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COVID-19 : les restaurateurs ne devraient pas souscrire une nouvelle police d’assurance

par Charles Mathieu | 04 mai 2020 09h55

Photo: Unsplash

« Pour les prochaines semaines, voire les prochains mois, si j’avais une recommandation à faire aux restaurateurs, ce serait de ne pas se magasiner une nouvelle police d’assurance. » C’est ce qu’affirme Alain Mailhot, président-directeur général de lAssociation Restauration Québec (ARQ), en entrevue avec le Portail de l’assurance.

D’après M. Mailhot, pendant la période d’incertitude causée par la COVID-19, les restaurateurs doivent renouveler leur police d’assurance actuelle, et le faire avec les mêmes conditions qu’ils avaient avant la crise, si possible.

François Vallerand, vice-président, relations clients et programmes chez Lussier Dale Parizeau, va dans le même sens. Il explique que jusqu’à présent, tous les assureurs offrent des renouvellements à leurs clients. Toutefois, les assureurs ne sont pas friands à l’idée d’assurer un restaurant actuellement, dit-il.

« C’est un risque important à la base, leur situation financière est difficile, ils sont fermés et ils ne savent pas quand ils vont ouvrir », explique M. Vallerand.

Renouveler leur police d’assurance est donc la seule option des restaurateurs actuellement, explique-t-il, parce que dans la situation dans laquelle ils se retrouvent, il est difficile de négocier avec l’assureur.

Pas facile à la base

François Vallerand explique que si les assureurs ne renouvelaient pas les polices des restaurateurs, ce serait « le clou sur le cercueil » de l’industrie.

« Historiquement, les ratios de sinistralité ne sont pas très bons, principalement en raison des incendies », dit-il.

La friture, l’entretien du marbre et la prévention au niveau des systèmes de gicleurs sont deux points qui contribuent fortement aux incendies dans les restaurants. De plus, la santé financière des entreprises serait liée aux incendies, parce que « certains vont peut-être couper les coins ronds pour aller à l’essentiel, au détriment de la prévention, ce qui peut augmenter le risque. Dans la souscription des restaurants, souvent, les assureurs vont demander les recettes passées et les recettes projetées », explique-t-il.

D’autres facteurs, comme les risques d’empoisonnement alimentaire, peuvent également pousser des restaurateurs à faire une réclamation.

Ainsi, selon Alain Mailhot, « les primes sont très élevées dans le domaine de la restauration et elles ne risquent pas d’être à la baisse ».

Déception

M. Mailhot soutient qu’il avait des attentes face aux assureurs au début de la crise, mais qu’il a été déçu. « Dans un contexte comme on le vit actuellement, je pense que les assureurs auraient dû prendre une part du gâteau au niveau des pertes alimentaires et d’exploitation », affirme-t-il.

Selon lui, lorsque les assureurs « voient des cas majeurs qui peuvent se répandre, ils essaient de limiter les indemnités versées ». Il ajoute que si les assureurs avaient réagi autrement, ils « auraient été en mesure de sauver beaucoup de gens qui vont perdre leur commerce ».

Pas de date de reprise

Les mesures gouvernementales mises en place par Québec ont obligé les restaurants à fermer leurs portes temporairement. Jusqu’à présent, aucune date de reprise des activités n’a été établie par le premier ministre François Legault, chose que déplore le PDG de l’ARQ.

« Ce qui est difficile pour tout le monde depuis la mi-mars, c’est de ne pas savoir. Quand tu sais que quelque chose va s’arrêter à un jour précis, et bien tu peux t’organiser. Alors, ne pas savoir quand on va ouvrir pour organiser nos finances, réembaucher nos employés ou racheter les denrées nécessaires pour se préparer, c’est difficile », explique-t-il, en ajoutant que cette incertitude vient également affecter l’assurabilité des restaurants.

Une aide financière demandée

L’ARQ demande également de l’aide financière pour aider ses membres à passer à travers la crise. Présentement, d’après le président de l’association, le gouvernement n’octroie que des prêts, mais l’industrie de la restauration n’a pas les moyens de rembourser ceux-ci à court ou à moyen terme. « Ce dont ils ont besoin, c’est que de l’argent soit injecté pour être capable de supporter les secteurs de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme », dit M. Mailhot.

Il explique que le tout permettra de stimuler l’économie québécoise. « Si on met tout ça à terre, et bien lorsque les touristes vont revenir, quand on va redémarrer la machine, il n’y aura plus de restaurant et il n’y aura plus d’hôtels. C’est un marché très lucratif pour le Québec annuellement », affirme-t-il.

L’industrie va se transformer

Avec la COVID-19, la restauration va changer, affirme M. Mailhot. Il soutient que les salles à manger des restaurants « ne seront pas bondées » dans les prochains mois.

« La distanciation sociale devrait durer pendant 10, 12 et même 18 mois, soit le temps avant qu’un vaccin soit développé, ou du moins qu’on développe une immunité, dit-il. Donc, évidemment, les revenus, comme beaucoup d’autres choses vont diminuer. La difficulté pour l’industrie de la restauration va être au niveau financier et au niveau de la profitabilité. »

Un comité a d’ailleurs été mis sur pied afin de regrouper les grandes chaînes de restauration au Québec, des indépendants et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). M. Mailhot explique que ce comité a pour but d’établir ce que va être la « restauration 2.0 au niveau de l’hygiène, de la salubrité et des règles ».

« Un coup que cela va être fait, le restaurateur va avoir à se préparer. Il va ouvrir ses portes. Après ça, est-ce que le client va être au rendez-vous ? Cela va prendre un certain temps », admet-il.

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