Conflits au Moyen-Orient, tensions dans le détroit d’Ormuz, violences au Mexique, crise énergétique à Cuba, entre autres : les derniers mois ont été marqués par de nombreux bouleversements géopolitiques et économiques, avec d’importantes répercussions sur l’industrie du voyage. Selon plusieurs intervenants, le milieu de l’assurance, lui, résiste.

« C’est vrai que les dix-huit derniers mois n’ont pas été de tout repos! » lance d’emblée Claudia Baino, directrice du développement des affaires pour le Québec chez Allianz Global Assistance Canada.
Les années 2020 sont le théâtre de montagnes russes qui ne semblent pas près de finir. Le secteur avait déjà été mis à rude épreuve avec la pandémie de COVID-19, quand les voyages internationaux ont été pour la grande majorité suspendus pour des raisons sanitaires.

« Le bon côté de cette situation, s’il y en a eu un, c’est que ça a démontré l’importance de l’assurance voyage, affirme Nadia Goyette, directrice adjointe, Assurances produits et partenariats pour CAA-Québec. Ça a sensibilisé monsieur et madame Tout-le-Monde à l’importance d’une bonne couverture. »
Auparavant, les voyageurs songeaient d’abord et surtout à une protection médicale en cas d’ennuis de santé à l’étranger. L’assurance en cas d’annulation a commencé à se faire connaître de plus en plus.
« Il y a beaucoup plus de clients qui achètent une assurance annulation-interruption », relève pour sa part Sylvain Lamanque, vice-président principal aux opérations pour Securiglobe (Navacord). « Ils comprennent le besoin d’une assurance, surtout quand le voyage est dispendieux. »
Voyager malgré tout
À l’heure actuelle, les Canadiens ne s’empêchent pas de voyager. Mais ils choisissent de nouvelles destinations.
Un sondage mené par la firme IPSOS pour Allianz indiquait en début d’année que les Canadiens avaient la ferme intention de voyager : sept répondants sur dix avaient des projets de voyage en 2026.
Parmi les destinations privilégiées, on retrouvait les autres provinces canadiennes, le Mexique et les Caraïbes ainsi que l’Europe. Les États-Unis, pour leur part, étaient moins populaires que l’année précédente.
« À l’heure actuelle, les gens envisagent des road trips dans les provinces limitrophes, ou prennent des vols intérieurs vers les provinces de l’Ouest », énumère Mme Goyette.
« On voit aussi de nouvelles destinations devenir plus populaires auprès des Québécois, comme le Japon ou le Costa Rica, le Brésil, le Panama ou l’Indonésie », ajoute-t-elle.
Securiglobe, acquis par Navacord, dessert une grande partie de Canadiens qui voyagent aux États-Unis en hiver, les fameux « snowbirds ». Beaucoup ont une propriété en Floride, au Texas, en Californie ou en Arizona, précise Sylvain Lamanque.
Cette clientèle attend plus longtemps avant de planifier sa prochaine saison, remarque-t-il. « Les gens magasinent plus tard. Avant, le client qui revenait [au Canada] en avril était déjà prêt à acheter pour le prochain hiver, maintenant, ils attendent un peu. »
Cela s’explique entre autres parce que plusieurs tentent de se départir de leur propriété américaine. « Avec les ouragans et les changements climatiques en Floride, les gens n’ont plus tous les moyens d’assurer leur condo. Les frais ont doublé, ou triplé. S’ils ne l’ont pas vendu, ils vont quand même en profiter, mais leur voyage sera moins long », soulève M. Lamanque.
Des voyageurs mieux informés
Surtout, les voyageurs canadiens se renseignent davantage, aussi bien sur les dernières actualités concernant leur destination que sur leurs options en cas d’annulation.
« On remarque davantage de planification, souligne Claudia Baino. Les gens sont inquiets, ils lisent les journaux et ils posent plus de questions. On a besoin d’offrir une assistance plus assidue dans notre service à la clientèle. »
Les événements des dernières années ont fait en sorte que les Canadiens sont plus enclins à se procurer une assurance voyage, malgré l’augmentation des primes. Une hausse attribuable notamment à la flambée du prix des billets d’avion.
