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FinTech : une révolution qui ne dit pas son nom

par Mathieu Carbasse | 06 décembre 2016 06h50

Analyse du risque, tarification, souscription, distribution, mais aussi éducation et bien sûr, règlementation… aucun secteur de l’industrie ne sera épargné par l’avènement des FinTech, qui sont en passe de modifier en profondeur le modèle d’affaire des services financiers.

« En 2015, l’industrie des services financiers a pris conscience que les FinTech représentaient un phénomène qui pourrait venir perturber le système en place. En 2016, c’est devenu LA solution qui permettra peut-être de transformer durablement les systèmes financier et bancaire. La révolution est déjà en route. » C’est par ces mots que Jesse McWaters, chef du projet « L’innovation perturbatrice dans les services financiers » pour le Forum économique mondial, lançait le Forum FinTech Canada 2016 qui s’est tenu dernièrement à Montréal.

Les entreprises de technologie dans les secteurs financiers, les FinTech, sont en effet en voie de modifier en profondeur le modèle d’affaire de toute l’industrie. Banques, assurances, sociétés de fonds d’investissement, planificateurs financiers, gestionnaires de régimes de retraite… nul ne sera épargné. Et les enjeux sont d’une importance capitale pour les institutions financières qui vont devoir s’adapter, au rythme de l’évolution technologique, pour demeurer compétitives.

Position unique de devoir redéfinir son identité

Parmi les impacts de cette technologie disruptive sur les secteurs financiers, les nouvelles applications, plateformes ou réseaux de distribution digitale permettront d’augmenter les bénéfices d’échelle à différents niveaux de l’industrie des services financiers. De plus, au sein même des organisations, l’émergence de l’intelligence artificielle va transformer les processus et les besoins en talent.

D’autres conséquences majeures pourraient concerner les banques, dont les infrastructures pourraient être remodelées par la chaine de blocs (blockchain), même si sa généralisation reste encore incertaine. La blockchain offre de numériser tous les actifs (qui deviennent ainsi totalement traçable), le partage de données dont tous les acteurs conservent la propriété, la suppression d’intermédiaires ou encore, l’exécution automatique ne nécessitant aucun back-office manuel.

Demain, la relation avec le client pourrait donc s’opérer sans que les banques ne soient impliquées dans le processus. En fait, les institutions financières et leur position solidement établie se trouvent aujourd’hui dans la position unique de devoir redéfinir leur identité.

Pour les FinTech, en revanche, la question sera de savoir quels joueurs vont pouvoir grossir suffisamment pour atteindre une échelle minimale efficace. Dans ce cas-ci, seules les structures les plus solidement établies résisteront. Finalement, la question qu’il est nécessaire de se poser aujourd’hui, au sein de l’industrie, est la suivante : « Quels sont les éléments nécessaires à une collaboration à succès entre les institutions financières historiques et les nouveaux joueurs ? »

La clé : établir des partenariats

L’industrie de l’assurance ne pourra, elle aussi, éviter ce virage technologique. Et pour Yvon Charest, PDG d’iA Groupe financier, le changement du rapport de force va se faire en faveur du consommateur. Selon lui, la question est donc de savoir dans quelle mesure chaque intermédiaire va résister aux changements. Il propose une solution.

« Chaque entreprise doit en être de technologie, en s’appuyant sur des solutions innovantes en interne, mais aussi en s’appuyant sur les FinTech. On a intérêt à regarder les partenariats, prévient M. Charest. Par exemple, un des gros avantage des FinTech, c’est de parler le même langage que les milléniaux. C’est pourquoi de nombreux partenariats peuvent être mis en place entre des institutions financières et des FinTech au niveau de la distribution. »

Todd McDonald, cofondateur et directeur d’exploitation de R3, dresse le même constat. Pour ce spécialiste américain de l’industrie des services financiers, la capacité des assureurs à s’ouvrir aux FinTech passe par la mise en place de partenariats. Certains ont d’ailleurs déjà amorcé le pas. C’est le cas d’Aviva avec Cocoon, d’Intact avec Metromile ou encore de Power Corporation, qui possède notamment Great-West Lifeco, avec Wealthsimple.

« Ce que veut le consommateur »

Une autre conséquence du développement des FinTech concernera la généralisation de la télématique. En s’appuyant sur des données collectées au fils du temps, en assurances de dommages comme en assurance de personnes, l’analyse du risque, la souscription, et donc, la tarification, vont être largement améliorées grâce à la télématique.

Il faudra alors se demander comment l’Internet des objets permettra de rentrer en contact avec le consommateur. Et cette étape passera vraisemblablement par une nouvelle donne en termes de relation client, comme le souligne Jeff Mitelman, cofondateur et PDG de Thinking Capital, aussi présent au Forum FinTech.

« La relation avec le client n’appartient pas aux compagnies d’assurance, notamment en raison du rôle joué par les courtiers, avance de son côté Rémy Therrien, président de Croesus. C’est ce qui va changer, ou qui est déjà en train de changer, avec les FinTech. Il ne faut jamais perdre de vue ce que veut le consommateur. »

Un autre défi pour l’industrie sera de savoir quelles doivent être ses priorités. Pour Jay Ferst de Ferst Capital, il faut certes construire une nouvelle relation de confiance, avec des programmes comme Vitalité lancé dernièrement par Manuvie. Mais il faut aussi que les acteurs de l’industrie se demandent où investir leur prochain dollar : en innovant ou en améliorant des choses déjà existantes, explique-t-il.

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