Il a été beaucoup question d’adaptation aux changements climatiques en 2025 dans l’industrie de l’assurance de dommages. 

En février, l’Institut climatique du Canada publiait un rapport sur l’abordabilité du logement qui contient un constat évident : construire des logements abordables dans des zones vulnérables aux catastrophes naturelles n’est pas une bonne idée. 

L’ajout d’un avenant concernant l’état des toitures dans les polices d’assurance habitation de l’assureur Intact à la fin de 2024 a fait jaser chez les intermédiaires en distribution. Selon les représentants du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ), l’exigence de l’assureur entre en conflit avec le Code de déontologie des représentants en assurance de dommages

À la fin du printemps, dans son rapport déposé au parlement fédéral, le Commissaire à l’environnement et au développement durable, qui relève du bureau du Vérificateur général du Canada, constatait des lacunes dans la Stratégie nationale d’adaptation lancée en 2023. L’absence de cibles précises pour réduire les risques posés à la santé humaine était soulignée. Le Commissaire mentionnait notamment les impacts de la maladie de Lyme et de la fumée des feux de forêt. 

La planification des travaux de construction des infrastructures municipales est également un élément central de l’adaptation aux changements climatiques, rappellent les chercheurs de l’Institut AdapT relié à l’École de technologie supérieure. Une nouvelle chaire de recherche à cet égard a été lancée avec la collaboration de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). 

Une autre chaire financée notamment par trois compagnies d’assurance a vu le jour durant l’année 2025, dirigée par Mathieu Boudreault, actuaire et professeur au département de mathématiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ses travaux sur la modélisation actuarielle des risques physiques et des risques de transition visent à aider les institutions à mieux se préparer aux défis climatiques. 

La construction résiliente 

Les incendies qui ont causé d’énormes dommages dans la région métropolitaine de Los Angeles en janvier 2025 ont soulevé le problème de l’assurabilité et de son impact sur le marché immobilier. Il devient difficile de trouver un prêteur hypothécaire lorsqu’on ne peut assurer sa propriété.

Un dossier publié au premier trimestre de 2025 confirmait l’existence de nombreuses idées et des innovations qui rendront l’habitation plus résistante lors d’une prochaine intempérie. Les assurés peuvent contribuer à mitiger les dommages en adoptant ces bonnes pratiques, et les assureurs ont aussi un rôle à jouer à cet égard.

Un atelier tenu dans le cadre de la Journée de l’assurance de dommages, organisée par les Éditions du Journal de l’assurance, portait d’ailleurs spécifiquement sur l’habitation résiliente

En 2025, l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC) a tenu un webinaire qui traitait de la construction résiliente. On y abordait l’enjeu de la reconstruction à l’identique, un sujet délicat pour les assureurs. Au moment de reconstruire ou de remettre en état, il est probable que la prochaine intempérie provoque les mêmes dégâts si on utilise les mêmes matériaux qui n’ont pas résisté au premier sinistre. Vers la fin de 2025, un autre événement organisé par l’IPSC traitait du même sujet. 

Le point de bascule 

Le thème du point de bascule, c’est-à-dire l’ampleur de la gravité requise découlant d’une catastrophe majeure qui menacerait l’écosystème de l’assurance, a aussi été présent l’année dernière. Au début de 2025, la Société d’indemnisation en matière d’assurance (SIMA) faisait état du découvert de protection qui guettait les Canadiens si un tremblement de terre important frappait les grandes agglomérations urbaines.

Et en déposant son budget au début de novembre, le gouvernement Carney confirmait qu’il se préoccupait du risque associé à un séisme majeur. Cependant, le président-directeur général (PDG) de la SIMA, Alister Campbell, note que cette reconnaissance a déjà été faite à trois reprises dans des budgets fédéraux depuis 2017 et qu’aucun progrès n’a été fait à cet égard. 

« Le Canada a besoin d’un filet de sécurité en matière de liquidités dès maintenant. Il est temps de passer des promesses de consultation à la mise en œuvre de solutions concrètes. De nombreux programmes efficaces existent déjà dans des juridictions comparables exposées aux séismes », indique M. Campbell dans une correspondance récente avec une agence de presse et dont la copie a été transmise par la SIMA au Portail de l’assurance

Par ailleurs, la création d’un assureur-relais, demandée depuis longtemps par la SIMA, a été autorisée durant l’été 2025

De son côté, le Bureau d’assurance du Canada (BAC) réclame du gouvernement fédéral la création d’une agence nationale de gestion des situations d’urgence afin d’améliorer la préparation et les mesures de rétablissement à la suite de catastrophes naturelles majeures. Si les dégâts causés par les inondations ont un impact majeur sur les coûts de l’assurance habitation, l’impact des feux de forêt de 2023 et de 2025 est tout aussi préoccupant à cet égard, ajoute le BAC.

