Selon une étude rendue publique le 6 août par le World Weather Attribution (WWA), la particularité de la saison 2026 des feux de forêt au Canada est l’étendue importante et l’expansion sur une très courte période des superficies touchées par le feu.
Des chercheurs du Canada, des États-Unis, du Royaume-Uni et des Pays-Bas confirment que le réchauffement climatique créé par l’activité humaine fait plus que doubler la probabilité des conditions météorologiques extrêmes à l’origine de ces feux de forêt. Ils estiment que ces facteurs seront encore plus présents au fur et à mesure que la température moyenne ira en augmentant dans les prochaines années.
En plus des milliers de personnes qui ont dû fuir les flammes, la fumée des feux de forêt est transportée sur de grandes distances et affecte la santé des personnes les plus vulnérables, rappelle le WWA.
Conditions propices
Quelque 94% des aires brûlées ont été répertoriées sur une période de cinq semaines de la fin de juin à la fin de juillet. Le début de saison des feux a eu lieu d’abord dans les Territoires du Nord-Ouest et en Colombie-Britannique, avec des feux d’une intensité comparable aux années 2014 et 2023.
À partir de la mi-juillet, les feux ont frappé le nord-ouest de l’Ontario, alimentés par la canicule, la sécheresse et les vents. Dans la semaine du 20 juillet, de nombreux orages ont déclenché de nouveaux feux en Ontario.
À la fin de la journée du 4 août 2026, les superficies brûlées par les 4 482 feux dans les forêts canadiennes atteignaient 3 852 595 hectares, selon les données du Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC). Quelque 699 feux étaient alors actifs et la situation continue de s’aggraver en raison de la chaleur et des vents qui touchent la Colombie-Britannique. Dans cette province où le risque était alors qualifié d’extrême, six feux sont jugés prioritaires par le CIFFC.
Après un printemps assez tranquille, l’arrivée de l’été a empiré la situation en Ontario et au Québec. À la mi-juillet, plus de 500 000 hectares ont été brûlés en deux jours en Ontario. Les feux ont touché principalement les Territoires du Nord-Ouest, avec plus d’un million d’hectares, et la Colombie-Britannique ces trois dernières semaines.
Le bilan des pertes assurées pourrait s’alourdir, car en plus des nombreuses communautés qui ont été évacuées, plusieurs structures et bâtiments ont été rasés par les flammes.
Les indices de sévérité
L’indice quotidien de sévérité (DSR) est utilisé en parallèle du Canadian Fire Weather Index (FWI), l’indice canadien auquel la sécurité civile se réfère pour alerter les populations lorsque les risques d’incendie en forêt sont élevés ou extrêmes. Quand la chaleur et l’absence de précipitations sur une longue période se conjuguent avec des vents forts, les autorités doivent rapidement détecter et supprimer les feux avant qu’ils prennent de l’ampleur.
Dans le cadre de l’étude, les chercheurs du WWA ont analysé l’évolution de l’indice sur une période de 7 jours (DSR7x) et de 30 jours (DSR30x). Dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO), le DSR30x affichait en juillet une période de retour de 6 ans. Avec une température inférieure de 1,4 °C, soit l’équivalent du réchauffement global sur la planète depuis l’ère industrielle, le DSR30x dans ces territoires atteindrait 100 ans.
Toujours dans les TNO, le DSR7x observé en juillet a une période de retour de 2 ans, et cette récurrence serait plutôt de 50 ans si la température moyenne correspondait à ce qu’elle était avant l’industrialisation.
Du côté de l’Ontario, l’expansion très rapide des feux signifie que le DSR7x est plus pertinent, avec une période de retour de 15 ans, soit 3,5 fois plus probable que sous un climat global inférieur de 1,4 °C.
Autre facteur
Outre les conditions météorologiques au moment du déclenchement des incendies, le WWA analyse également les précipitations effectives sur la période de deux ans les précédant. Les observations révèlent que la variation de l’intensité des précipitations effectives par rapport à un climat plus frais de 1,4 °C est faible et très incertaine dans les deux régions.
« Aucune tendance claire ne se dégage non plus des modèles climatiques; par conséquent, nous ne pouvons pas attribuer l’évolution des conditions de sécheresse sur 24 mois au changement climatique d’origine humaine. Cette absence de tendance concernant la sécheresse à long terme ne s’applique pas nécessairement à l’apparition rapide de sécheresses à des échelles de temps plus courtes, facteur pris en compte dans la composante “indice de sécheresse” du DSR », ajoutent les chercheurs.
