Les jeunes voyageurs sont les moins enclins à s’assurer avant de partir à l’étranger, et ce, même s’ils sont parmi les plus susceptibles d’y subir un accident. Comment les assureurs peuvent-ils les convaincre de mieux se protéger? 

Un article de Milesopedia Canada, un site web spécialisé dans la comparaison des récompenses des cartes de crédit, publié à la fin du mois de juillet, indique que les moins de 35 ans représentent 58% de tous les voyageurs canadiens qui ne se procurent pas d’assurance voyage.

En fait, plus d’un voyageur sur quatre de 18 à 34 ans (29%) n’en achète pas. Une « économie » qui pourrait s’avérer coûteuse, notamment parce que 41% des voyageurs non assurés se rendent aux États-Unis, « où les frais médicaux figurent parmi les plus élevés au monde », souligne Milesopedia dans l’article. 

Un rapport de Signal49 Research cité par Milesopedia révèle les principales raisons invoquées pour partir sans assurance :

  • 19% des voyageurs non assurés la jugent trop chère; 
  • 23% estiment ne pas en avoir besoin;
  • et 41% considèrent leur voyage trop court pour justifier l’achat d’une police. 

« Ces trois raisons partagent un point commun : elles reposent sur une évaluation du risque, pas sur son absence réelle », relève-t-on. 

Un constat que partage Louis-Philippe Morisset, responsable de la tarification et de l’évolution du produit d’assurance voyage chez Desjardins Assurances générales. « Même si on part trois jours, il est possible qu’on ait besoin d’annuler avant le départ; il est aussi possible qu’un accident se produise quelques heures seulement après notre arrivée », illustre-t-il. 

 « Beaucoup de jeunes ne savent pas s’ils sont couverts ou vont partir sans prendre d’assurance voyage, confirme Nadia Goyette, directrice adjointe, assurances, produits et partenariats chez CAA-Québec. Oui, il y en a qui ont la pensée magique de croire qu’il ne leur arrivera rien, ou qui croient que ça ne vaut pas la peine de s’assurer pour quelques jours ou pour un voyage à proximité. » 

« Ce qui est rassurant, c’est que depuis quatre ans, on a vu ce pourcentage-là diminuer », renchérit-elle. Selon elle, la pandémie a provoqué une prise de conscience collective de l’importance de détenir une assurance en cas d’annulation. 

Les perturbations géopolitiques des dernières années ont également contribué à mettre en lumière l’utilité de l’assurance voyage. 

Le prix n’explique toutefois pas à lui seul cette réticence à s’assurer. « Il faut aller au-delà de la question du budget, croit Nadia Goyette. Les jeunes veulent vivre des expériences, mais ils veulent maximiser chaque dollar investi. Ils vont donc regarder les dates pour les vols les moins chers, séjourner en auberge de jeunesse ou en Airbnb parce que c’est moins cher qu’à l’hôtel. Mais ils ne budgètent pas d’assurance voyage, alors qu’à leur âge, c’est très abordable de s’assurer. » 

Sylvain Lamanque, vice-président principal aux opérations chez SecuriGlobe, abonde dans le même sens. « On ne parle pas de milliers de dollars, mais de quelques dizaines, voire une ou deux centaines tout au plus, note-t-il. C’est la tranche de clientèle la moins chère à assurer. » 

« Il semble y avoir une méconnaissance de ce à quoi sert une assurance voyage, ajoute-t-il. Beaucoup de gens de tous âges pensent à tort que leur carte de la Régie de l’assurance maladie du Québec les couvre entièrement et partout au Canada, par exemple. » 

Des voyageurs plus téméraires 

L’étude rappelle que les jeunes adultes sont plus susceptibles de pratiquer des activités à risque en voyage, notamment des sports d’aventure et des activités nautiques. 

Or, les protections contre les accidents survenant lors de ces activités ne peuvent être obtenues après les faits. Et surtout, elles sont généralement vendues en surplus d’une assurance voyage de base. 

« C’est un paradoxe, remarque Louis-Philippe Morisset. C’est important de leur rappeler que leur couverture de base, quand ils en ont une, n’inclut pas certaines activités. » 

Les jeunes touristes séjournent aussi dans des auberges de jeunesse et utilisent davantage le transport en commun, ce qui les expose à d’autres risques. Les causes de blessures les plus fréquentes à survenir en voyage sont les accidents de la route, les chutes et la noyade.

