Les risques posés par les changements climatiques ne pèsent pas aussi lourd sur les assureurs de personnes que sur les assureurs de dommages.
Néanmoins, ils y portent attention, car les effets sur leurs affaires demeurent méconnus.
La firme de notation DBRS Morningstar a évalué les stratégies des quatre plus grands assureurs au pays, qui sont aussi cotés en bourse, soit iA Groupe financier, Great-West Lifeco, Manuvie et Sun Life. Elle en dévoile les détails dans un rapport intitulé Canadian Life Insurance Companies Make Strides on Environmental Commitments.
Son constat : ces quatre grands assureurs poursuivent leurs avancées, tant pour comprendre l’impact du risque climatique sur leurs affaires qu’au niveau de leurs engagements pour être des compagnies ayant une meilleure conscience environnementale.
D’où viendront les dangers pour ces assureurs de personnes dans ce contexte ?
« Dans l’ensemble, le risque est susceptible de provenir des investissements dans les secteurs vulnérables au climat se trouvant dans leurs portefeuilles et que ces investissements deviennent des actifs bloqués. On peut alors penser à des expositions directes à des industries qui peuvent être de gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES), dont les opérations ont un impact négatif sur l’environnement, ou qui sont susceptibles d’être fortement touchées par le changement climatique », écrivent Komal Rizvi et Marcos Alvarez. Respectivement vice-présidente, assurance, et vice-président senior ainsi que chef de l’assurance, tous deux œuvrent au sein du groupe des institutions financières de DBRS Morningstar.
Une bonne nouvelle
La firme de notation dit voir d’un bon œil que ces quatre assureurs vie aient intégré des considérations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) dans leurs cadres globaux de gestion des risques d’entreprise. Ses analystes font aussi remarquer que les régulateurs ont encouragé l’intégration d’un scénario de changement climatique dans le cadre du processus de test de résistance pour chaque assureur afin d’évaluer indépendamment l’impact sur leurs opérations.
Selon Mme Rizvi et M. Alvarez, Manuvie étudie l’impact du risque climatique sur la souscription, y compris sur les hypothèses de mortalité et de morbidité. Pour les autres assureurs, l’accent est surtout mis sur l’impact de leurs investissements, font-ils remarquer.
Autre aspect étudié : la carboneutralité. Selon Mme Rizvi et M. Alvarez, les institutions financières doivent évaluer l’impact du processus de transition et les conséquences économiques qui en découlent sur leurs organisations. Par exemple, ils font remarquer que Great-West Lifeco et Manuvie ont évalué indépendamment les impacts de différents scénarios de transition sur leurs activités.
De plus, ils rappellent qu’en novembre 2020, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et la Banque du Canada ont annoncé un projet pilote qui vise à évaluer les risques que la transition vers une économie faible en carbone pourrait avoir sur le système financier. Manuvie et Sun Life y participent.
La complaisance n’est pas une option
Selon DBRS Morningstar, bien évaluer le risque climatique peut permettre aux assureurs vie de garder une longueur d’avance alors que la transition vers une économie à faible émission de carbone s’accélère.
« Le non-respect des normes émergentes en matière de divulgation environnementale et l’absence de progrès dans la réduction de l’impact des opérations sur l’environnement peuvent entraîner un risque de réputation. Les assureurs vie canadiens ont la possibilité de tirer parti de la transition vers la durabilité environnementale en créant de nouveaux produits qui répondent à la demande croissante des investisseurs pour des investissements verts. », préviennent Mme Rizvi et M. Alvarez.
Les deux analystes font aussi remarquer que Manuvie et Sun Life ont été des précurseurs à l’échelle en étant les premiers en émettant des obligations visant à financer la construction d’infrastructures vertes.
Le défi de la gestion d’actifs
Là où le bât blesse davantage pour les quatre grands assureurs vie canadiens, c’est au niveau de la gestion d’actifs, affirme DBRS dans son rapport. « Les assureurs vie canadiens n’ont pas encore adopté une approche d’exclusion générale concernant les secteurs qui sont vulnérables au risque climatique ou qui peuvent être considérés comme nuisibles à l’environnement. Toutefois, la diversification des portefeuilles d’investissement et la qualité de crédit élevée des participations limitent l’impact que le risque climatique peut avoir sur les assureurs », indiquent Komal Rizvi et Marcos Alvarez.
Ils font toutefois remarquer que des efforts ont été déployés, notamment chez Sun Life, pour intégrer les risques liés au climat dans le processus de gestion des risques des investissements. De plus, pour répondre à la demande des investisseurs, les assureurs vie ont élargi leur offre de fonds ESG. « Les assureurs vie sont dans une position unique pour aider les clients à intégrer les considérations ESG dans les investissements qu’ils réalisent », font remarquer les deux analystes.
Ils donnent en exemple le cas de Sun Life, qui, en 2020, a lancé un cadre exclusif d’évaluation de l’intégration ESG pour aider les promoteurs de ses régimes de retraite collectifs à prendre des décisions éclairées concernant les options de placement qu’ils offrent à leurs employés. Dans l’ensemble, les assureurs vie ont aussi accru leurs engagements dans les énergies renouvelables, font remarquer les deux analystes.
« Alors que la durabilité devient un facteur de plus en plus important pour les investisseurs, elle présente des opportunités pour les assureurs vie de devenir bien positionnés pour tirer parti de l’appétit des investisseurs. Toutefois, bien qu’ils représentent une tendance croissante, les nouveaux fonds durables et les investissements accrus dans les énergies renouvelables restent une faible proportion des investissements totaux », peut-on lire dans le rapport.
Comment réduire l’empreinte environnementale ?
Selon DBRS Morningstar, les assureurs vie continuent de minimiser l’impact environnemental de leurs propres opérations. Ses analystes indiquent que les compagnies étudiées ont fait des progrès constants dans la réduction de l’impact environnemental de leurs opérations.
Du lot, trois d’entre elles se sont engagées à être carboneutres. Seule Great-West Lifeco n’a pas pris cet engagement, peut-on lire dans le rapport. Manuvie a été la première à obtenir ce statut en 2019, grâce à sa propriété d’actifs naturels tels que des terres agricoles et des forêts, suivie par iA Groupe financier en 2020 et Sun Life en 2021.
Pour réduire davantage leurs impacts environnementaux, les grands assureurs vie ont aussi pris des mesures pour réduire sensiblement leurs émissions de GES, réduire davantage les déchets, mais aussi certifier et gérer les propriétés qu’ils possèdent selon des certifications vertes. Great-West Lifeco est notamment reconnu pour être un chef de file à cet égard, selon DBRS Morningstar.