Au cours du premier semestre de l’année, les deux secousses successives au Venezuela en juin dernier ont constitué l’événement associé aux plus grands dommages économiques, selon les bilans préliminaires publiés par les firmes de réassurance. En excluant les séismes et les éruptions volcaniques, les réassureurs constatent que les sinistres climatiques ont causé des pertes économiques et des dommages assurés moins importants que la moyenne des 5, 10 ou 20 dernières années.
Les pertes liées à ces tremblements de terre ayant touché la région de la capitale vénézuélienne le 24 juin dernier sont évaluées entre 20 et 37 milliards de dollars américains (G$) selon la source. Tous les chiffres qui suivent sont en dollars US.
L’évaluation la plus forte provient de Swiss Re et de Gallagher Re, à 37 G$. Selon la première, il est encore trop tôt pour connaître l’ampleur des dommages assurés en lien avec ce tremblement de terre, mais compte tenu du faible taux de pénétration de l’assurance dans le pays, elle pense que les dommages assurés seront minimes. Gallagher Re les évalue à environ 1 G$.
Swiss Re estime à plus de 5 000 les décès causés par le sinistre, tandis que Gallagher Re indique que près de 4 000 personnes ont perdu la vie au moment de publier son bilan.
De son côté, Munich Re évalue les pertes économiques à 30 G$ et le nombre de décès à 5 500. Les dommages assurés seraient inférieurs à 500 millions de dollars (M$). Aon chiffre les pertes entre 20 G$ et 30 G$ et le nombre de décès à 4 800, tout en soulignant que les deux estimations sont susceptibles de changer.
Swiss Re note que la tendance moyenne des pertes assurées au premier semestre de l’année est passée de 10 G$ en 1996 à près de 60 G$ en 2026. Le séisme au Chili en 2010, les séismes survenus au Japon et en Nouvelle-Zélande en 2011 et les feux de Californie en 2025 ont représenté les sinistres les plus coûteux durant cette période.
Exposition et vulnérabilité
Il ne faut pas confondre un premier semestre tranquille et un environnement moins exposé aux risques, indique Monica Ningen, PDG de la réassurance en assurance de dommages aux États-Unis pour Swiss Re. « Les facteurs de risque sous-jacents restent inchangés, indique-t-elle. Les pertes continuent de s’aggraver à mesure que les populations, les entreprises et les infrastructures s’implantent dans des zones exposées, que la valeur des actifs augmente et que les coûts de reconstruction grimpent. Si les prévisions saisonnières peuvent influer sur les probabilités, elles ne modifient pas pour autant l’exposition de fond. Il suffit d’un seul événement majeur dans une zone à forte exposition pour bouleverser le bilan annuel des pertes. »
Même si le courant océanique El Niño, qui a pris place cet été dans le Pacifique, est généralement associé à un nombre moins élevé d’ouragans du côté de l’océan Atlantique, Swiss Re rappelle qu’une saison moins active ne signifie pas qu’aucun ouragan majeur ne fera de dégâts aux États-Unis. D’ailleurs, son analyse des ouragans majeurs montre que durant la période 1950-2025, 22% de ceux-ci ont touché terre dans ce pays durant les années où El Niño prédominait.
« La concentration croissante de populations et de biens dans des zones exposées aux risques, la hausse de la valeur des actifs et l’évolution des caractéristiques des aléas continuent de faire grimper le montant des pertes liées aux catastrophes au fil du temps. L’Institut Swiss Re estime que ces facteurs pourraient entraîner une croissance annuelle de l’ordre de 5 à 7% des pertes assurées à long terme dues aux catastrophes naturelles. »
Dans son bilan semestriel, Gallagher Re fait aussi plusieurs observations à propos d’El Niño et de l’impact de son intensité sur la formation des tempêtes tropicales. Le réassureur note que les grandes agences spécialisées en météorologie surveillent l’évolution du Relative Oceanic Niño Index (RONI). L’indice permet de détecter les anomalies climatiques en fonction de l’augmentation de la chaleur de l’eau dans le Pacifique.
En 1982, avec un RONI de +1,64 °C, aucun ouragan n’a touché terre dans l’Atlantique. Par contre, en 2004, alors que le RONI était de +0,72 °C, il y a eu cinq ouragans ayant touché terre aux États-Unis. « RONI peut fournir des informations permettant de déterminer si l’atmosphère est propice à la formation des tempêtes tropicales, mais ne peut pas prédire avec certitude la trajectoire qu’empruntera la tempête donnée une fois formée, car les conditions météorologiques peuvent évoluer rapidement », note Gallagher Re.
L’anomalie observée en 2004 tient compte d’un autre indice, l’Accumulated Cyclone Energy (ACE) qui est lié à la température de l’eau dans l’Atlantique. En 2026, la combinaison des indices RONI et ACE se rapproche des conditions observées en 2004.
Gallagher Re analyse la superposition d’un fort courant El Niño et de l’eau plus chaude dans le bassin Atlantique avec les données historiques de dommages causés par les ouragans entre 1980 et 2025. L’analyse confirme la probabilité moins élevée d’un ouragan frappant le golfe du Mexique et la Floride, mais le risque augmente pour les États côtiers à partir de la Virginie en se dirigeant vers le nord.
