurs soins et faire valoir leurs besoins lorsqu’elles ont besoin de soins médicaux. Elle est tirée d'un sondage mené auprès de 2045 répondants.

Sarah Hoffman

En entrevue avec le Portail de l’assurance, la présidente et chef de la direction de Croix Bleue du Pacifique, Sarah Hoffman, affirme que l’étude met en lumière l’occasion unique qu’ont les assureurs de jouer un rôle positif, au-delà du simple remboursement des réclamations.

« Ce que nous voulions vraiment comprendre avec cette étude, ce n’était pas seulement l’accès aux soins, mais davantage l’expérience vécue en matière de soins, explique-t-elle. Nous espérons que, dans l’ensemble, l’étude alimentera les discussions sur ce qui aide les gens à se sentir écoutés, soutenus et en confiance dans leurs interactions avec leurs fournisseurs de soins de santé. Nous espérons qu’elle aidera les Canadiens à communiquer leurs symptômes, à faire valoir leurs besoins et à s’orienter dans le système de santé. »

Les constats

Si 64% des femmes disent avoir de la difficulté à aborder certains problèmes de santé avec leur médecin, la proportion de répondantes grimpe à 81% chez celles de la génération Z, soit les 18 à 30 ans. De même, 73% des millénariales âgées de 31 à 45 ans ont déclaré trouver difficile de discuter de certaines préoccupations avec leur médecin.

« L’embarras est la principale raison pour laquelle les femmes de plus de 30 ans hésitent à faire part de certaines préoccupations à leur médecin, note Croix Bleue dans son rapport. Chez les moins de 30 ans, la crainte de voir leurs préoccupations banalisées ou d’être jugées prédomine. » Le fait que leur préoccupation soit en réalité « normale » et la durée limitée du rendez-vous sont d'autres facteurs souvent invoqués pour se retenir d'aborder un sujet.

Le sondage examine également dans quelle mesure les différents groupes se sentent soutenus par leur médecin.

« Parmi les femmes ayant senti le besoin de prouver le bien-fondé de leurs symptômes pour être prises au sérieux, plusieurs disent avoir modifié leur façon d'aborder les consultations médicales : recherche d'information médicale, description ou justification répétée des symptômes, documents ou notes écrites apportés en consultation, suivi de l'évolution des symptômes dans le temps, visites répétées et insistance sur les répercussions des symptômes dans leur quotidien, écrit Croix Bleue dans un communiqué de presse annonçant la sortie de l'étude. Ces résultats suggèrent que les femmes adaptent leur façon de communiquer afin d'augmenter leurs chances d'être entendues durant leurs consultations. »

Une occasion pour les assureurs

Bien que l’étude ait été commandée dans l’espoir de favoriser les échanges entre tous les acteurs concernés à la fois par les soins de santé et l’assurance (le public, les fournisseurs de soins de santé, les employeurs et les décideurs politiques), les assureurs sont également invités à utiliser ces renseignements pour accompagner leurs clients dans leur parcours de soins.

« Le soutien n’est pas simplement une mesure subjective; il a une véritable incidence sur la façon dont les gens interagissent avec leurs fournisseurs de soins, affirme Mme Hoffman. Lorsque les gens se sentent soutenus, ils communiquent plus ouvertement et abordent leurs rendez-vous différemment. »

Elle ajoute que le soutien que reçoivent les clients avant de consulter un médecin peut également atténuer le sentiment d’avoir à faire leurs preuves.

« Je pense que cela donne une idée des possibilités qui s’offrent à nous : aller au-delà du simple remboursement des réclamations et devenir véritablement des partenaires du système de santé », ajoute-t-elle.

Accès aux soins préventifs

Les services qui pourraient être offerts comprennent notamment de l’aide pour permettre aux Canadiens de mieux s’orienter dans le système ainsi qu’un accès à des soins préventifs et à du soutien pour les maladies chroniques.

« L’étude laisse entendre que les Canadiens veulent se sentir davantage accompagnés et souhaitent que l’ensemble du parcours de soins de santé soit moins difficile à gérer, particulièrement pour les femmes, qui assument un travail invisible dans toutes les sphères de leur vie, y compris dans leur propre parcours de soins et, très souvent, dans celui des membres de leur famille, affirme Mme Hoffman. Je pense qu’il est vraiment important d’aider les femmes à être bien informées. »

Elle souligne que fournir aux femmes les mots et les renseignements dont elles peuvent se servir lors de leurs consultations avec les fournisseurs de soins constitue une autre façon pour les assureurs de les aider. Ceux-ci peuvent notamment offrir un soutien supplémentaire en matière d’information et d’éducation.

« Il est extrêmement important de trouver des moyens de continuer à investir dans la recherche sur la santé des femmes, ajoute-t-elle. Nous veillons à donner aux femmes les outils dont elles ont besoin. »