François Blais

Le 31 mai dernier, Desjardins Groupe d’assurances générales (DGAG) a annoncé la clôture de la transaction qui lui confère la propriété exclusive de la Compagnie d’assurance de l’Île-du-Prince-Édouard (ICPEI). Selon François Blais, vice-président de Desjardins Assurances, cet assureur à courtage contribuera à la croissance de l’institution financière en apportant son expertise en assurance aux entreprises. 

Dans le communiqué du 31 mai dernier, le président et chef de la direction de Desjardins, Guy Cormier, indiquait : « Les ambitions de Desjardins auprès des entrepreneurs sont grandes », ajoutant que l’expertise d’ICPEI dans la distribution d’assurance par courtage permet à Desjardins de mieux répondre aux besoins des entreprises canadiennes. 

Serge Lavoie, président et chef de la direction d’ICPEI, ajoutait que la solidité financière de Desjardins permettrait à l’assureur de devenir plus rapidement un joueur plus important en matière d’assurance par courtage. 

En entrevue avec le Portail de l’assurance, François Blais explique comment l’acquisition de cet assureur contribuera à la croissance de Desjardins. « On voit ICPEI comme une plateforme qui nous permettra de mettre à contribution l’expertise en assurance des entreprises dans ICPEI et la mettre au service des besoins non comblés des membres clients de Desjardins », indique le vice-président stratégie et assurance par courtage, particuliers et entreprises chez Desjardins Assurances. 

« C’est simplement ça l’idée, on a de belles ambitions de ce côté-là. On a un potentiel qui est très grand et on a cette intention de continuer sur la lancée qu’ICPEI a au Québec et dans l’ensemble du Canada », dit-il. 

Retour dans le courtage 

La première prise de participation de Desjardins dans cet assureur, annoncée à la fin de 2022, annonçait le retour de l’institution financière dans la distribution par courtage. En procédant à cette prise de participation minoritaire, DGAG indiquait déjà son intention de l’augmenter dans un horizon de trois à cinq ans. L’annonce faite le 27 mars dernier confirmait que cet échéancier était devancé

Au début des années 1990, en créant son réseau de distribution en mode direct, Desjardins avait soulevé l’ire des courtiers qui ont cessé de lui envoyer des clients. François Blais décrit ainsi ce nouvel appétit pour la clientèle des entrepreneurs issue du réseau de courtage.

« On veut continuer de faire croître nos revenus en provenance des entreprises, tant dans le secteur bancaire qu’en assurance. C’est dans cette optique que le courtage est apparu comme un outil qui est essentiel si on veut vraiment bien répondre aux besoins des membres clients, pour ouvrir notre appétit pour le risque de façon plus large », précise-t-il. 

L’institution financière a l’avantage d’avoir accès à un très grand nombre d’entrepreneurs parmi ses clients. « Ces gens ont des besoins. C’est certainement un moyen par lequel on veut augmenter la crédibilité et la présence d’ICPEI et de Desjardins auprès du réseau de courtage », dit-il. 

Produits plus complexes 

Qu’est-ce que les courtiers ajoutent à l’offre de DGAG en assurance ? François Blais explique que Desjardins offre déjà de l’assurance aux entreprises par l’entremise de ses agents exclusifs. « Cela demeure quand même des produits qui sont plus simples, pour des plus petites entreprises, des petites et très petites entreprises », dit-il.

M. Blais ajoute : « On ne se le cachera pas, l’expérience membre client est aussi un facteur. Si on veut accompagner les entrepreneurs dans l’ensemble de leurs besoins de finance et d’assurance, leurs besoins de protection, cette nouvelle flèche dans notre carquois est un ingrédient essentiel. »

Il est encore trop tôt pour déterminer si ICPEI imitera d’autres assureurs et exigera un volume minimal de primes pour conclure des ententes de partenariat avec des cabinets de courtage. « On n’est pas rendus dans ce niveau de détail », mentionne François Blais.

Il poursuit : « Il faut savoir aussi qu’ICPEI part d’une entreprise qui était très très petite il n’y a pas si longtemps. »

Par ailleurs, il est possible que des effectifs proviennent de chez Desjardins pour soutenir la croissance de l’assureur, mais là encore, M. Blais indique qu’il est trop tôt pour le confirmer. 

La croissance 

Pour l’instant, les efforts d’ICPEI se concentreront en Ontario et en Alberta. « On veut croître dans les grandes provinces et là où il y a du potentiel. On ne se limitera certainement pas au Québec », indique François Blais. 

En faisant croître son appétit, l’assureur ne vise pas un secteur d’activités en particulier. Le vice-président de Desjardins indique que l’institution est déjà présente de manière importante dans les services financiers offerts au secteur manufacturier et au commerce de détail. « Ce sont donc des endroits qu’on va explorer. » 

Il rappelle que la clôture de la transaction est toute récente et que la planification des efforts de l’assureur se précisera dans les prochains mois. « Soyez certain qu’il y aura une adéquation entre notre position chez Desjardins et là où nous nous dirigeons avec cet assureur », souligne-t-il. 

Toute l’équipe de direction qui a participé à la privatisation d’ICPEI à l’hiver 2023, dont Serge Lavoie, continue de travailler chez l’assureur, malgré le changement de propriétaire. « On a une grande confiance dans l’équipe en place », note M. Blais. 

Volume de primes 

Selon les chiffres récemment publiés par l’Autorité des marchés financiers, ICPEI a cumulé un volume de primes souscrites de près de 71 millions de dollars (M$), dont 29 M$ provenant des produits souscrits chez les particuliers par l’entremise du réseau de courtage.

Les courtiers pourront continuer d’offrir l’assurance auto et habitation aux particuliers souscrite auprès d’ICPEI, confirme M. Blais. « On est content du volume qui est souscrit en lignes personnelles. » 

Au Canada, les produits des activités d’assurance ont atteint 117 M$ en 2023, en hausse de 38 % sur l’année précédente. Cependant, le bénéfice net a chuté de 69 % en 2023, par rapport à 2022, à 1,6 M$. Le bénéfice net était de 5 M$ en 2022.

Concernant cette baisse du bénéfice net, François Blais fournit deux explications. « Premièrement, les résultats dans les provinces de l’Est dans les lignes personnelles ont été difficiles dans toute l’industrie, et ICPEI n’y a pas échappé. Et le fonds de commerce patrimonial d’ICPEI est dans ces lignes d’affaires. » 

Par ailleurs, en devenant actionnaire en mars 2023, Desjardins avait soumis des exigences d’investissement à l’assureur pour la mise à jour de ses systèmes et en technologie de l’information. « Il y a quand même eu des dépenses supplémentaires pour commencer à construire l’équipe qui ont été engagées. Sinon, je dirais que les éléments fondamentaux de l’entreprise sont très sains », conclut M. Blais.