Selon la définition qu’en donne l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur son site Web, l'assurance soins de longue durée sert à protéger financièrement une personne qui ne pourrait plus s’occuper d’elle-même, par exemple en cas de maladie ou d’accident. « Elle peut verser une rente qui pourra notamment servir à payer des séjours de longue durée dans des centres de traitement spécialisés ou des soins à domicile », peut-on lire.
Combien d’assureurs offrent une police individuelle d’assurance de soins de longue durée au Canada aujourd’hui? Un seul. Une alternative existe, mais il faut souscrire un produit d’assurance maladies graves pour s’en prévaloir éventuellement (voir intertitre → Offre anémique).
Combien l'industrie en offrait-elle il y a dix ans? Six. En se retirant de ce marché en 2017, le réassureur Munich Re a entraîné la même année le retrait d’assureurs tels que Desjardins Assurances et Manuvie Canada. Seul Sun Life est resté lorsque son dernier concurrent, Croix Bleue Canassurance, a retiré son produit Tangible en 2021. Pour expliquer son retrait, Munich Re a mentionné les faibles ventes de l’industrie.
L’assuré en soins de longue durée demeure toutefois protégé par sa police tant qu’il ne la résilie pas. Le risque demeure donc la responsabilité des assureurs qui l’ont souscrit. Par exemple, Manuvie a récemment conclu une entente avec un réassureur pour soutenir le risque des produits de soins de longue durée qu’il a vendus.
Une cible en croissance
La clientèle cible est pourtant appelée à croître. D’ici 2050, 27% de la population des marchés avancés aura plus de 65 ans, rapportait le Portail de l’assurance en octobre 2025. Au cœur de l’article, une étude de Swiss Re Institute parue un jour plus tôt. Cette étude souligne le peu de solutions d’assurance qui existent pour la clientèle vieillissante.
La proportion des 65 ans et plus sera en croissance au Canada en 2050, selon les projections effectuées par le Portail de l’assurance à partir d’un programme statistique de Statistique Canada. Il s’agit de son Tableau 17-10-0057-01, Population projetée, selon le scénario de projection, l’âge et le genre, au 1er juillet.
L’exercice révèle que 11,5 millions de Canadiens auront atteint l’âge de 65 ans en 2050, soit 23,6% d’une population totale de 48,7 millions d’individus, selon un scénario de projection de croissance moyenne.
Selon le même scénario, 8,1 millions de Canadiens avaient 65 ans et plus en 2025, sur une population totale de 41,7 millions d’individus, soit une proportion de 19,4%.
Les personnes âgées de 65 ans en 2024 peuvent alors espérer vivre encore 21,15 ans en moyenne, selon Statistique Canada. L’estimation portant sur 2024 est la plus récente disponible à partir de son Tableau 13-10-0837-01 Espérance de vie et autres éléments de la table complète de mortalité, estimations sur un an, Canada, toutes les provinces sauf l’Île-du-Prince-Édouard, diffusé le 13 janvier 2026.
L’espérance de vie des femmes âgées de 65 ans en 2024 était la plus élevée des deux sexes, soit 22,45 ans. En moyenne, elles pourraient donc franchir le cap des 87 ans. L’espérance de vie des hommes de cet âge en 2024 était plus courte, soit 19,75 ans. Ils peuvent donc espérer vivre au-delà de 84 ans.
Redéfinir la pertinence
Nous assistons à l’émergence d’une génération plus nombreuse, qui vit plus longtemps.
– Paul Murray, Swiss Re
« L’industrie de l’assurance a l’occasion de redéfinir sa pertinence auprès des personnes de plus de 65 ans », peut-on lire dans le rapport de l’étude de Swiss Re Institute, publié en anglais sous le titre Life (span) insurance : accumulation, decumulation and longevity solutions for ageing populations and longer lives.
Ses auteurs exhortent l’industrie à concevoir des produits capables de mutualiser le risque de longévité en couvrant à la fois les risques de mortalité, de longévité et de santé.
Dans un résumé de cette étude publié sur le site Web de Swiss Re Institute, Paul Murray, chef de la réassurance vie et santé chez le réassureur Swiss Re, dit que l’impact de l’économie grise sur les assureurs ne fera que s’amplifier. « Nous assistons à l’émergence d’une génération plus nombreuse, qui vit plus longtemps et qui arrive à la retraite avec une fortune plus importante que jamais auparavant », signale-t-il.
Offre anémique
Pourtant, l’offre d’un financement assuré des soins de longue durée demeure anémique au Canada. Les solutions de revenu garanti qu’offre l’industrie sont peu nombreuses et parfois limitées à un public restreint.