« C’est justement lors de ces activités qu’ils peuvent se blesser, rappelle Nadia Goyette. Même en allant à la montagne, au Vermont ou au New Hampshire, tout près de chez soi, c’est possible de se fouler une cheville et d’avoir besoin d’être rapatrié en hélicoptère-ambulance. La facture d’hôpital va être beaucoup plus salée que ce qu’aurait coûté l’assurance. » 

Une méta-analyse, Magnitude of and Trends in Alcohol-Related Mortality and Morbidity Among U.S. College Students Ages 18–24, 1998–2005, accessible dans PubMed Central, l’archive de la National Library of Medicine aux États-Unis, rapporte que près de deux décès accidentels sur trois (63%) liés à une chute chez les 18 à 24 ans impliquaient la consommation d’alcool. Celle-ci accroît également le risque de noyade lors d’activités nautiques. 

« Règle générale, quand il est déterminé que le taux d’alcool de la personne dépasse la limite légale de 0,08, l’assureur ne dédommagera pas », prévient Nadia Goyette. 

Comment sensibiliser les jeunes? 

Nées dans un univers numérique, les plus jeunes générations constituent une clientèle distincte à laquelle il faut s’adresser différemment, reconnaissent les assureurs. 

« On ne s’adresse pas de la même manière à un snowbird qui va passer l’hiver au chaud qu’à un jeune qui a trois semaines de vacances dans toute son année, relativise Nadia Goyette. Dans les 18-34 ans, on a des étudiants, on en a qui habitent chez leurs parents et d’autres en appartement, mais on a aussi de jeunes familles et des propriétaires. » 

Sans surprise, les réseaux sociaux constituent un canal privilégié pour communiquer avec eux. « Les jeunes, ils s’informent sur leur cellulaire, contrairement à leurs parents ou leurs grands-parents qui sont abonnés à notre magazine papier ou à notre infolettre, relève Nadia Goyette. Alors on fait de courtes capsules sur Facebook, Snapchat ou Instagram pour leur expliquer les enjeux autour des polices d’assurance. » 

Mais rares sont les initiatives qui ciblent directement les jeunes, déplore M. Lamanque. « Il faudrait une campagne de sensibilisation concertée par les grands assureurs », propose-t-il. 

L’expérience d’un proche peut aussi servir d’électrochoc. « Quand on connaît quelqu’un à qui il est arrivé une mésaventure coûteuse, c’est là que les gens prennent conscience de l’importance d’être bien assuré en voyage », indique M. Lamanque. 

Des habitudes de consommation différentes 

Lorsqu’ils détiennent une carte de crédit, bon nombre de voyageurs ont l’impression d’être suffisamment protégés. Ce n’est pas toujours le cas. « Il faut prendre le temps de lire le contrat de la carte de crédit pour comprendre ce qui est couvert ou non, note Nadia Goyette. Il se peut aussi que, si les réservations de voyage n’ont pas été payées avec la carte, la couverture ne s’applique pas. »

Mme Goyette rappelle par ailleurs que certains jeunes adultes encore considérés comme personnes à charge de leurs parents peuvent être couverts par l’assurance familiale. 

Les jeunes voyageurs sont d’ailleurs plus nombreux à acheter leur assurance voyage en ligne : 38% le font, comparativement à 27% pour l’ensemble des groupes d’âge, selon Milesopedia. 

À l’échelle nationale, l’entreprise rapporte qu’il devrait se vendre environ 9,2 millions de polices d’assurance-voyage cette année alors que 9,5 millions de polices avaient trouvé preneur en 2019.

Le défi pour l’industrie est donc bien là : convaincre les voyageurs les moins coûteux à assurer de se protéger avant qu’un imprévu ne leur rappelle le prix de ne pas l’avoir fait. 

 

Les voyageurs québécois encore moins protégés

En jumelant les données sur l’écart générationnel aux taux de souscription à une assurance voyage par province, Milesopedia conclut que ce sont les jeunes voyageurs québécois qui se protègent le moins avant de partir à l’étranger. 

Les Québécois sont en effet les cancres de l’assurance voyage au pays avec un taux de protection de 73%, onze points de moins que les champions canadiens, les Britanno-Colombiens.