Devant les tribunaux 

En 2026, on en apprendra plus sur les péripéties juridiques associées à l’affaire TruStar Underwriting, un agent général (MGA) établi en Ontario qui a été mis sous séquestre en novembre 2024. La firme poursuit son ex-PDG, Daniel Moses, de même que deux autres personnes et deux autres sociétés qui seraient impliquées dans le stratagème frauduleux. 

M. Moses aurait émis des polices d’assurance qui n’étaient pas couvertes par un assureur. Parallèlement, il aurait encaissé les primes versées par les clients pour les déposer dans son compte personnel, au lieu de les placer en fiducie ou de les remettre à l’assureur.

Les courtiers, assurés et assureurs concernés avaient jusqu’au 12 décembre 2025 pour soumettre leur réclamation à la firme comptable qui a été mandatée en lien avec cette affaire. 

D’autres litiges impliquant des assureurs et n’ayant pas encore été tranchés par le tribunal pourraient aboutir en 2026. Parmi ceux à surveiller, mentionnons les recours multiples opposant les familles des victimes au propriétaire immobilier Émile Benamor, et ce dernier contre son assureur Les Souscripteurs du Lloyd’s de même que la Ville de Montréal, en lien avec l’incendie mortel survenu le 16 mars 2023 dans le Vieux- Montréal. Les sept victimes avaient loué des unités par l’entremise de la plateforme de location à court terme Airbnb.

Un autre incendie similaire survenu en octobre 2024 dans le même secteur, dans un bâtiment appartenant au même propriétaire et où deux autres personnes ont perdu la vie, a provoqué une enquête du Bureau du coroner en chef. Ses travaux commenceront quand les tribunaux auront fini de délibérer. 

Vol automobile 

Par ailleurs, le piratage des clés intelligentes est au cœur d’une action collective menée contre les constructeurs automobiles. Un premier jugement de la Cour supérieure du Québec autorisant le recours a été rendu durant l’été 2025. La Cour d’appel du Québec a cependant mis l’action collective sur pause dans un jugement rendu à la fin de novembre, en acceptant d’entendre l’appel des fabricants. 

Il y a eu des progrès du côté de la lutte contre le vol de véhicules en 2025. Un an après le Sommet national tenu à Ottawa en février 2024, on constatait que le nombre de véhicules saisis dans les installations portuaires était en hausse, tandis que les vols étaient en baisse. 

Chez Équité Association, les constats ont été encourageants durant le courant de l’année 2025. L’échange d’information a été facilité entre les intervenants afin de contrer la fraude sur papier, c’est-à-dire le véhicule acquis puis revendu à l’étranger en utilisant des documents contrefaits. 

Le projet de loi C-2 a été déposé à la Chambre des Communes en juin dernier et comporte de nombreuses dispositions favorisant les pouvoirs d’intervention des autorités afin de contrer les activités du crime organisé, notamment l’exportation de véhicules volés. La législation n’a toujours pas été adoptée par les députés fédéraux à Ottawa. 

Le ministère de la Sécurité publique du Canada a fait la mise à jour des progrès de son Plan d’action national pour lutter contre le vol de véhicules au début de l’automne. 

Il manquait toujours une pièce centrale au casse-tête, soit la modernisation par Transports Canada des normes des systèmes antidémarrage que doivent installer les constructeurs automobiles. Ce n’est que le 27 décembre 2025 que le ministère fédéral a déposé son projet de règlement à cet égard. La consultation se tient jusqu’au 12 mars 2026. Si le projet est adopté, les constructeurs automobiles devront adapter leur système d’antidémarrage au plus tard d’ici la fin de 2027. 

Fusion des chambres 

Du côté des fusions les plus marquantes de l’année 2025, dont il a été question ici, celle qui a fait couler le plus d’encre au Québec sans impliquer de compensation financière a été la création de la Chambre de l’assurance à partir des deux organismes d’autorégulation du secteur de l’assurance. 

Le ministre des Finances du Québec a déposé le projet de loi 92 le 8 avril dernierAdoptée le 3 juin, cette loi est devenue le chapitre 16 des lois de 2025. 

