La saison des ouragans en 2025 a été moins pénible que prévu pour les assureurs, comme aucune tempête tropicale n’a touché terre sur la partie continentale des États-Unis. Lors de deux webinaires récents auxquels le Portail de l’assurance a participé, des météorologues ont fait état de leurs prévisions pour la saison des ouragans, qui s’étend de juin à novembre chaque année.

Le météorologue Bob Robichaud, responsable du Canadian Hurricane Centre (CHC) était l’invité de l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC) au début du mois de juin. Il rappelle que le passage d’un seul ouragan, comme cela a été le cas pour Fiona en 2022, suffit pour qualifier une année comme étant catastrophique.
Pour qu’une tempête tropicale se développe puis se transforme en ouragan, plusieurs facteurs sont requis, note M. Robichaud. Il faut une perturbation préexistante avec une spirale de basse pression qui prend naissance à quelques degrés de latitude au nord de l’Équateur, avec des vents qui se maintiennent en force et en direction plus la tempête s’étend à la verticale.
Si la température de surface de l’océan atteint 26°C, si l’atmosphère est instable et avec une température plus froide en grimpant en altitude, et qu’on observe une forte humidité relative dans les strates atmosphériques plus basses, la tempête peut prendre de l’ampleur. M. Robichaud insiste sur l’absence de vent de cisaillement (windshear), car ceux-ci empêchent la tempête de se structurer verticalement.
Dès le moment où la dépression tropicale est bien formée depuis plus de 24 heures et qu’elle montre une spirale bien définie, si les vents sont inférieurs à 63 km/h, l’événement devient une tempête tropicale et on lui octroie un numéro pour mieux la surveiller. Si la vitesse des vents dépasse ce seuil, sans dépasser 118 km/h, on donne un prénom à la tempête. Le statut d’ouragan est octroyé quand les vents dépassent cette limite, explique M. Robichaud.
Généralement, la dépression passe au statut de tempête post-tropicale en se déplaçant vers le nord. Chaque année, plusieurs de ces tempêtes finissent leur parcours dans les provinces de l’Atlantique. En moyenne, il y en a une en juin, une ou deux à juillet, trois ou quatre en août, quatre ou cinq en septembre, puis la fréquence baisse en octobre et novembre.
Retour sur 2025
Les météorologues à l’emploi du gouvernement fédéral ont surveillé plus particulièrement le parcours de l’ouragan Erin à l’été 2025. Son passage dans l’Atlantique coïncidait dans une période où les feux de forêt sévissaient en Nouvelle-Écosse. « Il est rapidement apparu que les précipitations seraient peu importantes, mais nous étions à la bordure du parcours de la tempête, et les vents qui l’accompagnaient pouvaient avoir un impact sur les feux de forêt », précise M. Robichaud.
En 2025, les spécialistes avaient prédit entre 13 et 19 tempêtes prénommées, ce qui allait entraîner entre 6 et 10 ouragans, de 3 à 5 classés de catégorie 3 ou plus. Il y a finalement eu 13 tempêtes, dont 5 ouragans, quatre classés comme majeurs.
Le dernier de la saison, Melissa, a touché la Jamaïque en octobre dernier. À son passage dans les provinces maritimes du Canada, Mélissa a laissé tomber entre 30 à 50 mm de précipitations parfois fortes à Terre-Neuve-et-Labrador, mais les dommages ont été infimes comparativement à la dévastation observée dans les Caraïbes.
Avec des vents atteignant 306 km/h, Melissa a égalé le record pour la force d’un ouragan dans l’océan Atlantique, établi par l’ouragan Allen ayant frappé le Texas en 1980. Melissa a causé 125 morts en Jamaïque et à Cuba, en plus de provoquer des dommages de 12 milliards de dollars américains (G$ US).
En touchant la Jamaïque le 28 octobre 2026, l’ouragan était encore de catégorie 5. Le lendemain, en touchant terre à Cuba, il était de catégorie 3. C’est le seul ouragan de 2025 qui a touché terre, et il l’a fait deux fois.
D’autres ouragans ont été à l’origine de pertes de vies humaines en 2025, souligne M. Robichaud en donnant les exemples de Barry (8 décès au Mexique), de Chantal (6 décès en Caroline du Nord) et d’Imelda (2 décès à Cuba).
La vitesse des vents de Melissa a grimpé de 102 km/h en 24 heures, et de 194 km/h sur 72 heures. Bob Robichaud souligne d’ailleurs que les trois autres ouragans majeurs de 2025 (Erin, Gabrielle et Humberto) ont connu le même niveau d’intensification des vents en une seule journée. Erin a même augmenté son intensité de 139 km/h en 24 heures.
Pour les météorologues, il devient de plus en plus compliqué de prévenir les populations de se mettre à l’abri lorsqu’une tempête prend de l’ampleur, en raison de cette intensification rapide. « Là, on a à peine deux jours où, à partir de rien, ça se transforme en catastrophe », indique M. Robichaud.
Même dans une saison relativement tranquille comme cela a été le cas en 2025, les chiffres associés à Melissa sont remarquables. En touchant terre, la pression atteignait 897 kilopascals (kPa), en deuxième place, et les vents atteignaient 296 km/h, les plus forts de l’histoire. La pression mesurée au centre de la tempête avant qu’elle touche terre est descendue à 892 kPa, en troisième place parmi les pressions les plus basses enregistrées.
