Le remboursement de médicaments pour traiter les troubles anxieux a doublé en dix ans; les consultations de soutien psychologique ont aussi grimpé durant la même période. Les données des fournisseurs d’assurance collective montrent comment évoluent les besoins des jeunes assurés et de leurs familles.

Benoit Bilodeau

« Comme assureur, on a observé une accélération des troubles anxieux chez cette clientèle-là, affirme Benoît Bilodeau, vice-président, courtage et consultation, pour le Québec chez Beneva. Dans les dix dernières années, les médicaments associés aux troubles anxieux et aux problèmes de santé mentale ont augmenté de 200%. L’utilisation des spécialistes associés aux troubles de santé mentale sur cette même période a augmenté de 250%. »

Comme chez les adultes, les médicaments représentent la plus grande part des réclamations présentées pour les personnes mineures à charge.

Andrée-Anne Bourgeois

« Règle générale, peu importe la clientèle, les médicaments représentent entre 65 et 70% de toutes les réclamations payées en assurance maladie », mentionne Andrée-Anne Bourgeois, vice-présidente, tarification, actuariat et destination, chez Desjardins Assurances.

Du côté de Beneva, les médicaments comptent pour 60% des réclamations remboursées pour personnes à charge d’âge mineur, une donnée stable depuis cinq ans, confirme M. Bilodeau. « Quand on regarde les médicaments remboursés qui servent à traiter des problèmes de santé mentale, comme l’anxiété, historiquement, ça a toujours été stable, autour de 7%, indique-t-il. Ça a augmenté en 2020-2021, à environ 8 ou 9%, et c’est demeuré ainsi depuis. »

En termes de valeur monétaire, la médication pour traiter la fibrose kystique arrive au premier rang en raison de son prix élevé, tant chez Desjardins que chez Beneva.

La deuxième catégorie de médicaments les plus remboursés englobe les traitements pour le TDAH. Chez Beneva, ceux-ci représentaient 15% de toutes les réclamations en médicaments chez les enfants en 2025.

Une statistique qui n’a rien de surprenant pour Andrée-Anne Bourgeois. « On a constaté une hausse des diagnostics depuis plusieurs années », note-t-elle, ajoutant que cette tendance se reflète dans les réclamations.

Les médicaments traitant des infections bactériennes ou des allergies, des molécules peu coûteuses, mais prescrites en grand nombre, arrivent au troisième rang.

Un plus grand besoin de se confier

Les services de santé complémentaires – psychologues, psychothérapeutes, ou travailleurs sociaux, par exemple – ont aussi augmenté depuis la pandémie.

Du point de vue des professionnels de la santé pour lesquels les honoraires sont remboursés, les services psychologiques accaparent la part du lion en valeur monétaire.

Chez Desjardins Assurances, la proportion des réclamations en services de santé complémentaires est passée de 15% à 28% chez les personnes mineures à charge. « Encore une fois, les réclamations pour des services psychologiques sont en tête au Québec, mais arrivent 2e en Ontario, relève Mme Bourgeois. Les consultations en orthophonie font aussi partie des réclamations les plus fréquentes chez nous, mais pas en Ontario. »

Chez Beneva, si on ne tient pas compte des réclamations pour des médicaments ou pour des soins dentaires, qui sont les plus importantes chez les personnes mineures à charge, ces soins de santé ont compté pour 26% des réclamations restantes en 2025. « C’est passé de 21% en 2020 à 24% dans la première année de la COVID », ajoute M. Bilodeau pour souligner cette croissance.

Parmi les réclamations composant cette proportion (ce type de soins de santé), il remarque néanmoins que les psychologues sont passés de 88% en 2020 à 78% en 2025.

Les consultations auprès de travailleurs sociaux et de conseillers en orientation, entre autres, ont pour leur part pris du galon durant la même période, passant chacun de 5% à 9% des réclamations pour des services complémentaires. « Je pense que ça démontre un meilleur aiguillage vers des spécialistes aux services plus nichés », réfléchit Benoît Bilodeau, ajoutant que les plus jeunes ont une préférence marquée pour les consultations virtuelles.

Mais attention, comme pour la clientèle adulte, une augmentation des réclamations pour des médicaments ou des soins de santé en lien avec la santé mentale chez les mineurs ne signifie pas systématiquement qu’ils vont moins bien.

Une partie de la hausse des services peut vouloir dire que les parents sont plus nombreux à demander de l’aide et à utiliser les ressources à leur disposition, ou bien qu’ils agissent davantage de manière préventive.

« Il y a certainement une déstigmatisation générale autour des enjeux de santé mentale, autant chez les adultes que chez les enfants », souligne Andrée-Anne Bourgeois.

Miser sur la prévention

Les assureurs ont déjà commencé à adapter leurs produits à la réalité de cette jeune clientèle, de leur famille et des futurs assurés. Certains facilitent les consultations virtuelles. D'autres misent sur des comptes de gestion santé qui permettent aux assurés de choisir les services qui répondent le mieux à leurs besoins.

Mélanie Boucher

Surtout, les assureurs peuvent jouer un rôle dans la sensibilisation des parents. « On est chanceux de pouvoir compter sur Manuvie, Sun Life, Beneva et Industrielle Alliance, entre autres, pour nous soutenir dans nos activités, note Mélanie Boucher, directrice générale de la Fondation Jeunes en Tête. On constate que la santé mentale des jeunes les préoccupe beaucoup. Ils voient l’impact sur leurs réclamations. »

Mais ces entreprises pourraient faire plus, selon elle. « Il serait important que ces assureurs relaient davantage d’informations sur la santé mentale des jeunes et sur les ressources disponibles, avance la directrice générale. Les parents se sentent démunis, ne savent pas où aller chercher des renseignements. S’ils pouvaient les trouver sur les portails de leur assurance collective, ça serait bénéfique pour tout le monde. »

« On doit aider les jeunes à développer leur résilience et à reconnaître les signes quand ils vont moins bien, indique enfin Mélanie Boucher. Mais il faut aussi que les adultes de leur entourage aient les bons réflexes, qu’ils inspirent confiance. »

Sollicitées pour ce reportage, Sun Life et Manuvie ont décliné les demandes d’entrevue du Portail de l’assurance. Greenshield n’a pas donné suite.