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L’image de l’industrie mise à mal par le cas de Samuel Archibald

par Hubert Roy | 20 février 2018 11h30

Dans une publication devenue virale sur les réseaux sociaux, Samuel Archibald, auteur et professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a affirmé s’être fait refuser ses prestations d’invalidité après que le Mouvement Desjardins ait eu vent de certaines activités professionnelles qu’il aurait tenues lors de son congé, alors qu’il soignait une dépression.

Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse, en a fait mention dans une chronique. L’industrie de l’assurance vie s’est alors mise en mode de gestion de crise. Le Mouvement Desjardins a fait savoir qu’il réévaluerait le cas de M. Archibald, faisant valoir au passage que son taux de refus pour les cas de santé mentale se situe sous la barre des 5 %.

Mais le mal était fait.

Et l’industrie en a pris pour son rhume.

Dans une deuxième chronique, M. Lagacé a affirmé avoir reçu une multitude de messages de gens disant avoir subi un traitement similaire à M. Archibald de la part de leur assureur. Ce qui a ajouté de l’huile sur le feu.

Le syndicat s’en mêle

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente le syndicat des employés de soutien de l’UQAM (SEUQAM), a aussi pris position. Les deux organisations syndicales ont faites certaines révélations.

Dans un premier temps, le SCFP a demandé qu’un mécanisme indépendant de révision des dossiers d’assurance invalidité soit mis sur pied. Le syndicat demande aussi au gouvernement de fixer par la loi des délais raisonnables de réponse des assureurs.

Un cas commun

Puis, le SEUQAM, qui représente plus de 2 000 employés, a pris la parole pour dénoncer le traitement des dossiers de ses membres par Desjardins. Sa présidente, Thérèse Filion, affirme que le cas de Samuel Archibald n’est pas unique. « Desjardins a souvent des comportements insistants et attitudes harcelantes face aux gens atteints de problèmes, notamment de santé mentale », dit-elle.

Invitée par le Journal de l’assurance à chiffrer le nombre de cas de refus en assurance salaire, elle s’est dite incapable de le faire, puisque c’est l’assureur qui reçoit les réclamations. Elle dit croire que ce nombre est en augmentation constante.

Vers l’assurance chômage

Mme Filion en prend pour preuve que pas une semaine ne se passe sans qu’un employé affilié au SEUQAM vienne dans son bureau pour demander conseil. Le problème est que ces gens ne touchent plus de salaire devant les délais de traitement de l’assureur. Elle les réfère donc vers l’assurance chômage, même si cela ne représente pas la situation idéale.

« Bien souvent, une bataille de médecins s’engage. L’employé en arrêt de travail a en main le diagnostic de son médecin. L’assureur fait toutefois contrevérifier et l’envoie chez son expert à lui. Malheureusement, pendant ce temps-là, l’argent n’entre pas chez l’employé. Il n’y a pas que les employés de soutien qui vivent cette situation à l’UQAM. Les professeurs se font aussi harceler. En plus, les délais de réponse sont longs. »

Desjardins n’a pas souhaité commenter les prises de position des syndicats. « Nous restons très sensibles à tout ce qui est exprimé en ce moment et nous comptons voir comment nous pouvons nous améliorer », a commenté sa porte-parole Valérie Lamarre au Journal de l’assurance.

L’industrie aussi préoccupée

Aussi jointe par le Journal de l’assurance, Lyne Duhaime, présidente d’ACCAP-Québec, a affirmé que le cas de Samuel Archibald préoccupe ses membres. « Ça nous permet de réaliser à quel point l’assurance collective va au cœur de la vie des gens. C’est un sujet émotif. Ce n’est pas étonnant que le tout résonne ainsi chez les gens, bien que nous sommes préoccupés par certaines choses qui sont dites. »

ACCAP-Québec a ainsi mis en place une stratégie de communication que ses membres pourront utiliser pour parler d’assurance dans les prochains jours. Elle convient toutefois qu’il n’est pas simple de trouver la bonne façon de réagir avec tout ce qui s’est dit.

« On ne peut pas être fermé aux critiques. Il faut bien communiquer. Il y a de bonnes choses qui se font. Les assureurs investissent massivement dans la santé mentale, que ce soit dans des chaires ou par l’adoption de politiques en ce sens. Ce sont des choses méconnues. Il faut les faire connaitre. »

La tempête médiatique s’étend hors Québec

La tempête médiatique a aussi résonné hors Québec. Les dirigeants et membres de l’ACCAP à l’échelle canadienne ont été mis au courant de ses développements à intervalles réguliers, a confié Mme Duhaime au Journal de l’assurance. « On regardera comme industrie quelles pratiques peuvent être améliorées. Nous examinons cela en profondeur. »

Quelques chiffres

L’ACCAP a aussi fourni quelques chiffres sur les réclamations versées par les assureurs de personnes au Québec :

• Les compagnies d’assurance ont versé 6,3 milliards de dollars (G$) au Québec en remboursement de médicaments. Une partie de ce montant couvre le traitement des problèmes de santé mentale, précise l’ACCAP.

• Même l’ACCAP dit détenir peu d’informations concernant les types de réclamations soumises pour des prestations d’assurance invalidité. Toutefois, l’organisme affirme que les prestations d’invalidité payées au Québec ont doublé de 2000 à 2015, passant de 800 millions de dollars (M$) à environ 1,16 G$. Cela dépasse la croissance de la couverture durant la même période, affirme l’ACCAP.

• Selon une étude de l’Institut canadien des actuaires, 46 % des demandes de réclamation en invalidité étaient liées à la santé mentale entre 2004 et 2008. Ce chiffre atteint 31 % dans les autres provinces, toujours selon l’Institut.

• Selon l’ACCAP, moins de 5 % des réclamations d’invalidité soumises pour des raisons de santé sont refusées par les assureurs.

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