Depuis, presque tous les assureurs ont retiré leur offre. Certains ont même conclu des ententes avec un réassureur pour soutenir le risque des produits déjà souscrits et qui demeureront en vigueur jusqu’à ce que le versement des prestations ou l’extinction de la police survienne.
Seul un assureur offre encore ce produit sous forme de police autonome. Il s’agit de Sun Life, qui offre son produit Assistance santé-retraite Sun Life, entre autres par l’entremise de son réseau d’agents rattachés à la compagnie. Le client peut souscrire ce produit à partir de l’âge de 45 ans, selon le tableau comparatif préparé pour le Portail de l’assurance par AssuranceINTEL, centre d’information sur les produits d’assurance des Éditions du Journal de l’assurance.
RBC Assurances offre une alternative, mais elle s’adresse uniquement à ses assurés qui ont souscrit une assurance maladies graves Police Rétablissement d’une maladie grave ou une assurance invalidité des séries Avant-garde et Quantum. Selon l’information disponible dans la base de données d’AssuranceINTEL, cette alternative s’appelle l’option de transformation en assurance soins de longue durée.
Toujours selon les informations d’AssuranceINTEL, RBC Assurances permet au titulaire de transformer l’une de ces polices en assurance de soins de longue durée dès l’âge de 55 ans et jusqu’à 65 ans, sans aucune preuve d’assurabilité. RBC Assurances a cessé d’offrir sa police d’assurance soins de longue durée de façon autonome dès 2012.
RBC Assurances a répondu par courriel à une question du Portail de l’assurance sur le taux de transformation que suscite cette caractéristique. « À peu près 6 % des titulaires de police ont transformé une police maladies graves en police de soins de longue durée depuis le lancement de cette option, et moins de 5 % ont fait de même en assurance invalidité », indique l’assureur.
En 2011, le Portail de l’assurance révélait les résultats d’une enquête de LIMRA selon laquelle le marché de l’assurance soins de longue durée représentait 83 millions de dollars de primes en 2009 au Canada. Cela représentait une hausse de 6% par rapport à 2008. On comptait 70 500 assurés en 2009, un chiffre en hausse de 5% par rapport à 2008.
Résurrection impossible?
Nous n’avons pas l’intention d’entrer sur le marché de l’assurance soins de longue durée.
– Naveed Irshad, Manuvie
Depuis sa sortie du marché de l’assurance soins de longue durée en 2017, Manuvie Canada a régulièrement affirmé son engagement à soutenir les initiatives qui favorisent la longévité des Canadiens, toujours sous l’angle de la prévention.
Le 8 avril, l’assureur a offert à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas un soutien d’un million de dollars sur quatre ans à la Clinique de santé cognitive et de prévention Douglas, propulsée par Manuvie. Le don consiste en effet à créer la Chaire Hôpital Douglas – Manuvie.
Dans son communiqué, Manuvie soutient que cette clinique de médecine de précision est la première à prévenir la démence au Québec. Son objectif : détecter rapidement les facteurs de risque individuels et adapter les soins en conséquence. Elle accompagne les adultes âgés de 40 ans et plus dans leurs démarches de prévention, entre autres grâce à des programmes fondés sur des données ciblant les principaux facteurs associés au déclin cognitif.

Pressé par le temps, le président et chef de la direction de Manuvie Canada, Naveed Irshad, a répondu à nos questions par courriel. La principale : devrait-on ressusciter le marché de l’assurance soins de longue durée, et de quelle façon? « Nous n’avons pas l’intention d’entrer sur le marché de l’assurance soins de longue durée », affirme d’emblée M. Irshad.
Le membre de l’équipe de la haute direction de Manuvie préfère miser sur la prévention. « Nous remarquons un besoin croissant pour des solutions qui permettent aux gens de demeurer en santé plus longtemps, de protéger leur épargne et de mieux gérer les enjeux financiers et de santé liés au vieillissement », dit M. Irshad.
Naveed Irshad soutient que Manuvie répond déjà à ces besoins par l’assurance vie, l’assurance maladies graves, les rentes et les fonds distincts, ainsi qu’avec ses solutions de gestion de patrimoine et de retraite, ou les valeurs de rachat d’une police d’assurance vie. Il mentionne aussi la récompense des saines habitudes de vie. « Des programmes comme Manuvie Vitalité encouragent des choix de vie plus sains, ce qui contribue à une meilleure qualité de vie tout en réduisant les risques à long terme », commente-t-il.
Au sujet de la décision d’investir dans la clinique, M. Irshad dit qu’une « gestion proactive des risques mène à de meilleurs résultats et contribue à réduire la pression sur les familles, les employeurs, les gouvernements et les assureurs ». Selon lui, des études montrent que jusqu’à 40% des cas de démence pourraient être évités en agissant sur les facteurs de risque individuels.