Avec les changements climatiques, nombre d’experts craignent que les assureurs ne puissent maintenir les couvertures d’assurance d'un nombre sans cesse grandissant de clients. Cette baisse généralisée de l’accessibilité, potentiellement dramatique pour des citoyens, aurait en outre pour effet de mettre en péril la réputation de l’industrie elle-même.
Dans ce contexte, comment changer la donne? Les compagnies d'assurance pourraient notamment modéliser leurs couvertures en fonction des risques réels, mais aussi adapter leurs tarifications pour tenir compte des efforts et des investissements des assurés.
Voilà quelques-unes des réflexions et solutions qui ont émergées d’un atelier collaboratif inspiré du design thinking tenu lors de la Journée de l’assurance de dommages, organisée par les Éditions du Journal de l’assurance, le 31 mars 2026 à Montréal. L’atelier, Transformer l’imprévisible en plan d’action, regroupait notamment une cinquantaine de conseillers, d’experts en sinistres et de professionnels en indemnisation.
Ces derniers devaient réfléchir en équipes et proposer des solutions pour changer les règles du jeu afin de maintenir la pérennité de l’assurance... dans un contexte où de plus en plus de clients perdront bientôt certaines couvertures, voire ne seront plus assurables.
Afin de préserver leur liberté de parole lors de l’atelier, le Portail de l’assurance a accepté de ne pas nommer les participants dans cet article.
Prévisibilité et prévention
« On doit clairement changer les règles du jeu », constate un participant. « Il faut davantage de prévisibilité pour tout le monde », observe une autre.
Alors que le gouvernement s’apprête à publier des cartes de nouvelles générations des zones inondables, les assureurs ont un rôle d’éducation à jouer auprès de leurs clients. « L’industrie doit se mettre davantage en mode prévention, expliquer les couvertures, les franchises, les risques », soutiennent plusieurs participants.
En fait, si rien n’est fait du côté de la sensibilisation, un nombre sans cesse grandissant d’assurés risque de perdre des couvertures, tranchent-ils. Ultimement, cette baisse généralisée d’accessibilité à l’assurance met en péril la réputation de l’industrie, estiment des participants aux groupes de discussion.
« Les assureurs doivent écouter davantage leurs clients, y compris pour les risques commerciaux, reprennent des participants. L’écoute active permet de mieux cerner le risque, d’améliorer les couvertures et favorise une meilleure éducation des clients, pour qu’ils puissent faire face par eux-mêmes aux changements climatiques. »
De leur côté, et avec l’aide des assureurs, les clients doivent comprendre qu’en effectuant de la prévention, ils limitent les risques, donc le coût d’assurance. Ce faisant, ils créent en outre des conditions appropriées pour maintenir les couvertures dans des zones davantage exposées.
Limiter les risques : une responsabilité partagée
Pour limiter des risques de sinistres, il est souvent question de mesures simples à mettre en œuvre : éloigner l’eau de la maison par différents moyens, calfeutrer les fenêtres, réparer et entretenir la toiture, isoler les fondations, installer clapets antiretour et technologies de détection de fuites d’eau, planter de la végétation à des endroits stratégiques…
Et, bien sûr, utiliser des matériaux résilients.
Les assureurs, eux, doivent mieux cerner les risques pour chaque zone, afin d’accompagner adéquatement leurs clients, pensent les professionnels de l’industrie rassemblés. Les assureurs doivent aussi mieux faire appel à des expertises hors de l’assurance : architecture durable, cartographie, génie des matériaux et de la construction, météorologie, afin de mousser la prévention.
« Les couvertures doivent être davantage collées à une meilleure modélisation du risque local, notamment pour les feux de forêt et les inondations, soutiennent des participants. On doit encourager l’utilisation de matériaux durables, principalement pour la reconstruction après sinistre. On ne peut plus reconstruire à l’identique. »
C’est d’ailleurs ce que certains assureurs ont reconnu en lançant récemment des programmes d’aide financière.
En conséquence, les assureurs doivent adopter une approche bienveillante et novatrice, basée sur des solutions vertes, surtout s’ils veulent séduire les nouvelles générations, qui sont écoanxieuses, notent les professionnels.
Une suggestion entendue lors de l’atelier : instaurer une ligne 800 d’information sur la rénovation durable pour les assurés et offrir une boîte à outils adaptative aux réalités locales et individuelles.
Une tarification en conséquence
Les participants à l'activité considèrent que l’industrie doit modéliser ses couvertures en fonction de la cartographie, mais aussi en adaptant ou en implantant des forfaits qui tiennent compte des efforts et des investissements de la clientèle.
En d’autres mots : récompenser les clients qui diminuent le risque et facturer le plein prix aux clients négligents, indifférents ou mal préparés.
« Il faut davantage personnaliser la prime en fonction du risque, la tarification doit être davantage équitable, soutiennent des participants. Si les assureurs reconnaissent les investissements des assurés en matière de prévention, la relation d’affaires se transforme en partenariat. »
Les professionnels rassemblés proposent ainsi de segmenter les clients selon les efforts de prévention, en évaluant financièrement ces efforts pour adapter la prime en conséquence.
Pour des assureurs en « mode conseil »
En contrepartie, les assureurs doivent massivement éduquer les clients, leur donner des conseils et les accompagner, soulignent-ils. De cette manière, les compagnies d’assurance renforceront la valeur de leur marque.
Les participants à l’atelier estiment que des événements climatiques récents, comme l’ouragan Debby, font plus que jamais réfléchir assurés et assureurs sur l’urgence de modifier leurs attitudes.
Ils ont ramené sur la table l’histoire des assurés de Baie-Saint-Paul, durement touchés par les inondations. Plusieurs ont reconstruit en mode préventif. Ils ont ainsi maintenu leurs couvertures, alors que les assureurs allaient se retirer d’un secteur considéré comme inassurable.
« Le statu quo n’est plus une option, insistent les participants. Les assureurs qui se mettront en mode conseil envers leurs clients vont se démarquer. Ceux qui adapteront leurs couvertures en fonction de la motivation de leurs clients, et qui proposeront des solutions innovantes, vont améliorer leur position dans le marché, ainsi que leur profitabilité. »
L’atelier, animé par Éric Letarte, s'est déroulé avec le jeu collaboratif La partie prenante et s’est axé autour de tableaux structurés qui analysent, priorisent et définissent des actions réalistes pour l’industrie. L’exercice par équipes suivait l’approche EDGY, une méthode collaborative permettant de briser les silos, de clarifier la complexité des enjeux et de stimuler la prise de décision rapide.
Les enjeux, prédéterminés par l’équipe des Éditions du Journal de l’assurance comprenaient les changements climatiques, les zones inondables, le vol automobile et les cyberrisques, mais les deux premiers thèmes ont entrainé le plus de réactions.