Même si certains grands incendies forestiers, comme celui qui a entraîné la destruction du tiers de la ville de Jasper en Alberta en 2024, sont provoqués par la foudre, les feux de forêt restent surtout d’origine humaine. Toutefois, les changements climatiques vont favoriser l’éclosion de brasiers. Le Québec l’a vécu à la fin de 2025.

Des 527 feux qui ont été combattus l’an dernier, 70% sont survenus d’août à octobre alors que le sud de la province traversait une sécheresse prolongée.

L’automne marque habituellement la fin de saison des feux, mais en 2025, le climat a déjoué les experts : le nombre de jours sans pluie significative a grimpé en flèche. Résultat? Favorisés par le temps sec, 369 brasiers ont pris naissance durant cette période.

Durant le seul mois d’octobre, 143 feux de forêt ont été répertoriés, un nombre près de dix fois supérieur à la moyenne pour cette période, qui est de 16.

Principalement causés par l’activité humaine

La Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) du Québec estime que 80% des feux de forêt qui surviennent chaque année sont causés par l’activité humaine.

En dépit de ses campagnes de prévention annuelles, 527 incendies forestiers ont été combattus à travers la province en 2025. C’est 65 de plus que la moyenne des dix dernières années.

L’année 2024, de son côté, a été marquée par une baisse. Toutefois, des 452 foyers sur lesquels la SOPFEU est intervenue, 166 sont survenus en zone nordique, soit trois fois la moyenne annuelle dans ces territoires.

Quant à l’année 2023, elle est décrite comme la saison de tous les records par la SOPFEU : 566 feux ont dévasté 1,1 million d’hectares. Une centaine de feux ont été classés hors contrôle. Celui de Lebel-sur-Quévillon a ravagé 481 991 hectares.

« En adoptant des comportements sécuritaires, rappelle la Société, on peut éviter plus de 370 incendies de forêt par année. » Ce nombre représente environ 70% de tous les feux survenus en 2025.

Une flotte de bombardiers d’eau vieillissante

La lutte contre les feux de forêt au Québec repose en partie sur 14 avions- citernes (ou bombardiers d’eau) qui appartiennent au gouvernement du Québec, soit huit CL-415, quatre CL-215P et deux CL-215T. La SOPFEU est quant à elle responsable de la coordination des opérations aériennes sur les incendies de forêt.

Les emblématiques « Canadairs », du nom du fabriquant Canadair aujourd’hui intégré sous l'aile de Bombardier Aéronautique, ont été développés et fabriqués au Québec à partir des années 1960. L’entreprise québécoise a exporté des avions un peu partout dans le monde.

Or, tous les appareils de la flotte du Service aérien gouvernemental (SAG) du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) ne sont pas en service la même année. La flotte des CL-415 est vieillissante et fait actuellement l’objet d’un programme de modernisation des systèmes avioniques, ce qui entraîne une diminution des appareils en opération.

En 2025, a indiqué le MTMD au Portail de l’assurance, seuls dix des 14 appareils étaient en service, les autres étant en entretien ou modernisation. Quand il manque d’avions-citernes, la province en loue à l’entreprise Buffalo Airways.

Grâce à ce programme de location, le Québec disposait en moyenne de 15 avions-citernes ces dernières années pour combattre les foyers majeurs ou menaçant des communautés nordiques et des infrastructures stratégiques, comme celles d’Hydro-Québec.

Pour l’année 2026, nous a précisé la porte-parole du MTMD, le ministère aura 12 appareils en état de vol. Le 13e avions en maintenance sera remis en service au courant de l’année.

Des interventions aériennes limitées

2022 : 13 avions-citernes du SAG et 2 de Buffalo Airways sont intervenus sur 44 des 449 feux

2023 : 15 appareils ont combattu 131 des 566 brasiers

2024 : 15 bombardiers d’eau ont été employés contre 86 des 452 incendies

2025 : 10 avions-citernes du SAG et 4 de Buffalo Airways ont bataillé contre 77 feux sur les 527

Source : SOPFEU et MTMD

La principale tâche de contrôler ou d’éteindre les feux de forêt n’incombe pas aux avions-citernes, mais aux équipes au sol, précise cependant la SOPFEU au Portail de l’assurance.

Ces appareils n’interviennent que dans une minorité de cas, montrent les chiffres qu’elle nous a communiqués ci-contre.

Les futurs DHC-515

En l’absence de nouvelles commandes, Bombardier Aéronautique a complètement cessé la production de ses CL-415 au Québec en 2015.

Devant la réapparition de la demande, le constructeur canadien De Havilland a acheté la licence et il produit actuellement leur successeur, le DHC-515, dans ses usines de Calgary. 

Actuellement, 22 DHC-515 sont en chantier, mais ils sont tous destinés à des pays européens : la Croatie, la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce. Les livraisons débuteront en 2028.

Au Canada, De Havilland a récemment signé des contrats pour son nouvel appareil avec trois provinces, le Manitoba, l’Ontario et l’Alberta, mais les premiers exemplaires ne seront pas livrés avant 2030.

À quel prix? En février, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a annoncé que sa province allait acquérir cinq DHC-515 au coût de 400 millions de dollars (M$), soit 80 M$ l’unité.

Au Québec, un projet d’acquisition de six appareils est en planification, nous a-t-on indiqué. Mais aucun calendrier d’acquisition n’est avancé. Le ministère mentionne un « remplacement » et non pas l’ajout à la flotte actuelle.

La responsabilité des provinces

Au Canada, la gestion et la planification des interventions lors de feux de forêt sont de compétence provinciale et territoriale. Toutefois, dans son budget 2025, Ottawa a annoncé un investissement de 257 M$ sur quatre ans pour la location de bombardiers d’eau afin de renforcer la capacité des provinces à combattre les feux de forêt par voie aérienne.  « Grâce à cet investissement, nous a expliqué le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC), des aéronefs supplémentaires seront disponibles cet été afin d’accroître la capacité de lutte contre les feux de forêt au Canada. »