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Un chien de garde pour l’investisseur individuel

par Vicky Poitras | 17 avril 2012 14h18

Les investisseurs qui auront les moyens de se payer un agent de sécurité pour leur portefeuille pourront espérer battre l’indice.
L’idée de surveillance de portefeuille est née avant l’ère actuelle de volatilité, et pour d’autres raisons que l’incertitude économique. Hélène Bronsard, vice-présidente de Raymond Chabot gestion privée, l’a eue en se demandant comment ne pas perdre ses clients aux mains des banques.

« Nous perdions souvent les clients fortunés lorsque nous les présentions à des services de gestion discrétionnaire. Mais les clients me rappelaient par la suite, inquiets. Ils voulaient savoir si leur portefeuille était bien suivi », a-t-elle dit.

Ces appels lui révèlent deux constantes. Le client est mal outillé pour suivre et évaluer ses gestionnaires. Ensuite, les objectifs de son portefeuille sont mal coordonnés avec ceux qui ressortent de sa planification financière et fiscale.

De là la création du service de surveillance de portefeuille sous Raymond Chabot gestion privée, un cabinet indépendant inscrit auprès de l’Autorité des marchés financiers. Il offre ce service aux clients en mesure d’investir au moins 500 000 $. « Ce cabinet ne vend aucun produit, ni ne prend de décision de vente ou d’achat de titres », dit Mme Bronsard.

Il vend plutôt des recommandations. L’équipe de surveillance passe tout écart au peigne fin. Elle suggèrera des actions à ses clients lorsqu’elle en découvre.

Certains écarts sont évidents. Selon le spécialiste des fonds communs et chroniqueur du Journal de l’assurance, Gordon Pape, un seul fonds d’actions canadiennes a dépassé la barre des 4 % de rendement en 2011. L’indice de référence composé S&P/TSX a pour sa part plongé de 8,71 % durant cette période.

Nul besoin de plonger avec lui, dit-on chez RCGT. Il suffit de sélectionner les meilleurs gestionnaires. « Douze chefs recevront les mêmes consignes et vous obtiendrez douze gâteaux différents. C’est la même chose chez les gestionnaires de portefeuille. Certains ont un plus grand talent que d’autres », dit Mme Bronsard.

Le tableau de comparaison des rendements des gestionnaires au 31 décembre 2011 présenté par RCGT à l’événement en témoigne. Plutôt que plonger de près de 9 % comme l’indice, le portefeuille d’actions canadiennes All Capitalization Equity de Triasima n’a reculé que de 1,81 % en 2011.

Sur son site Web, la firme de Montréal qui gèrent 650 millions de dollars (M$) pour environ 130 clients se targue d’investir avec discipline. Elle dit considérer la plupart de l’information qui fuse des marchés comme du « bruit à court terme ». Elle se fie plutôt à des méthodes quantitatives, à l’analyse technique. La formule lui réussit. Son portefeuille a connu un rendement annuel moyen de 12,19 % sur une période de 10 ans.

Gestion d’actifs institutionnels CI (Dividendes) a réalisé un gain durant cette période dans le même marché, soit 0,94 %. Son portefeuille a un rendement 10 ans de 6,53 %.

En obligations canadiennes, Fiera Sceptre (Active fixed income - Universe) s’est particulièrement distingué avec un rendement de 10,59 % en 2011. Sur 10 ans, son portefeuille a réalisé un rendement de 7,02 %. Fiera Sceptre arrive deuxième derrière Claret, qui a connu un rendement de 8,06 % durant cette période avec son portefeuille d’obligations canadiennes.

Comment accéder à ces firmes qui mettent la barre haute aux clients? Le service de surveillance agit comme entremetteur, organise des entrevues avec les gestionnaires et négocie des mandats de gestion pour ses clients. Il regroupe ainsi les clients. « Un gestionnaire qui fixe la barre à 2 M$ acceptera peut-être un client à 500 000 $ puisque nous lui acheminons du volume », explique Mme Bronsard.

Il y a des frais pour le client, mais RCGT n’a pas voulu les dévoiler, expliquant qu’ils relèvent de plusieurs facteurs. De même que le seuil de 500 000 $ pourra varier au cas par cas.

Congédier un gestionnaire
Gestionnaire privé présent lors de l’événement, Gestion privée 1895 est une filiale de la Banque Nationale du Canada, créé par son actuel président et chef de la direction, Éric Bujold, il y a quatre ans. Elle tire son nom de l’année de fondation de la banque et visait à regrouper les différents services de gestion privée de l’institution.

Gestion privée 1895 connait depuis une forte croissance, a révélé M. Bujold en entrevue au Journal de l’assurance. De 35 employés il y a quatre ans, elle en compte maintenant plus de 200, dont 125 professionnels. « Nous sommes allés chercher un milliard de dollars de nouvel actif par an et nous entendons poursuivre sur cette lancée », a-t-il dit.

M. Bujold a souligné que la filiale ne fait pas que recommander un choix de gestionnaire. Elle sélectionne des gestionnaires externes et sera imputable de leur rendement devant les clients. Elle prendra elle-même les décisions de surpondérer ou sous-pondérer certains titres. Elle conçoit des portefeuilles sur mesure, choisit différents styles, etc.

Cette relation directe lui permet de congédier les gestionnaires qui s’écartent de leur mandat. « Nous suivons chaque gestionnaire à la trace. Nous réagissons rapidement lorsqu’un d’entre eux dévie de son mandat. Nous en avons congédié trois la dernière année. L’un d’entre eux n’avait pas livré la performance attendue, un autre ne respectait plus les critères de départ », a expliqué M. Bujold.

La filiale de la banque exige par exemple que les gestionnaires soient propriétaire de leur firme. En ce qui touche un des congédiements, les gestionnaires avaient en cours de route vendu les intérêts dans leur firme à une autre société.

Gestion privée 1895 place la barre plus haute pour chaque client, soit au moins 1 M$ d’actifs à investir. Ses concurrents sont principalement les services de gestion privée des autres banques et certains petits joueurs de niche. M. Bujold dit toutefois voir peu de compagnie d’assurance s’avancer dans ce secteur.

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