La Société d’indemnisation en matière d’assurances de dommages (SIMA) vient de publier la quatrième édition de son sommaire des faillites de compagnies d’assurance dans le monde. Les faillites d’assureurs se produisent partout dans le monde et l’année 2025 a été « particulièrement difficile », selon Alister Campbell, PDG de la SIMA.
Les auteurs du Global Failed Insurer Catalogue 2026 sont Grant Kelly, économiste en chef de la SIMA, et Judy (Zhe) Peng, chercheuse associée. Dans cette recherche, les auteurs rapportent 1 273 faillites dans 98 pays depuis l’année 2000, tant en assurance de dommages qu’en assurance de personnes.
Dans le bulletin trimestriel Parlons solvabilité de juillet 2026, M. Campbell souligne qu’en 2025, quelque 40 compagnies d’assurance ont fait faillite dans 17 pays. « Le nombre élevé de faillites enregistrées l’année dernière représente à la fois un rebond soudain dans une tendance par ailleurs à la baisse au cours des cinq dernières années, et un résultat encore supérieur à la moyenne sur 25 ans, qui s’établit à 35 faillites d’assureurs par an », indique M. Campbell.
La SIMA (PACICC pour son acronyme anglais) a rendu public ce catalogue le 9 septembre dernier. Selon Grant Kelly, les données actualisées de l’étude révèlent une concentration de défaillances d’assureurs dans de nombreuses juridictions, après des périodes prolongées de calme relatif sur le marché. « Il serait très risqué de supposer qu’une compagnie d’assurance ne fera jamais faillite dans une juridiction donnée simplement parce qu’elle n’a pas connu de défaillance récemment », souligne M. Kelly.
« Nos recherches mettent en évidence des regroupements de défaillances d’assureurs, avec 118 cas recensés dans 59 juridictions depuis 2000, lesquels surviennent souvent après des périodes prolongées de calme relatif. Cela devrait faire réfléchir tous les acteurs du secteur des services financiers aux risques liés à la complaisance », ajoute-t-il. La SIMA avait fait la même recommandation en publiant la troisième édition du catalogue en 2025.
Alister Campbell notait que le catalogue recense 34 pays où plus d’une décennie s’est écoulée entre 2 faillites. En assurance de dommages, six assureurs canadiens ont fait faillite entre 2000 et 2003, et aucun depuis. « Ces grappes de faillites pourraient justement se produire en raison de l’écart considérable entre les événements. Peut-être que les gardiens de la solvabilité s’assoupissent dans le calme et se retrouvent soudainement dépassés par les événements? », écrivait-il dans le dernier bulletin trimestriel de la SIMA.
Assurance de dommages
Les chercheurs de la SIMA dénombrent 843 faillites de compagnies d’assurance de dommages entre les années 2000 et 2025, avec de grandes variations annuelles, comme on peut le voir dans le graphique ci-dessous.
La SIMA constate également que le nombre annuel moyen de faillites a graduellement baissé durant la période étudiée, passant d’environ 40 par an durant la décennie 2000-2009 à 31 pour la décennie suivante. Depuis 2020, la moyenne est d’environ 22 faillites par année.
Assurance de personnes
Du côté des compagnies d’assurance vie, les auteurs ont compté 372 faillites durant la période analysée, soit un peu plus de 14 par année en moyenne. On peut constater dans le graphique ci-dessous que, depuis le sommet de 36 faillites en 2000, il y a d’importantes variations du nombre de faillites durant la période étudiée.
Dans ce segment, les auteurs observent aussi une tendance à la baisse chaque décennie, avec un nombre moyen de 18 faillites entre 2000 et 2009, d’environ 13 faillites par année entre 2010 et 2019 et de près de 11 faillites par an depuis 2020.
Autres catégories
Le nombre total de faillites comprend aussi des entreprises mixtes, c’est-à-dire des entreprises actives à la fois en assurance vie et en assurance de dommages. Quelque 27 de ces entreprises mixtes ont fait faillite durant la même période, avec un sommet de 5 atteint en 2015. Les auteurs soulignent que certains pays n’autorisent pas la même compagnie à être active dans les deux marchés. Il y a une faillite par année de 2023 à 2025 dans cette classe d’entreprises.
