Un groupe de panélistes réunis récemment à Toronto dans le cadre de la présentation canadienne d’AM Best a décrit la relation entre les agents généraux gestionnaires (AGG) en assurance de dommages et les assureurs comme une relation qui évolue dans le contexte des changements structurels qui s’opèrent dans le marché de l’assurance de dommages.
La croissance importante de ce canal a incité l’association de l’industrie à commencer à mesurer les primes. Les participants ont également réclamé des changements réglementaires afin d’uniformiser quelque peu les exigences provinciales, qui varient considérablement d’une province à l’autre.
« Nous ne disons pas qu’il faut un seul organisme de réglementation. Nous disons qu’au sein de chacune des provinces, dans le cadre qui existe actuellement, il devrait y avoir une certaine uniformité », affirme Brett Boadway, directrice générale de l’Association canadienne des agents généraux principaux (CAMGA). « Je pense qu’il est de notre devoir civique de le faire et de l’encourager, parce qu’il est actuellement question d’efficacité. Il est question de rendre le marché canadien plus concurrentiel. Une certaine uniformité sur le plan réglementaire serait très utile. »
Mme Boadway estime également qu’il est temps d’établir une norme nationale pour les personnes désignées et les exigences en matière de garanties de fidélité (assurance erreurs et omissions ou cautionnement), et qu’il devrait exister un module d’audit uniforme utilisé par les organismes de réglementation, qui permettrait aux AGG en assurance de dommages de produire leurs éléments de preuve une seule fois, lesquels pourraient ensuite être utilisés dans toutes les provinces où ils exercent leurs activités.
Grande variabilité des exigences provinciales
Elle souligne également la grande variabilité des exigences provinciales, précisant que les AGG en assurance de dommages sont réglementés de manière inégale selon les provinces et les territoires. La nécessité de détenir un permis d’entreprise, les exigences en matière de permis pour les personnes exerçant différentes fonctions, l’obligation pour l’entreprise de disposer ou non d’un compte en fiducie, d’un cautionnement de fidélité ou d’un mécanisme équivalent sont autant d’éléments réglementaires qui exigent des réponses différentes selon la province ou le territoire où l’entreprise exerce ses activités.
La taille du marché a également fait l’objet de discussions. Mme Boadway a souligné que le Canada accuse un retard lorsqu’il s’agit de mesurer avec précision la taille et les tendances de croissance des activités de souscription déléguée au pays. (À cette fin, l’association a adopté des modèles utilisés dans d’autres pays et prévoit commencer à effectuer un tel suivi au cours de la prochaine année.)
Bien que les données précises sur ce segment soient peu nombreuses, elle ajoute qu’il est actuellement possible d’établir certaines estimations : on compte aujourd’hui 120 AGG en assurance de dommages au Canada — des entreprises, et non des marques, précise-t-elle, puisque de nombreuses entreprises exploitent plusieurs marques —, qui représenteraient environ 4 milliards de dollars en primes brutes souscrites. On estime également qu’entre 10% et 15% de l’ensemble des affaires en assurance des entreprises passent par un AGG en assurance de dommages.
« Le marché des AGG est en croissance, il ne ralentit pas », ajoute-t-elle.
Changements structurels
Dans le cas des AGG en assurance de dommages, où le pouvoir de souscription est généralement délégué à l’AGG lui-même, les assureurs s’associaient traditionnellement à eux pour des risques très précis. Aujourd’hui, les panélistes constatent que la façon dont les assureurs travaillent avec les AGG évolue considérablement. Il s’agit d’une restructuration, et non d’un phénomène passager, affirme Paul Jackson, chef de la direction de Zurich Canada.
« Nous nous associions aux AGG pour des risques très précis, pas même pour des branches d’activité complètes, mais pour des sous-catégories d’affaires. Maintenant, nous envisageons les AGG de manière beaucoup plus globale, comme faisant partie de notre éventail de modes de distribution », explique M. Jackson.
Selon lui, cela s’explique par le fait que les AGG bénéficient d’un avantage structurel : ils ont souvent un esprit entrepreneurial, sont généralement plus agiles, moins entravés par la réglementation et font généralement face à moins d’obstacles à l’entrée que les assureurs, notamment en ce qui concerne les considérations liées au bilan. « Les marges diminuent », souligne-t-il. « Mais les coûts sont toujours là. Si vous devez assumer les coûts structurels liés à l’exploitation de votre entreprise, mais que vos revenus ne sont pas à la hauteur, vous devez vraiment commencer à réfléchir différemment à votre façon de fonctionner. Je pense que l’essor des AGG force véritablement les assureurs de première ligne à repenser la façon dont ils répondent aux besoins du marché. »
Pouvoir délégué
Dans certains cas, la délégation de pouvoirs aux AGG permet à de grands assureurs, dont certains sont établis à l’extérieur du Canada, de mettre sur pied des activités régionales ou spécialisées là où ils ne pourraient autrement pas exercer leurs activités. « Le véritable avantage des AGG, à mon avis, c’est qu’ils permettent de faire ces petits paris », affirme Matt Wolfe, président et chef de la direction d’Aon Solutions de réassurance, Canada. « Il s’agit de se concentrer sur les endroits où se trouvent les affaires et d’y répondre localement. »
Il ajoute : « Je pense que c’est un véritable avantage. Il s’agit d’aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent et d’être présent là où se trouvent les affaires. C’est là, à mon avis, que réside le véritable succès des AGG. »