Les acheteurs sont prêts à payer plusieurs fois le coût des mesures d’adaptation climatique lors de l’achat d’une maison. C’est la conclusion à laquelle arrive l’Institut de prévention de sinistres catastophiques (IPSC) dans un rapport publié dans le cadre du projet Alberta Climate Ready Homes, qui est financé par le Programme d’adaptation aux changements climatiques de Ressources naturelles Canada (RNC).
Les chercheurs de l’IPSC ont étudié des sondages existants auprès d’acheteurs de maisons et les prix de conclusion de ventes résidentielles, en les combinant à des recherches portant sur les prix d’inscription de propriétés dans les principaux centres urbains canadiens.
« Motivé par le risque important et croissant que les catastrophes naturelles représentent pour les propriétaires albertains, le projet Alberta Climate Ready Homes cherche des moyens d’aider les propriétaires à investir dans l’adaptation climatique. Ce papier examine si les mesures d’adaptation, notamment les toitures résistantes à la grêle à Calgary, constituent un investissement dont les bénéfices à la revente dépassent les coûts initaux », écrivent les auteurs du rapport en anglais.
Intitulé Climate adaptation has a market value that greatly exceeds its cost, le document s’intéresse également aux valeurs de revente de maisons munies de volets anticycloniques dans les régions côtières du Texas, d’abris anti-tornades à Oklahoma City, de renforcements parasismiques en Californie et de mesures de protection contre les ouragans en Alabama.
Au Canada, les chercheurs analysent les prix de vente de propriétés résidentielles et compare les prix obtenus par des maisons de Calgary dotées de caractéristiques résistantes à la grêle à ceux de maisons comparables qui n’en possèdent pas. Les prix de vente de maisons équipées de mesures de résilience aux inondations à Edmonton et à Toronto sont également examinés.
« Les résultats appuient trois stratégies possibles : premièrement, les villes peuvent rappeler aux propriétaires et aux courtiers immobiliers que la résilience à la grêle (ou d’autres caractéristiques d’adaptation climatique) semble constituer un bon investissement. Deuxièmement, les villes peuvent sensibiliser les acheteurs aux risques climatiques afin d’accroître la demande pour des maisons adaptées au climat. Et, troisièmement, [la hausse de] la valeur marchande liée à la résilience pourrait atténuer les objections à l’imposition de normes obligatoires », écrivent-ils.
L'IPSC souligne que les pertes assurées totales liées aux catastrophes naturelles au Canada ont augmenté de 9% par année, l’Alberta étant la province la plus exposée aux risques, avec 63 catastrophes totalisant 21 milliards de dollars de pertes assurées depuis 2008. L’institut estime également que les Albertains perdent l’équivalent de 1% de leur revenu en construisant selon des normes minimales et en omettant de moderniser les bâtiments pour résister à des catastrophes naturelles pourtant bien connues.
« Les gens disent qu’ils paieraient davantage pour des maisons résilientes », soulignent les auteurs du rapport, précisant qu’environ la moitié des répondants à un récent sondage (de petite ampleur) ont indiqué qu’ils seraient prêts à investir au moins 5 000 $ supplémentaires. « Entre 4% et 8% des répondants paieraient au moins 25 000 $ de plus. Les Canadiens veulent que leurs maisons soient plus résilientes face aux catastrophes et ils sont prêts à payer pour cela », résument-ils. Les chercheurs de l’IPSC reconnaissent toutefois que : « Répondre à un sondage est une chose. Payer pour une maison en est une autre. »
Constats du marché immobilier canadien
Bien que les tailles d’échantillon soient très limitées – ce qui crée une certaine incertitude, admet l’équipe de l’IPSC –, l’analyse des prix immobiliers a néanmoins révélé de façon constante que la mention de caractéristiques de résistance à la grêle dans une inscription immobilière à Calgary augmentait de 2,9% le prix demandé de la propriété. Les mesures de résilience aux inondations à Calgary semblaient également ajouter entre 2,1% et 2,8% aux prix de vente conclus.
Dans le sondage réalisé à Edmonton, après prise en compte des autres caractéristiques, il semble que les mesures de résilience aux inondations aient ajouté 5,6% au prix demandé. Sur le marché immobilier de Toronto, ces mesures auraient augmenté le prix médian de vente des maisons de 4,4% à 6,9%.
« Les résultats sont cohérents : dans les régions exposées à un risque élevé de grêle ou d’inondation, les caractéristiques de résilience semblent ajouter de 20 000 $ à 50 000 $ à la valeur de revente d’une maison, comme dans quatre études américaines », écrivent les auteurs du rapport. « Malgré certaines questions encore ouvertes et intéressantes, les recherches semblent toutes pointer vers les mêmes conclusions. »