Les feux de forêt font rage dans plusieurs provinces du Canada en 2026. Les résidents de plusieurs communautés autochtones du nord-ouest de l’Ontario ont dû être évacués à la mi-juillet.

En date du 19 juillet au Canada, selon les données du Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC), les quelque 3 854 feux répertoriés ont touché plus de 2,9 millions d’hectares de terrains forestiers. Les Territoires du Nord-Ouest concentraient la plus grande part des superficies brûlées (25,9%), devant l'Ontario (25,2%) et le Québec (24%).

Ce ne sont pas tous les feux de forêt qui causent des dommages importants. Selon les travaux menés par des chercheurs aux États-Unis, entre 2001 et 2020, seulement 2,7% des feux répertoriés ont causé les dommages, principalement en raison de la rapidité de leur propagation.

L’Institut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC) accueillait trois experts des États-Unis spécialisés dans la détection et la lutte contre les feux de forêt, le 10 juillet dernier, dans le cadre du webinaire Turning Wildfire Intelligence Into Homeowner and Community Action.

Le webinaire était l’occasion d’en apprendre plus sur les outils mis à la disposition des communautés de la Californie et du nord-ouest des États-Unis pour mieux se préparer aux feux de forêt. Lorsqu’on en perd le contrôle comme on l’a vu en janvier 2025 dans la région de Los Angeles, peuvent se transformer en sinistre catastrophique majeur.

Jason Brooks, fondateur de Fire Aside, développe des solutions et des outils pratiques pour aider les communautés et les propriétaires à mieux comprendre le risque associé aux feux de végétation et à mieux se préparer. Il travaille en banlieue de San Francisco, en Californie, l’état le plus populeux du pays et très souvent frappé par d’importants sinistres liés aux feux depuis une décennie.

Brooks montre des cartes préparées par la firme XyloPlan, fondée par Dave Winnacker. Ce dernier a pris sa retraite comme pompier en décembre 2024 alors qu’il dirigeait le service des pompiers du district Moraga-Orinda, situé à environ 15 km à l’est de San Francisco.

La technologie permet désormais de modéliser le risque lié aux feux, voire de mesurer et d’isoler maison par maison le risque individuel. Dans un même quartier, on peut ainsi varier les outils de communication en fonction du risque propre à certaines rues.

Adapter le message

Par exemple, M. Brooks montre la carte d’une ville moyenne en Californie. Dans la partie nord-est où les résidences voisinent des terres agricoles, il suggère de se limiter à informer les propriétaires du danger relié aux tisons transportées par le vent. Dans leur cas, on peut les aider en modifiant les conduits de ventilation de manière à éviter que ces tisons entrent dans le domicile et y allument un incendie.

Dans la partie de la municipalité plus densément peuplée par des résidences unifamiliales où les terrains sont d’un format limité, la stratégie de communication doit être renforcée et des incitatifs doivent être offerts pour que des aménagements soient faits afin de limiter la propagation du feu.

Au sud-est du même quartier, on voit une rangée de six maisons où chaque propriétaire doit être rencontré individuellement et appuyé dans ses efforts de mitigation. Selon la modélisation faite par XyloPlan, si une seule de ces maisons prend feu, les voisines suivent et le danger de conflagration devient très élevé en raison de leur emplacement stratégique.

Jason Brooks constate le succès relatif d’une campagne de prévention et de sensibilisation. Les gens sont plus portés à écouter si le risque a déjà été vécu ou est survenu à un de leurs proches. Sinon, la prévention a ses limites. Ce ne sont pas tous les propriétaires qui réagiront à la même vitesse à la promotion des efforts de mitigation.

« Pour chaque résident de ces communautés ayant atteint un niveau de résilience, le processus s’est étalé sur plusieurs années et a comporté de nombreuses étapes. Très rares sont les personnes qui réalisent tout d’un seul tenant », dit-il. Le problème est que si le voisin n’agit pas, la motivation à poser les gestes nécessaires diminue.

La stratégie, suggère Brooks, vise plutôt à convaincre tout le voisinage de se concentrer sur une tâche à la fois. Par exemple, on peut localiser les arbustes et buissons à proximité des résidences. Ceux-ci peuvent s’embraser rapidement avec un peu de vent. On peut aussi aider le quartier à équiper les conduits de ventilation avec du grillage qui ne laissent pas passer les tisons.

L’aide offerte par la communauté doit être ajustée à la capacité et à la volonté des propriétaires et des locataires. Des mesures peuvent être mal adaptées dans un quartier habité par des personnes âgées résidant dans des maisons mobiles. Certains peuvent avoir les moyens, mais pas la volonté. D’autres sont volontaires pour agir, mais n’en ont pas les capacités financières.

Dans certains cas, les autorités municipales peuvent adopter des mesures pour obliger les propriétaires à mitiger leur risque, en ciblant les violations à la réglementation municipale qui posent une menace au voisinage. En Californie, on peut connaître sa vulnérabilité en ligne avec une simple adresse.

Dave Winnacker confirme que la sensibilisation ne peut être la même pour des résidences isolées en milieu rural ou forestier et pour des milieux urbanisés. « Lorsque l’on transpose purement et simplement ces approches dans des environnements urbains et suburbains denses — là où s’est concentrée la majeure partie des pertes de bâtiments au cours des vingt dernières années —, elles s’avèrent inefficaces, car elles ne prennent pas en compte l’effet de réseau lié à la propagation du feu d’un bâtiment à l’autre », explique-t-il.