La trajectoire
Grâce à la collaboration du National Hurricane Centre basé à Miami, le CHC obtient généralement un trajet prévisible, ce qui lui permet de lancer des alertes 72 heures à l’avance avant qu’une tempête tropicale ait des impacts au Canada.
Les plateformes de simulation ont été grandement améliorées ces dernières années, ce qui permet de réduire la marge d’erreur dans la prévision de la trajectoire empruntée par la tempête tropicale. Au fil des ans, la taille du diamètre potentiel de la tempête est réduite, ce qui donne une meilleure fiabilité quant à la zone où la perturbation peut passer.
Le courant El Niño
Le passage au courant El Niño dans l’océan Pacifique est une bonne nouvelle pour les météorologues qui surveillent les tempêtes dans l’Atlantique. Ce courant est généralement associé à une augmentation des vents de cisaillement qui freinent la transformation d’une tempête en ouragan.
Le 20 mai dernier, les prévisionnistes de l’Agence américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA) ont annoncé qu’il était probable à 90 % que la saison des ouragans sera dans la moyenne ou moins active qu’à l’habitude. Il devrait quand même y avoir de 8 à 14 tempêtes prénommées, dont une à trois seront des ouragans majeurs (catégorie 3 ou plus sur l’échelle Saffir-Simpson).
En 2026, le CHC s’attend à devoir lancer environ 5 alertes dans le territoire qu’il couvre. Les chercheurs de Colorado State University (CSU) ont fait des comparaisons avec les années où les conditions étaient similaires à celles observées cette année, soit en 2006, 2009, 2015 et 2023. Même si les probabilités sont basses pour qu’un ouragan frappe l’une ou l’autre des provinces de l’Atlantique ou ailleurs au pays, le CSU prévoit tout de même qu’il y a 21 % de probabilité qu’au moins un ouragan touche le pays. La province où la probabilité est la plus élevée est la Nouvelle-Écosse (21 %), rapporte M. Robichaud.
La prévision du réassureur

La firme Gallagher Re tenait un webinaire similaire sur la saison des ouragans dans l’Atlantique le 11 juin dernier. Le chercheur Phil Klotzbach, spécialiste des sciences de l’atmosphère à Colorado State University (CSU), indique que son groupe publie ses prévisions sur l’activité saisonnière des ouragans depuis 1984 au mois d’avril, avec des révisions en juin et en août. La veille, l’organisme avait transmis sa mise à jour de la prévision officielle pour juin 2026.
CSU prévoit 11 tempêtes prénommées en 2026, incluant 5 ouragans, dont 2 atteindront la catégorie 3. Ce sera donc une saison moins active qu’à l’habitude. Comme l’avait fait M. Robichaud une semaine plus tôt, M. Klotzbach a parlé des vents de cisaillement verticaux qui restreignent la capacité d’une tempête à prendre de l’ampleur pour se transformer en ouragan.
Et la corrélation entre la prévision faite et le résultat réel s’est grandement améliorée au fil des ans, ajoute le chercheur. La transformation du courant océanique vers un épisode El Niño venait d’être confirmée par la NOAA au moment où M. Klotzbach prenait la parole.
Les collègues du côté de l’Europe prévoient un courant El Niño très fort en 2026, ce qui ajoute à la probabilité d’une saison moins active que la moyenne en matière d’ouragans. CSU ne peut prédire le nombre de ces ouragans qui sont susceptibles de toucher le continent nord-américain ni à quel endroit ils toucheront terre. Mais ses chercheurs peuvent néanmoins voir une corrélation entre le nombre d’ouragans dans l’Atlantique et la valeur des dommages assurés que ces ouragans entraîneront.
Avec la collaboration de Gallagher Re, les chercheurs de CSU analysent plus particulièrement l’impact des ouragans dans la mer des Caraïbes. Depuis 1979, la tendance montre une hausse des ouragans dans cette région, et particulièrement durant les mois d’octobre et de novembre. Une des explications est la température élevée de l’océan à cette période de l’année.
Un des chantiers sur lequel M. Klotzbach et son équipe travaillent est la catégorisation des ouragans par la pression atmosphérique mesurée dans l’œil de la tempête. Plus cette pression est basse, plus grande est la superficie couverte par l’ouragan. Il y aurait un lien entre la dimension de la tempête et la puissance de l’onde de tempête qui frappe les côtes lorsque l’ouragan touche terre.
Cette corrélation a été observée dans le passé, notamment lors de l’ouragan Katrina en 2005, qui a causé une grande dévastation dans le golfe du Mexique. Le chercheur de CSU ajoute qu’il y a un lien entre la force de cette onde de tempête et les dommages économiques de même que les pertes en vies humaines.
Une sécheresse d’exception
Plus tard durant le webinaire, l’expert Steve Bowen de Gallagher Re, fait remarquer que si les cinq premiers mois de 2026 ont été marqués par un nombre très peu élevé des catastrophes majeures, la situation pourrait vite changer. Selon lui, les conditions de sécheresse extrême dans plusieurs pays de l’hémisphère nord sont susceptibles de créer des problèmes durant l’été avec les feux de forêt ou de végétation.
Dans plusieurs États américains, on observe même que la sécheresse des sols est similaire à celle enregistrée lors du Dust Bowl dans les années 1930. À l’époque, des années de sécheresse exceptionnelle avaient provoqué les grandes tempêtes de poussière qui ont rendu invivables les conditions d’existence de nombreux habitants du Kansas, de l’Oklahoma et du Texas entre 1934 et 1940.