775 millions de dollars (M$). C’est le montant que les assureurs membres du Bureau d’assurance du Canada (BAC) ont retourné aux conducteurs canadiens depuis le début de la pandémie de la COVID-19.
L’organisme a dévoilé ce montant la semaine dernière, profitant aussi de l’occasion pour décocher un jab à l’Insurance Corporation of British Columbia (ICBC), organisme public qui régit le marché de l’assurance automobile en Colombie-Britannique.
Le BAC reproche à l’ICBC de ne pas avoir accordé de rabais aux conducteurs qu’elle régit comme l’ont fait les assureurs à propriété privée à travers le pays, à l’exception de la Colombie-Britannique. Le BAC estime à 280 $ le rabais moyen consenti aux conducteurs canadiens clients d’un assureur membre de l’organisme. Selon le BAC, les seules mesures dont ont pu bénéficier les Britanno-Colombiens sont l’annulation des frais de 30 $ demandé pour cesser une couverture d’assurance et la permission de faire certaines livraisons avec son auto pendant le temps de la pandémie.
« L’ICBC a réalisé des économies substantielles étant données la baisse des collisions automobiles et des réclamations qui en découlent. L’organisme a plutôt choisi de tourner le dos aux Britanno-Colombiens en refusant de leur offrir un répit financier, au contraire des assureurs privés. C’est l’exemple le plus récent de la nécessité de mettre fin au monopole de l’ICBC et de donner un choix aux Britanno-Colombiens en matière d’assurance automobile », a commenté Aaron Sutherland, vice-président, Pacifique, du BAC.
L’ICBC réagit
Jointe par le Portail de l’assurance, l’ICBC a réagi aux propos du Bureau d’assurance du Canada. « L’impact de la pandémie de COVID-19 sur l’ICBC et sur nos clients a été vaste et sans précédent, avec de nombreuses inconnues à venir. Bien que nous ayons constaté une réduction du cout des sinistres au cours des quatre derniers mois, nous avons aussi subi une baisse de nos revenus tirés des primes d’assurance. Nos clients ont apporté des modifications à leurs polices d’assurance, ont retardé l’acquisition de nouvelles polices ou les ont tout simplement annulées », a indiqué son porte-parole Brent Shearer, dans un courriel destiné au Portail de l’assurance.
Il ajoute qu’en plus de l’incertitude découlant de la pandémie, le portefeuille de placements de l’ICBC, que l’assureur public utilise pour l’aider à compenser e cout des sinistres et à réduire les primes, a été « fortement touché » en raison du ralentissement du marché. « L’impact de la COVID-19 est encore incertain pour l’année à venir. Toutefois, le gouvernement de la Colombie-Britannique a adopté une loi exigeant que si les résultats nets de l’entreprise sont meilleurs que prévu, tout revenu net supplémentaire profitera aux clients », poursuit M. Shearer.
Il a aussi brossé un portrait des mesures prises par l’ICBC depuis le début de la pandémie, que l’assureur public juge similaires aux mesures prises par les assureurs privés dans d’autres provinces :
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Possibilité de reporter 90 jours son paiement de primes d’assurance, accompagnée d’options permettant de mettre en place des modes de paiement prolongés;
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Renonciation temporaire aux frais d’annulation et de remise en vigueur de l’immatriculation;
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Permission de changer de classe tarifaire si les habitudes de conduite ont changé. « Il n’y a pas de frais pour cela et cela peut offrir aux assurés des économies considérables », précise l’ICBC;
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Permettre aux clients assurés de flottes de suspendre l’assurance des véhicules qu’ils ne conduisent pas;
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Offre d’une exemption temporaire aux clients assurés pour un usage personnel, pour leur permettre de livrer de la nourriture et des produits médicaux.
Réponse politique en vue ?
Dans sa prise de position, le BAC a aussi profité de l’occasion pour mettre de l’avant une déclaration du ministre responsable des activités de l’ICBC, David Eby, sur les taux d’assurance automobile payés par les Britanno-Colombiens. Selon, le BAC, il aura récemment déclaré « que c’était un temps difficile pour les Britanno-Colombiens de comprendre pourquoi ils avaient un assureur public ». Citation avec laquelle le BAC se dit parfaitement en accord.
Par ailleurs, lundi, un média régional, le New Westmnister Record, rapportait que le député libéral de la circonscription de Richmond-Queensborough Jas Johal a introduit à l’assemblée législative de la Colombie-Britannique, un projet de loi intitulé Insurance Corporation Amendment Act, 2020. Par celui-ci, M. Johal vise à inciter l’ICBC à offrir des rabais aux conducteurs britanno-colombiens durant la pandémie, mais aussi à réduire ses frais d’exploitation durant celle-ci. Selon les libéraux de l’endroit, la mesure permettrait de retourner 158 M$ aux Britanno-Colombiens.
Des relations tendues
Les deux organismes n’en sont pas à leur premier accrochage. Un rapport commandé par le gouvernement de la Colombie-Britannique à EY en 2017 avait jeté le feu aux poudres.
Le BAC avait ensuite commandé son propre rapport sur la question début 2018. Le BAC était revenu à la charge quelques fois depuis, notamment à l’automne 2019, affirmant que les Britanno-Colombiens payaient trop chères leurs primes d’assurance.
Des assureurs poursuivent leurs mesures
Des assureurs ont aussi annoncé au cours des dernières semaines qu’ils prolongeaient leurs mesures mises en place depuis le début de la pandémie. C’est notamment le cas de Travelers Canada, Desjardins Assurances et d’Allstate du Canada.
Dans le cas de Desjardins, l’institution financière estime à 150 M$ le montant retourné à ses clients conducteurs depuis le début de la pandémie. Allstate estime pour sa part son aide à 60 M$.