Soutien O SinistréS (SOS), qui vient en aide aux locataires sinistrés dépourvus d’assurances, vient de célébrer ses 25 ans. Ses dirigeants souhaitent que son prochain quart de siècle suscite encore plus d’adhésion au sein de l’industrie de l’assurance.
« Lorsque je dirigeais la société Steamatic Métropolitain, je me suis retrouvé un beau matin dans l’entrepôt où nous accumulons les biens retirés de chez les sinistrés, relate Serge Lescarbeau, fondateur de l’organisme. C’était plein! Je me demandais où tous ces objets aboutissaient. On m’a répondu que ça allait au rebut. »
L’entrepôt était rempli de frigos jaunis, de meubles aux surfaces très légèrement gondolées, d’appareils pleinement fonctionnels et de biens nettoyés, fonctionnels, mais dont l’apparence n’était plus celle du neuf. M. Lescarbeau était estomaqué.
Les contrats en assurance de dommages précisent que l’assureur doit réparer ou nettoyer les biens des sinistrés, sinon les remplacer par un modèle équivalent s’il ne peut pas le remettre dans sa condition initiale. Mais cette réalité place les services de restauration ou de nettoyage après sinistre dans une situation inconfortable : comment faire pour éviter le dépotoir?
D’autant plus que, lorsqu’un bien doit être remplacé par l’assureur, il devient sa propriété. Ce sont les experts en sinistres qui se chargent d’en disposer. Ainsi, la plupart du temps, ils finissent chez les firmes de restauration ou de nettoyage.
Chaîne d’entraide
Au Québec, lorsque survient un sinistre, les bénévoles de la Croix-Rouge sont appelés sur les lieux par les pompiers. L’organisme fournit une aide d’urgence, que les gens soient assurés ou non : trois nuitées dans un hôtel de la région et une carte prépayée permettant d’acheter de la nourriture et des vêtements. L’aide varie selon le nombre de personnes formant le ménage et s’il y a des enfants.
Cela dit, 37% des locataires québécois ne sont pas assurés, selon le Bureau d’assurance du Canada (BAC). De ce fait, de nombreux sinistrés perdent tous leurs biens ou presque. Près de 70% des locataires n’ont tout simplement pas les moyens d’assumer une couverture d’assurance pour aussi peu que 22$ par mois, indique le BAC.
« C’est dans ce contexte que j’ai lancé SOS, reprend Serge Lescarbeau. Je me disais qu’il fallait responsabiliser l’industrie pour permettre aux sinistrés d’obtenir des biens essentiels. Au départ, nous étions six entrepreneurs dans l’après-sinistre, qui faisaient tous affaire avec des assureurs. On voulait que les bénévoles de la Croix-Rouge puissent transmettre les demandes des sinistrés à SOS. »
Dès le départ, ce petit groupe se démène pour faire passer le message auprès de la Croix-Rouge et des experts en sinistres. Serge Lescarbeau fait la tournée des assureurs et rencontre notamment des dirigeants de Desjardins, d’Intact et d’autres importants joueurs actifs dans la grande région de Montréal. M. Lescarbeau convainc aussi l’ex-président de la Croix-Rouge, Conrad Sauvé, ainsi que l’Armée du salut et le Service de sécurité incendie de Montréal de mettre l’épaule à la roue.
Le mot se passe et Soutien O SinistréS entre en action. Au fil des ans, des centaines de personnes et de familles ont reçu de l’aide, souligne le fondateur de l’organisme. Pour M. Lescarbeau, ce qui compte, c’est d’offrir de l’espoir.
« Les assureurs sont heureux que nous soyons là parce que nous comblons une lacune évidente », explique Bernard Drouin, président du conseil d’administration de SOS. De leur côté, les firmes de restauration et de nettoyage après sinistre peuvent libérer de l’espace, sachant qu’elles aident des gens qui en ont réellement besoin.
Pas comme avant
Durant la pandémie de Covid-19, les activités de l’organisme ont été mises en pause. Ensuite, la Société de Saint-Vincent-de-Paul de Montréal a pris la relève de l’Armée du salut, mais le contexte a changé.
Autrefois, les incendies faisaient des ravages. Aujourd’hui, ce sont les dégâts d’eau qui représentent les principales causes de réclamation en assurance habitation, ce que constate aussi Bernard Drouin. « La demande augmente à cause des changements climatiques », note-t-il.
Au moment d’écrire ces lignes, des centaines de sinistrés de la banlieue ouest de Montréal, de Laval et de la Rive-Sud de Montréal composaient avec de sévères inondations suite à des orages violents survenus le 21 juin. M. Drouin ajoute que la crise du logement fait en sorte que les sinistrés d’aujourd’hui sont souvent des travailleurs soutien de famille, qui arrivent à peine à joindre les deux bouts.
Des sinistrés qui connaissent mal les notions d’assurance, pour des questions culturelles, s’ajoutent au lot. Nombre d’entre eux ne sont pas assurés même s’ils en ont les moyens, puisque l’assurance habitation n’est pas obligatoire.
Nouvelle génération
« Il y a actuellement un changement de garde au sein de l’industrie de l’assurance, observe Bernard Drouin. Les experts en sinistre se renouvellent et plusieurs ne connaissent pas notre organisme. Ils doivent reprendre le flambeau. Nous faisons la tournée des assureurs, mais il est important que tous, dans notre industrie, connaissent nos services. »
« Il y a toujours un bien qu’on peut nous envoyer et qui fera le bonheur d’un sinistré; il faut que ça se sache », poursuit Bernard Drouin, qui lance un cri du cœur pour qu’on lui achemine davantage de biens essentiels, comme les électroménagers, des ensembles de cuisine, de chambre à coucher, de salon et, notamment, des meubles pour enfants et des vêtements de première nécessité.
« Les restaurateurs et les assureurs qui se sont ralliés à SOS sont tous des compétiteurs, commente Serge Lescarbeau. Ils embarquent tous dans notre cause avec enthousiasme. Je trouve ça merveilleux! »
L’organisme, qui couvre l’île de Montréal et Laval, se fait solliciter par les assureurs pour étendre son action dans les régions de Québec et de Gatineau. Une expansion est en préparation, mais les dirigeants de l’organisme veulent s’assurer d’un fonctionnement optimal avant d’étendre leurs ailes.