Il s’agit d’une quatrième année consécutive de feux d’une ampleur au-dessus de la moyenne au Canada. En 2023, l’analyse du WWA concernant le début de saison très précoce des feux de forêt au Québec indiquait que cet événement était sept fois plus probable de se produire en raison du réchauffement de la température moyenne globale.
Une saison longue et intense de lutte contre les feux comporte de nombreux effets négatifs, selon les chercheurs. « Les communautés autochtones et les pompiers forestiers subissent des répercussions accrues sur leur santé physique et mentale du fait des feux de forêt. Les communautés autochtones sont surreprésentées dans les zones touchées par ces incendies, tandis que l’isolement géographique et le nombre limité de voies de transport compliquent les évacuations. La succession d’incendies rend plus difficile le rétablissement à long terme entre deux catastrophes. Au-delà des conséquences physiques, les évacuations et les déplacements à répétition peuvent entraver l’accès aux zones de chasse, aux aliments traditionnels et aux pratiques culturelles », peut-on lire dans les faits saillants de l’étude.
Selon la professeure Friederike Otto, docteure en sciences du climat et professeure au Centre d’études des politiques environnementales du Collège impérial de Londres, « nous avons constaté à maintes reprises comment le changement climatique accentue les conditions de chaleur, de sécheresse et d’inflammabilité extrêmement propices aux feux de forêt. Cette fois, nous nous sommes penchés sur le Canada, pour la deuxième fois en trois ans. Il y a moins d’une semaine, nous avons examiné la situation en France et en Espagne. Il y a quelques mois, nous étudiions le Chili et l’Argentine. Quel sera le prochain cas? », dit-elle.
Mme Otto ajoute : « Nous observons sans cesse les mêmes résultats. Le changement climatique est un facteur clé à l’origine d’incendies d’une ampleur incontrôlable et sans précédent. Cela ne devrait pas surprendre. La science est claire depuis des décennies : la combustion des énergies fossiles rend ces feux de forêt plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser. »
Des préoccupations
Lors du webinaire offert aux journalistes avant la diffusion de l’étude, Jonathan Boucher, du Service canadien des forêts (SCF) de Ressources naturelles Canada, rappelle que les forêts boréales canadiennes sont de tenure publique et que les incendies ne sont pas combattus sur une très large partie du territoire, car le feu fait partie de l’écosystème et il contribue à la régénération des différentes espèces d’arbres.
Dans le forum, le Portail de l’assurance a fait observer que les feux en cours en Colombie-Britannique forcent l’évacuation de communautés un peu plus densément peuplées. « Tous les feux qui ont lieu dans la zone d’interface entre la forêt et les régions urbanisées sont très préoccupants. Mais on a aussi vu des feux dans des régions qui sont normalement moins exposées, comme ça a été le cas dans les provinces de l’Atlantique ces dernières années », répond M. Boucher.
À propos de ces zones urbanisées voisines des terres publiques, ou wildland urban interface (WUI), le WWA cite diverses études qui estiment à 13% la proportion de la population canadienne habitant dans cette zone. Près du tiers de ces personnes (32%) vivant dans une zone WUI sont des habitants des réserves autochtones des Premières Nations. Quelque 19% de la population de ces réserves est exposée de manière importante au risque de feu de forêt.
Les systèmes d’alerte et d’évacuation doivent être améliorés, rappelle le WWA. On l’a vu le 13 juillet dernier dans la région au nord de Thunder Bay en Ontario. À 14 h 30 ce jour-là, Lawrence Wanakamik, chef de la Première Nation de Whitesand, a demandé au gouvernement ontarien de surveiller un nouveau feu dans le secteur de Mathias Lake.
À 16 h 30, le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario indiquait qu’il n’y avait rien à craindre. Devant le panache de fumée qui s’approchait, l’évacuation de la communauté a commencé plus de cinq heures avant que la sécurité civile ne donne un ordre à cet effet. Par contre, à Namaygoosisagagun (Collins), aucune alerte n’avait été donnée et ces habitants ont dû fuir par bateau leur village déjà encerclé par le feu.
À Fort Simpson (TNO), le 19 juillet dernier, la mesure faite au Fire Weather Index était la plus extrême enregistrée à n’importe quel jour de juillet dans les Territoires du Nord-Ouest depuis 1990, souligne-t-on durant le webinaire.
Le journaliste Niles Niemuth, qui travaille pour la CBC à Yellowknife, rappelle que plus de 20 000 personnes ont été évacuées lors des feux de 2023 et que l’événement a causé un important traumatisme chez ses habitants. Cela explique le stress important découlant des feux en cours dans la région, dit-il.