Au début des 2000, la guerre des motards au Québec avait provoqué une vague d’incendies criminels dans des bars, ce qui avait amené une explosion des primes d’assurance pour ces établissements et le retrait d’assureurs de certaines régions.
Vingt-cinq ans plus tard, l’histoire se répète : des criminels tentent d’extorquer des sommes d’argent à des bars et restaurants, certains ont été incendiés et on craint à nouveau un effet sur les couvertures et les coûts d’assurance.
Renaud Poulin, président-directeur général de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec (CPBBTQ), raconte que lors du conflit entre les Hells Angels et les Rock Machine, la prime de l’un de ses vice-présidents était passée de 11 000 $ à 35 000 $.
« Aujourd’hui, il a peur de revivre la même chose », dit M. Poulin en entrevue avec le Portail de l’assurance.
Lors de la guerre des motards, des assureurs s’étaient retirés du secteur des bars. Des propriétaires avaient finalement confié leur marché à un courtier qui les avait approchés pour leur offrir des produits et des couvertures.
« Plusieurs établissements s’étaient regroupés pour trouver des assureurs par son entremise, dit aujourd’hui M. Poulin. Il s’est avéré plus avantageux de faire affaire avec lui. Nous travaillons toujours avec ce courtier. Ça va extrêmement bien ».
Nouvelle vague d’extorsions
Depuis l’été dernier, des propriétaires de commerces se font exiger d’importantes sommes d’argent par des groupes criminels, sans quoi leur établissement sera incendié.
La nouveauté en 2026, c’est que ces menaces ciblent maintenant, en plus des bas, des restaurants. Des marchands automobiles usagés de Terrebonne ont aussi été visés en octobre dernier.
Ces gestes d’extorsion ont d’abord été posés à Montréal, puis ils se sont étendus à Laval, Longueuil et même dans Lanaudière. À la connaissance de Renaud Poulin, cette nouvelle vague se limite pour l’instant à ces territoires. D’autres régions majeures, comme Québec, l’Estrie, la Mauricie et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, n’auraient pas été touchées à ce jour.
Si les propriétaires n’obtempèrent pas, les extorqueurs peuvent mettre leurs menaces à exécution. C’est ce qui est arrivé au restaurant Le Cartel de la Bouffe, situé dans une petite municipalité de Lanaudière, à Sainte-Julienne. Trois individus cagoulés y sont entrés par effraction dans la nuit du 15 au 16 avril dernier, ont répandu de l’essence et y ont mis le feu. Des images de caméras de surveillance ont capté la scène. Lourdement endommagé, l’établissement n’est plus en état d’opérer.
Deux autres restaurants de Lanaudière ont été visés la même nuit.
Selon ce qu’ont confié des policiers à Renaud Poulin, ces extorsions proviendraient de différents groupes criminalisés qui recourent à des mineurs pour incendier les commerces qui refusent de payer.
Les mêmes craintes en 2026
Il a fallu un certain temps lorsque la guerre des motards a pris fin dans les années 2000 avant que les primes d’assurance ne baissent et reviennent à un niveau normal.
Trente-cinq ans plus tard, est-ce que ces tentatives d’extorsion vont provoquer une nouvelle flambée des primes ou un retrait de couverture?
Deux commerces ont contacté la CPBBTQ pour l'informer que leurs assureurs avaient refusé de renouveler leur contrat.
« C’est ce que nous craignons, commente Renaud Poulin. Nous savons très bien que si ça n’arrête pas de brûler, des assureurs vont se retirer de ce marché. » Le courtier avec lequel fait affaire la CPBBTQ craint aussi des hausses de primes ou le retrait de certains assureurs, comme lors de la guerre des motards, rapporte M. Poulin.
Toutefois, lors de l’entretien avec le Portail de l’assurance le 7 mai, il n’avait pas eu connaissance de hausses de primes liées à cette criminalité ou de retrait général de certains assureurs des marchés à risques.
« Nous sommes juste à l’étape de la crainte, ajoute-t-il. Mais sans assurance, bars et restaurants ne peuvent opérer. Si la couverture devient trop élevée, ça peut aussi faire en sorte que le commerce ne soit plus rentable. »
Des établissements se voient forcés d’augmenter leur niveau de surveillance ou de sécurité pour éviter d’être la prochaine victime d’un incendie criminel.
Une opération policière ciblée
En réaction à cette nouvelle campagne d’extorsion, des corps policiers ont lancé le 30 avril une opération concertée baptisée Unis, qui regroupe des agents de plusieurs services pour contrer ces crimes. Elle réunit des policiers de la Sûreté du Québec et des villes de Montréal, Laval et Longueuil.
Le message qu’ils lancent aux commerçants sur le site web qui a été créé dans le cadre de cette stratégie est : « Aucun commerce ne doit opérer sous la menace. Parlez-nous. »
« L’avantage de ce groupe d’enquête et d’intervention, se réjouit Renaud Poulin, c’est que les propriétaires peuvent aller se confier à eux de façon confidentielle sans le faire dans la peur. »
Son souhait est d’ailleurs que les gens menacés par les extorqueurs collaborent avec les policiers afin de mettre un terme à cette nouvelle vague, et ce, avant qu’il y ait des impacts sur les primes et les couvertures d’assurance.