Les membres de la Chambre de la sécurité financière (CSF) et de la Chambre de l’assurance de dommages (ChAD) se réunissent d’ailleurs le 20 janvier 2026 en assemblée générale extraordinaire afin d’approuver la fusion et le montant de la cotisation.

Assez rapidement après le dépôt du projet de loi, il a été établi que les deux organismes n’avaient pas été consultés au préalable. Selon le ministre Éric Girard, la fusion était devenue nécessaire depuis que l’encadrement à l’échelle canadienne des représentants en épargne collective de personnes, en l’occurrence tous les conseillers en sécurité financière qui proposent à leurs clients d’investir dans des fonds communs de placement, sera confié à l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI). 

La nouvelle PDG de la ChambreChantal Lamoureux, travaillait auparavant à l’Institut de planification financière. Le syndic de la nouvelle Chambre, Sébastien Tisserand, était en poste à la ChAD depuis décembre 2024.

Un autre événement a marqué le réseau de distribution par courtage en 2025. Après des années de revendications de la part du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ), les contraintes liées à l’accès au Fichier central des sinistres automobiles (FCSA) ont enfin été résolues à la fin du printemps

Les assureurs et la guerre à Gaza 

Juste avant Noël 2025, plusieurs médias européens rapportaient que les assureurs Allianz et Aviva avaient interrompu leurs liens d’affaires avec Elbit Systems, qui serait l’un des plus gros sous-traitants du ministère de la Défense d’Israël. 

Dans un rapport publié plus tôt en 2025 par l’organisme Boycott Bloody Insurance, on énumérait la liste des assureurs qui couvrent la responsabilité civile ou détiennent des placements dans 16 entreprises qui fournissent ou transportent de l’équipement, des technologies ou des armes pour le compte de la défense israélienne, dans le cadre du conflit à Gaza et en Cisjordanie, territoires palestiniens. 

Une tendance à suivre 

L’année 2025 se termine sur une bonne nouvelle, souligne le politologue américain Roger Pielske Jr dans son blogue The Honest Broker paru le 31 décembre dernier : le nombre de victimes découlant d’événements climatiques extrêmes pourrait avoir atteint un creux historique en 2025. 

Selon l'estimation de ce spécialiste des politiques scientifiques et climatiques, avec environ 6 100 décès causés par des désastres naturels liés au climat, ce qui n’inclut pas les tremblements de terre et éruptions volcaniques, le bilan de 2025 sera de moins de 0,8 décès par tranche de 100 000 habitants sur la Terre. M. Pielske Jr souligne que ce résultat n’est pas exceptionnel, car cette tendance à la baisse est observable depuis le début du présent siècle. Depuis 2014, il y a eu six années où ce même ratio était sous la barre d’un décès par 100 000 personnes.

« Ce phénomène s’explique par l’application réussie des sciences, des technologies et des politiques publiques dans un monde devenu beaucoup plus riche et donc bien mieux équipé pour protéger les populations lorsque, inévitablement, des événements extrêmes surviennent », indique-t-il. 

Dans une série de textes critiques sur l’industrie de l’assurance parus en décembre, M. Pielske Jr a rappelé la conclusion du rapport Special Report on Extreme Events publié en 2013 par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et qui est toujours valide, selon lui. Malgré le réchauffement climatique et ses impacts sur la variation des températures, les données scientifiques ne permettent pas de détecter de corrélation avec la fréquence des événements extrêmes comme les ouragans, les tornades, les inondations, les sécheresses, etc.

L’auteur souligne que ce rapport confirmait ce qu’il allègue depuis longtemps, soit que « l’augmentation des pertes liées aux catastrophes est principalement due à la vulnérabilité et à l’exposition, et non à l’évolution des risques ». Son quatrième texte sur les imperfections associées à la modélisation du risque climatique doit paraître en janvier 2026.

Perspectives de 2026 

Dans un commentaire publié en décembre sur les perspectives des assureurs de dommages au Canada, l’agence Morningstar DBRS constate que les compagnies canadiennes et leurs concurrents internationaux disposent de liquidités suffisantes et maintiennent une bonne discipline de souscription. Cela leur permet de demeurer rentables, malgré la plus grande variabilité des pertes catastrophiques qui touche l’ensemble de l’industrie canadienne. 

Les auteurs font observer que la concurrence très forte en assurance des entreprises, observable depuis le deuxième semestre de 2024, permet d’entrevoir une baisse des primes dans plusieurs segments. Ce « marché mou » (soft market) devrait persister pour un an ou deux. L’agence souligne que ce sont les grands comptes qui sont les plus susceptibles de profiter de ce marché mou.