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Vol auto : les assureurs réclament plus de support des autorités publiques

par Vicky Poitras | 29 avril 2008 19h26

Les assureurs de dommages du Québec réclament plus de support des autorités publiques pour combattre le vol automobile. Ils reconnaissent que les corps policiers font de leur mieux pour combattre ce fléau, mais regrettent qu’il n’y ait plus d’escouade dédiée au vol auto.« On fait pression auprès des autorités publiques et le dossier est en cours, explique Joey Ouellet, directeur du service d’enquête du Bureau d’assurance du Canada (BAC) au Québec. Pour poursuivre un voleur, ça prend un agent de la paix. Au Québec, la portion vol auto est ce qui coûte le plus cher, parce que c’est ici qu’il y a le plus de vols et c’est ici aussi où on en retrouve le moins. En Ontario, il y a cinq millions d’habitants de plus. Or, il se vole moins de véhicules et les policiers en retrouvent plus qu’au Québec. Les policiers y ont des escouades mixtes, avec des enquêteurs, ce qui fait une différence. La preuve : l’opération Calepin menée au début d’avril. C’est grâce à des informations du BAC que cette enquête a pu s’amorcer. »

Aldo Arcaro, directeur plans et programmes en assurance des particuliers à L’Union Canadienne, ne cache pas que l’appui des autorités publiques pourrait être meilleur.

« On sait depuis quelques années que certains corps policiers ont coupé leur budget et qu’ils ont démantelé leurs unités d’enquêtes en vol auto. La plupart se sont limités aux réseaux, aux gangs de rue et au crime organisé. Quand vient le temps de finaliser un dossier, ils sont très coopératifs et donnent un bon coup de main », dit-il.

Chez Desjardins Groupe d’assurances générales (DGAG), on croit que les autorités publiques pourraient avoir plus de ressources. « Les policiers font leur possible avec les ressources. Le vol auto n’est pas quelque chose de populaire auprès du public et ça n’amène pas de photo dans le journal. Pas de sang, pas de bagarre et pas de photo. Les vols de véhicules ne sont pas des vols glamour, car il n’y a qu’une personne qui est touchée », affirme Stéphane Mailhot, directeur des communications de DGAG.

Le Groupe Promutuel et Assurances Banque Nationale (dont le service d’indemnisation est le même qu’AXA Assurances) disent avoir la collaboration des policiers quand vient le temps de faire appel à eux. « On sent qu’ils mettent beaucoup d’efforts pour les réseaux de vols », dit Josée Garneau, conseillère en relations publiques au Groupe Promutuel. « Il est assez rare que les policiers vont faire du cas par cas. Ils s’occupent surtout des réseaux pour les pièces et des organisations criminelles », ajoute Marie-Claude Lavigne, conseillère senior, service des relations publiques, à la Banque Nationale.

André Drolet, président d’Info-Crime et directeur national du développement des affaires de Marquage Antivol Sherlock, dit avoir une collaboration très étroite avec les corps policiers du Québec. Il ajoute qu’il est difficile pour les policiers de prioriser le vol auto, car ils sont déjà débordés avec les crimes contre la personne.

« Les gangs de rue, les demandes téléphoniques, la drogue et les crimes passionnels sont très accaparants pour les policiers. Ils veulent bien combattre le vol auto, mais ils n’ont plus les moyens qu’ils avaient avant. Toutefois, s’ils ont une information sur un réseau, c’est sûr qu’ils vont y aller », dit-il.

Serge Lescarbeau, vice-président d’Info-Crime et directeur au développement des affaires et comptes majeurs pour Belron Canada, ajoute que le vol auto vient en fin de liste des priorités des policiers, puisque l’automobile est un bien assuré. Belron se spécialise dans le remplacement et la réparation des vitres d’autos.

« Avant, les policiers allaient sur place pour voir comment le véhicule avait été volé. Ils parlaient aux voisins et portaient une attention particulière au quartier. Leur priorité est maintenant mise sur le citoyen et c’est compréhensible. S’il y a un hold-up dans une banque ou un vol d’auto, ils vont prioriser le hold-up. Le choix est facile, car l’assureur va payer pour le vol et l’assuré n’est pas en danger », dit-il.

Moyens en place chez les policiers

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) continue à mettre en œuvre divers moyens pour contrer le vol auto. Michel Guillemette, commandant, section des enquêtes Ouest, analyse et renseignement, du SPVM, affirme que les vols des réseaux et les vols individuels sont traités également.

Selon M. Guillemette, tous les policiers du SPVM travaillent pour contrer le vol auto, allant des patrouilleurs aux agents sociocommunautaires. La section des enquêtes compte du personnel dédié au phénomène. Chaque régie a aussi des enquêteurs dédiés au crime organisé, dit-il. Le SPVM ne peut pas dévoiler le nombre d’enquêteurs qui s’occupent spécifiquement du vol auto pour des raisons de sécurité.

« Nous sommes sensibles au phénomène et on veut s’en occuper, défend M. Guillemette. Nous avons beaucoup de problématiques à nous occuper, de la sécurité routière en passant par la criminalité et les gangs de rue. C’est sûr que nous dirions oui à plus d’effectifs pour le vol auto, mais ceux que nous avons sont suffisants. Dans l’ensemble, c’est un phénomène qu’on contrôle assez bien. On observe une diminution à chaque année. On retrouve entre 44 et 50 % des véhicules volés. »

Des analystes du SPVM travaillent sur les tendances du vol auto à Montréal et produisent des rapports hebdomadaires, mensuels et trimestriels pour suivre les déplacements des voleurs et les marques les plus ciblées. « On cible aussi les patrouilles pour voir où faire de la prévention et de la répression. Fin 2007, nous avons produit un rapport qui nous sert de document de réflexion à l’interne et qui nous a donné des orientations », précise M. Guillemette.

À la Sûreté du Québec (SQ), le vol auto est traité de deux façons. « Les modules d’enquêtes sur le crime organisé ajustent le nombre de policiers dédiés au vol auto selon l’ampleur des enquêtes, comme lors de l’opération Calepin. De plus, chaque district a un bureau régional d’enquête, qui fait de même », dit Joyce Kemp, sergente à la SQ.

Du côté du ministère de la Justice et de la Sécurité publique du Québec, on laisse les policiers gérer le dossier du vol automobile. « Quand il y a une grosse opération, ils nous tiennent au courant, mais on ne s’ingère pas dans les enquêtes. Il n’y a pas de directive publique pour le vol individuel, ni pour les vols par les réseaux », indique Émilie Rouleau, adjointe du ministre Jacques Dupuis.

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