Écart de couverture
Comme à l’habitude, la majeure partie des dommages assurés sont liée à des périls secondaires comme les orages convectifs majeurs (severe convective storms, ou SCS), les inondations et les feux de forêt survenant dans les économies avancées. Aon estime ces dommages assurés à 27 G$ au premier semestre seulement aux États-Unis, ce qui demeure inférieur à la moyenne de près de 40 G$ des trois années précédentes. Munich Re estime que ces mêmes sinistres ont causé des dommages assurés de 28 G$.
Cette tendance à la baisse correspond aussi à une diminution de la fréquence des épisodes de grêle, de vents violents ou de tornades souvent associés aux SCS par rapport à la moyenne des 25 années précédentes, selon Aon. Une exception notable : dans l’État de l’Illinois, on rapportait déjà 178 tornades au 30 juin 2026, soit quatre fois plus que la moyenne à long terme.
Sinistres milliardaires
Le nombre d’événements catastrophiques où les dommages assurés dépassent le milliard de dollars est de 13, selon Aon. Neuf orages de type SCS et deux tempêtes hivernales ont eu lieu aux États-Unis, tandis que la tempête Kristin a causé des pertes dépassant le milliard en Espagne et au Portugal à la fin de janvier.
À propos de Kristin, Munich Re rapporte 7 décès, des pertes économiques de 7,7 G$, dont 1,8 G$ en dommages assurés.
Gallagher Re dénombre aussi 9 événements SCS aux États-Unis seulement. Dans son rapport, cette firme consacre aussi une section à l’importance grandissante de ces orages de type SCS au Canada, notamment lorsqu’ils sont accompagnés d’une tempête de grêle. Cela a été le cas au Manitoba et en Saskatchewan entre le 6 et le 10 juin dernier. On rapporte aussi les quelque 250 mm de pluie tombés dans les villes de la banlieue nord de Winnipeg les 9 et 10 juin, qui ont généré à elles seules 28 000 réclamations selon Manitoba Public Insurance.
La chaleur extrême
Une première vague de chaleur extrême a touché l’Europe à la fin de mai. Aon note que des records de température ont été battus dans 15 pays européens en juin 2026. La firme évalue que plus de 8 300 personnes ont perdu la vie en raison de la canicule qui a frappé l’ouest et le centre du continent entre les 18 et 30 juin 2026. La canicule est d’ailleurs le risque le plus meurtrier en Europe parmi tous les sinistres catastrophiques, indique Aon en ajoutant que le bilan annuel de la canicule continuera de s’alourdir.
Les épisodes de canicule de 2026 sont remarquables par leur arrivée plus tôt dans l’année, leur durée (9 jours en mai, 11 jours en juin) et le niveau élevé des températures (plusieurs journées à plus de 40 °C). À titre comparatif, Paris avait connu 25 journées de chaleur extrême en 2003 et 21 jours en 2019, les deux années les plus meurtrières à cet égard.
Dans son bilan chiffré, Munich Re ne tient pas compte des épisodes de sécheresse et de chaleur extrême. Dans son communiqué, le réassureur mentionne néanmoins que les épisodes de canicule vécus en Europe et en Amérique du Nord « sont exacerbés par les changements climatiques ».
« Les changements climatiques et l’exposition croissante aux risques perdurent, augmentant la probabilité de pertes plus importantes à l’avenir. Pour la société, le meilleur moyen de réduire ces pertes consiste à cesser de construire dans les zones à haut risque et à continuer d’investir dans la prévention », indique Thomas Blunck, membre du conseil de gestion de Munich Re.
Selon un rapport du Robert Koch Institute, en Allemagne seulement, les décès causés par la canicule entre les mois d’avril et de juin auraient dépassé la barre des 5 000 personnes, indique Munich Re. Même si les dommages causés par la chaleur extrême sont difficiles à chiffrer, une étude de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) menée dans 23 pays confirme que la productivité au travail chute de manière importante quand la chaleur est très élevée.
Munich Re souligne qu’en Inde, la mousson est arrivée plus tard qu’à l’habitude et les pluies ont été moins importantes, ce qui a un impact sur la production agricole. Un courant El Niño plus fort que la normale aurait aussi pour effet d’augmenter le risque de sécheresse dans le pays le plus populeux de la planète.
L’influence d’El Niño sur l’intensité, la direction et la durée des cyclones tropicaux est aussi bien documentée, indique Munich Re. Les typhons pourraient se diriger davantage vers le nord, augmentant le risque de dommages élevés au Japon, en Corée et en Chine, ce qui augmentera les pertes au deuxième semestre.
Au moment de publier ces lignes, la Colombie a été frappée par un séisme d’une magnitude de 7,2 à 7 h 34, le mardi 11 août 2026. Au moins 169 personnes ont perdu la vie. Le 28 juillet dernier, le sud-ouest du Japon était secoué par un tremblement de terre d’une magnitude de 6,8. Si l’on ajoute à cela les feux de forêt qui continuent de brûler, notamment dans l’État de Washington et en Colombie-Britannique, les dommages assurés iront en augmentant dans la deuxième moitié de l’année.