Du côté de la réassurance, le bilan de la SIMA rapporte 31 faillites entre les années 2000 et 2025. Il y en a eu deux en 2023 et en 2025 et une seule en 2024.
Le catalogue fait aussi la répartition par continent et par pays. L’Amérique du Nord arrive en tête avec 612 faillites, soit 48% du total. Sept cas d’insolvabilité sont survenus au Canada, 522 aux États-Unis, 35 au Mexique et 48 autres dans les îles de l’Atlantique et des Caraïbes.
En nombre par pays, après les États-Unis, c’est en Russie (117) qu’il y a eu le plus de cas d’insolvabilité, suivie par le Brésil (51), l’Argentine (48) et les Philippines (38). Sur les 98 pays de cette liste, 28 n’ont connu qu’une seule faillite entre 2000 et 2025.
Une section du répertoire des faillites montre la répartition des faillites par juridiction aux États-Unis, où chaque État ou territoire règlemente les activités des assureurs.
Quatre États se distinguent pour le nombre de faillites : la Floride (58), l’État de New York (51), le Texas (46) et l’Illinois (32). Si on classait ces juridictions en les ajoutant dans la liste des pays, pour le nombre de faillites, 10 des 20 premières places seraient occupées par des États des États-Unis.
La fréquence
La troisième partie du rapport de la SIMA cherche à déterminer la fréquence des cas d’insolvabilité chez les assureurs. Les auteurs empruntent la même définition que celle utilisée par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), soit un ratio d’insolvabilité par 1000 entreprises. La comparaison est faite pour les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
Quelque 31 d’entre eux ont rapporté au moins une faillite durant la période analysée. L’OCDE compte 38 pays pour lesquels des données sur le secteur de l’assurance sont disponibles. Les chiffres les plus récents sont ceux de l’année 2024. Quelque 7 000 compagnies d’assurance sont répertoriées dans ces pays.
Durant les 25 années de la période analysée, le ratio moyen d’insolvabilité est de 3,72 faillites par 1 000 compagnies d’assurance dans les États membres de l’OCDE.
Pour l’ensemble des 98 pays et des juridictions distinctes des États aux États-Unis, donc 146 juridictions au total, la SIMA analyse la fréquence des faillites et distingue les résultats en 4 catégories :
• Le premier quartile comprend les pays ou États où les faillites ne sont pas surprenantes. Quelque 12 juridictions ont connu au moins une faillite pour 50% et plus des années de la période 2000-2025. La liste comprend les quatre États des États-Unis mentionnés plus haut auxquels s’ajoute l’État de la Pennsylvanie.
• Le deuxième quartile inclut les juridictions où les faillites sont un peu plus surprenantes. Quelque 23 pays ou États des États-Unis ont connu au moins une faillite durant 25 à 49% des années de la période analysée.
• Le troisième quartile est composé des pays où les faillites sont un phénomène rare. La SIMA dénombre 75 juridictions où au moins une faillite est survenue entre 5% et 24% des années de la période étudiée. Le Canada fait partie de ce groupe.
• Le dernier quartile est formé des 36 pays ou juridictions des États-Unis qui ont traversé les 26 années de la période étudiée avec une seule année durant laquelle une ou des faillites ont été signalées.
La faillite en grappe
Dans la quatrième section du document, les auteurs font part des tendances liées à la survenance des cas d’insolvabilité. « Lorsqu’un assureur fait faillite dans une juridiction donnée, d’autres défaillances surviennent souvent rapidement », écrivent-ils. Le même constat avait été fait lors de la deuxième édition du catalogue en 2023.
Ces faillites qui arrivent en grappe (clusters en anglais), soit au moins trois faillites sur une période d’au plus trois ans dans la même juridiction, sont fréquentes selon les chercheurs de la SIMA. Ils ont comptabilisé quelque 70 exemples de faillites en série dans 38 pays autres que les États-Unis. Chez nos voisins du sud, ces clusters sont survenus à 48 occasions dans 21 juridictions.