« On n’a pas vu davantage d’annulations [de voyage] en tant que telles, mais on observe que les gens sont beaucoup plus conscients de la nécessité de se protéger eux-mêmes et de protéger leur investissement », relève Mme Baino.
Un risque n’est pas toujours prévisible
Certains voyageurs ne ressentent pas le besoin d’acheter une assurance voyage parce que l’émetteur de leur carte de crédit couvre certains frais en cas d’urgence ou bien parce que leur assurance collective offre ce service.
« Mais rares sont les clients qui lisent les petits caractères et qui connaissent leur protection dans le fin détail », nuance Nadia Goyette.
Ce faisant, certains touristes peuvent avoir de mauvaises surprises si la couverture qu’ils détiennent ne correspond pas à leur situation particulière. « C’est là qu’il peut être intéressant de contracter une assurance voyage de manière complémentaire à ce qu’ils ont déjà, pour couvrir ce qui n’est pas déjà couvert », renchérit la directrice adjointe de CAA-Québec.
Dans certains cas, lorsqu’un vol est annulé ou retardé, il revient au transporteur d’indemniser les voyageurs. Mais cela ne couvrira pas d’autres pertes engendrées par ce nouvel horaire, comme l’annulation d’un hébergement, d’activités ou d’une location de voiture qui ont été payés d’avance et qui ne sont pas toujours remboursables.
La notion de risque prévisible est aussi centrale dans l’assurance annulation, rappelle Mme Goyette.
« La compagnie aérienne, par exemple, a les obligations d’indemniser ses clients pour des situations qui sont de son contrôle, illustre-t-elle. Ce n’est pas toujours de leur ressort. »
Et encore faut-il que ce risque soit prévisible pour être couvert. « Pensons à l’actuelle crise qui touche le kérosène en Europe, poursuit Nadia Goyette. On sait que des compagnies aériennes ont déjà été proactives pour changer leurs horaires de vol, pour en annuler ou en jumeler afin de minimiser l’impact financier. On pourrait penser qu’une pénurie de carburant est prévisible, mais ce n’est pas le cas. On ne sait pas à quel moment précis cela va arriver, SI ça arrive. »
La peur d’un aléa, l’incertitude dans le pays de destination ne sont pas non plus couvertes. « Si le voyageur décide d’annuler son voyage sans qu’il y ait eu un avis comme quoi il ne faut pas aller dans ce pays, c’est sa décision, et il ne pourra pas être remboursé. Les assureurs ne couvrent pas la peur », relève Mme Goyette.
Les voyageurs les plus craintifs peuvent toutefois se prévaloir d’un avenant « annulation pour toute raison » pour être couverts au-delà des motifs listés par les assureurs. Aux États-Unis, l’incertitude mondiale a fait en sorte que les souscriptions à ce type d’avenant ont bondi de 27% ce printemps.
Les voyagistes s’ajustent
En prévision d’une éventuelle pénurie de carburant, certains transporteurs ont revu leurs plans. Par exemple, Air Canada a suspendu 13 liaisons internationales pour la période comprise entre avril et septembre. Le transporteur aérien a également resserré ses vols vers les États-Unis et les Caraïbes pour la prochaine année.
De son côté, Air Transat a revu son offre à la baisse et mis sur pause ses liaisons vers Cuba, tout comme Sunwing qui préfère éviter ce secteur jusqu’à l’automne. Même son de cloche pour WestJet, qui a aussi diminué le nombre de vols vers l’Europe.
2026 est à moitié entamée : la deuxième partie sera-t-elle plus paisible? Impossible de le savoir. Mais Claudia Baino demeure optimiste. « Ça fait 40 ans que j’évolue dans le domaine du voyage, et j’ai tout vu : la pandémie, l’épidémie de SRAS (2002-2003), les attentats de New York (11 septembre 2001) et pleins d’autres choses, énumère-t-elle. Les voyages se sont arrêtés pendant une période de temps, mais c’est un marché résilient. Les gens vont toujours ressentir le besoin de voyager. »