Le vent est l’ennemi

Quelque 97,3% des feux de forêt ne causent pas de dommages, souligne M. Winnacker en citant les travaux de Jack Cohen, du laboratoire de recherche du United States Forest Service (USFS). Quel est le point de bascule? Quand le feu parvient à brûler 1 620 hectares (4 000 acres) en une seule journée, ces sinistres prennent une ampleur incontrôlable, selon M. Cohen.

Dans sa présentation, M. Winnacker montre une photo d’un feu à proximité d’un restaurant McDonald’s en janvier 2025, où les vents violents ont transporté des tisons sur une très longue distance, en plus de fournir l’oxygène qui alimentait le feu. Un simple tison ne suffit pas à allumer le feu dans une structure, mais un blizzard de tisons peut certainement le faire.

Si le feu rase une maison, les résidences voisines deviennent très vulnérables, et les pompiers veulent éviter une conflagration en milieu urbain. « Si une maison est en feu, l’équipe d’une caserne de pompiers peut éteindre l’incendie. Si une dizaine de maisons brûlent en même temps, c’est pas mal plus compliqué », affirme M. Winnacker.

Ralph Bloemers est cinéaste, avocat et spécialiste de la prévention des feux. Il est possible de voir plusieurs des clips qu’il a réalisés sur la chaîne YouTube de Fire Safe People.

L’un d’entre eux met en vedette John Clarke Mills, un millionnaire du web qui s’est acheté une vaste propriété isolée dans le comté de Sonoma en Californie. Un jour, le feu a frappé près de chez lui, et il a mis du temps à se rendre compte de l’événement, car sa résidence était protégée par la topographie particulière du terrain. Mills a pu constater à quel point la communication entre les pompiers forestiers et les résidents touchés pouvait être problématique.

Ralph Bloemers souligne que lors des feux à Altadena, en janvier 2025, plusieurs structures ont pris feu en raison de l’allumage des détritus tombés des bacs roulants eux-mêmes renversés par les vents. Il recommande de consulter les ressources documentaires produites par l’Insurance Institute for Business and Home Safety pour mieux préparer l’environnement immédiat de la résidence.

« Ce n’est pas tout le monde qui a le goût d’éliminer la végétation qui pousse à moins de cinq pieds de la maison », note M. Bloemers. « On ne vous demande pas d’abattre les arbres, seulement de couper les branches qui peuvent tomber sur la structure. Il y a très peu de feux de structure dont l’origine est un arbre », dit-il.

Dave Winnacker demande à l’industrie de ne pas nuire aux efforts des propriétaires qui veulent mieux protéger leur maison contre le feu. Les assureurs disposent déjà des modèles d’évaluation du risque associé à chaque péril, dont les feux, pour établir la prime d’assurance habitation. Selon lui, ces mêmes modèles pourraient inclure les efforts des propriétaires en matière de mitigation des risques.

« Si les gens prennent les mesures adéquates, ils évitent les dégâts causés par les tisons et le vent qui peuvent allumer un feu de structure. En faisant cela, on limite la propagation des feux en milieu urbain », insiste Ralph Bloemers.

Les investissements requis peuvent sembler importants, « mais c’est nettement moins coûteux que de rebâtir une communauté rasée par le feu », note M. Winnacker. Les ravages d’un feu sont la combinaison de la topographie, du temps qu’il fait et de la présence de combustibles, ajoute-t-il. En cas de sécheresse prolongée, les autorités civiles doivent multiplier les appels à la prudence.

« Les assureurs sont mieux outillés pour passer le message de prévention et l’adapter en fonction des besoins particuliers de chaque assuré », souligne Ralph Bloemers. L’assuré moyen ne comprend pas le risque associé à un feu de forêt. Pour que le message passe, on doit lui faire assez peur pour qu’il se sente interpellé, notamment par la tarification.

« Les feux de forêt sont inévitables. Les sinistres peuvent être évités grâce aux choix de la communauté. Quand les voisins collaborent, leurs maisons ne brûlent pas, la vie peut reprendre son cours. La faculté d’agir appartient aux gens qui vivent dans cet environnement », conclut M. Bloemers dans un mémorandum que l’IPSC a fait parvenir aux participants du webinaire.

Un exemple au Canada

Bloemers suggère aux Canadiens d’observer les travaux d’Alan Westhaver qui, après 30 ans à l’emploi de Parcs Canada, a démarré sa propre firme de consultants. M. Westhaver a étudié le comportement des feux en milieu habité afin de mieux comprendre les facteurs qui font en sorte qu’une résidence brûle, mais pas la voisine.

Il a ainsi visité la communauté de Fort McMurray, où un feu majeur a été le sinistre le plus important de l’histoire de l’Alberta en mai 2016. L’épisode du 25 octobre 2017 de l’émission The Nature of Things, intitulé Into the Fire, a été écrit et réalisé par la documentariste Leora Eisen. Il met en vedette l’ex-chercheur de Parcs Canada.

Dans les premières 30 minutes du documentaire, facile à trouver sur YouTube, on peut voir M. Westhaver expliquer les observations faites à Fort McMurray quelques semaines après l’incendie de 2016. Celles-ci lui permettent de suggérer les choses à faire autour d’une résidence pour éviter la propagation du feu.

Plusieurs scènes du documentaire ont été tournées en Colombie-Britannique en 2017, année marquée par de grands feux de forêt. Quelque 1,22 million d’hectares avaient été rasés cette année-là dans la province, un record qui a depuis été battu en 2023 (1,35 million d’hectares).

Depuis 25 ans, selon le CIFFC, le Canada enregistre en moyenne chaque année quelque 3 807 feux et des superficies cumulatives de territoires brûlés par le feu de 1 935 202 hectares.