Le Canada a ainsi connu une série de six faillites entre 2000 et 2003. Quelque 67,6% de l’ensemble des dossiers d’insolvabilité sont des faillites ainsi regroupées. « Une explication possible du regroupement des défaillances réside dans le fait que des conditions de marché difficiles, telles que l’évolution du climat juridique ou des fluctuations imprévues des taux d’intérêt, affectent toutes les entreprises en concurrence sur ce marché », expliquent les auteurs.
« La plupart des assureurs parviennent à surmonter ces pressions. Toutefois, ceux dont le bilan est plus fragile ne résistent souvent pas à ces conditions et se retrouvent alors en situation d’insolvabilité. En ce sens, les assureurs aux bilans plus fragiles font faillite individuellement, mais souvent pas seuls », ajoutent-ils.
Grant Kelly et Judy Peng confirment qu’il se passe souvent une très longue période avant qu’un pays ne soit frappé par une série de faillites chez les assureurs. On le voit au Canada, où le dernier cas remonte à 2012, avec la faillite d’Union of Canada Life. En assurance de dommages, la dernière faillite remonte à 2003, quand la filiale canadienne de Home Insurance Company a été l’objet d’une liquidation.
L’Association internationale des régulateurs d’assurance (IAIS) recommande la création d’un système d’indemnisation afin de maintenir les polices en vigueur et de gérer les réclamations si un assureur devient insolvable. Le catalogue de la SIMA énumère la liste des membres du Forum international des systèmes de garantie d’assurance (IFIGS), incluant les deux membres canadiens. La SIMA dispose depuis 1989 d’un tel programme d’indemnisation. En assurance de personnes, Assuris a aussi créé son programme en 1990.
La recherche menée par la SIMA montre un écart de protection entre les assurés selon le continent où ils résident. Les assurés concernés par 86,6 % des faillites d’assureurs en Amérique du Nord ont bénéficié de la protection supplémentaire offerte par un régime d’indemnisation. Cette proportion des assurés ayant cette protection supplémentaire en cas de faillite chute à 34% pour les assurés en Europe et à 5,5% en Afrique.
Autre expertise
Dans le bulletin Parlons solvabilité de juillet 2026, Stephen Mallory, directeur chez Directors Global Risk Consulting, signe un texte sur le thème de la faillite et des obligations réglementaires applicables aux administrateurs de compagnies d’assurance. L’auteur rappelle les critères énumérés par le BSIF dans ses lignes directrices concernant les fonctions de surveillance du risque par le conseil d’administration, de même que l’évolution récente de ces règles.
M. Mallory cite une décision de la Cour suprême du Canada rendue en 2008 dans un litige concernant BCE, laquelle a forcé le gouvernement canadien à revoir sa législation encadrant les sociétés. Depuis, les administrateurs et dirigeants doivent agir « avec intégrité et de bonne foi au mieux des intérêts de la société ».
Cela implique la prise en compte des intérêts des parties prenantes, comme les actionnaires, les employés, les retraités et les prestataires de pension, les créanciers, etc. Les administrateurs doivent « prévenir les revers, comme l’atteinte à la réputation et la chute du cours de l’action ».
L’auteur cite plusieurs exemples de chutes de la valeur boursière, comme celles vécues par l’assureur AIG en 2005, de Swiss Re en raison de ses pertes liées aux crédits structurés en 2008-2009, ou de l’acquisition ratée du portefeuille en assurance vie d’AIG en Asie qui a fait chuter le titre de l’assureur Prudential en 2010. Dans ce dernier cas, le régulateur britannique a imposé des amendes de 30 millions de livres sterling à la société pour avoir mené « une opération très risquée et coûteuse sans examen approfondi ni alignement sur les intérêts des actionnaires ».
M. Mallory propose aussi huit mesures pour aider les conseils d’administration à assurer la surveillance et la gouvernance des risques. Le bulletin de la SIMA est accessible sur le site web de l’organisme.