Malgré la baisse importante du nombre de vols de véhicules remarquée au Québec en 2025, le bénéfice d’exploitation des assureurs automobiles a légèrement baissé, car la facture totale des sinistres a grimpé plus vite que le volume de primes souscrites. Ce constat est tiré des chiffres récemment publiés dans le Rapport sur la tarification automobile 2025 publié par l’Autorité des marchés financiers.
Le volume de primes souscrites pour l’ensemble des véhicules a atteint 7,3 milliards de dollars $ (G$) en 2025 au Québec. Cela représente une hausse de 5,3% sur l’année précédente.
Le montant total des sinistres a grimpé de 6% pour atteindre 4,2 G$. Le ratio sinistres/primes est passé de 60,3% des primes acquises en 2024 à 58,8% en 2025.
Le bénéfice d’exploitation estimé pour l’ensemble des assureurs offrant de l’assurance automobile au Québec est passé de 14,6% des primes acquises en 2024 à 13% en 2025.
Prime
L’augmentation moyenne de la prime a été de 2,7% en 2025, alors qu’elle atteignait 5,5% en 2024 et 13,6% en 2023, année où l’impact des réclamations pour le vol de véhicules se faisait le plus sentir (voir intertitre Prévention du vol ci-dessous).
L’Autorité souligne que la prime moyenne a baissé chez 6 assureurs en 2025, alors qu’elle était stable pour 17 autres compagnies. Quelque 37 assureurs ont augmenté le coût de la prime l’année dernière au Québec.
Parts de marché
Les assureurs en distribution directe détiennent 62% du marché de l’assurance automobile, et cette proportion atteint même 69% en assurance des particuliers. Les courtiers dominent le marché de l’assurance des entreprises où ils récoltent 81% des primes.
Le rapport de l’Autorité fait aussi une comparaison des parts de marché sur une période de 10 ans pour les sept catégories de véhicules liés à l’assurance automobile au Québec. On constate que la progression des parts de marché des assureurs directs est notable particulièrement pour la catégorie des motocyclettes, passée de 50% en 2016 à 61% en 2025, soit une progression de 11 points de pourcentage en une décennie.
Les 10 compagnies ou groupes d’assureurs les plus importants occupaient 95% du marché de l’assurance automobile en 2025. Entre 2016 et 2019, cette concentration du volume de primes souscrites dans le top 10 était à la baisse, atteignant 89% en 2019. Mais à partir de 2020, elle est repartie à la hausse et s'est établie à 94% en 2021. Cette concentration est restée similaire jusqu’en 2024, avant de grimper d’un point de pourcentage en 2025.
L’indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) s’établissait à 1 764 pour l’ensemble du marché de l’assurance automobile au Québec en 2025, ce qui catégorise ce marché comme modérément concentré. Cette même classification s’applique à six catégories de véhicules. Seule celle des véhicules publics est considérée comme étant fortement concentrée avec un indice HHI de 3 835.
Selon le mode de distribution, le niveau de concentration est plus élevé chez les assureurs à courtage, avec un indice HHI de 3 608, comparativement à un indice HHI de 2 072 pour les assureurs en distribution directe.
Gagnants et perdants
Les positions des groupes d’assurance parmi les 10 plus importants sont demeurées les mêmes en 2025, sauf pour Société financière Definity qui a devancé Groupe Co-operators en 9e place. L’Autorité souligne la croissance notable du volume de primes souscrites obtenues pour Definity (28,7%), Promutuel (17,5%) et iA Groupe financier (13,1%).
On constate aussi la diminution de 15% des primes souscrites par les assureurs du groupe Fairfax Financial Holdings. Des baisses ont aussi été observées pour Wawanesa (10,3%) et la Banque Toronto-Dominion (5%).
Rentabilité
« Étant donné que les primes sont établies avant que les dépenses (sinistres et frais d’exploitation) ne soient payées et que les revenus de placement réels liés aux opérations ne soient connus, la probabilité que les revenus de primes et de placement correspondent précisément au montant des dépenses est à peu près nulle », rappelle l’Autorité à la section 3, qui traite de la rentabilité de l’industrie dans le marché de l’assurance automobile au Québec.
Le ratio des dépenses sur les revenus de primes acquises a été supérieur à 100% de 2016 à 2019, avec un sommet de 106% en 2017. La baisse de plus de 20 points de pourcentage de la sinistralité en 2020 et 2021, reliée à la pandémie de COVID-19, a permis à l’industrie d’améliorer sa performance. Après deux années plus difficiles marquées par la hausse des vols, les dépenses ont été plus stables en 2024 et 2025. Le ratio des dépenses sur l’ensemble des revenus a été de 89,5% en 2025, presque identique au ratio de 89,7% obtenu en 2024.
Entre 2016 et 2025, les assureurs affichent un bénéfice moyen de 8% pour l’ensemble du marché. Durant cette période, l’industrie a connu de fortes variations, avec une perte de 5% en 2017 et un bénéfice de 18,9% obtenu en 2020. Sur une période de 20 ans, le bénéfice d’exploitation moyen est de 8,7% des primes acquises.
Sinistralité
La fréquence des réclamations a augmenté pour les trois garanties principales du contrat d’assurance automobile, entraînant une hausse globale de 5,9% pour les voitures de tourisme, comparativement à une baisse globale de 5,6% en 2024.
La garantie « risques de collision et de renversement » affiche une hausse de 8,5% des réclamations. La garantie « responsabilité civile » montre aussi une augmentation des réclamations de 8,5%, tandis que la garantie « tous les risques sauf collision ou renversement » a vu une hausse de 1,8% des réclamations en 2025.
Pour les voitures de tourisme, la garantie « tous les risques sauf collision ou renversement », la hausse de la fréquence des réclamations atteignait 1,8% en 2025. Ce sont les dommages pour les bris de vitre qui en sont responsables, car la fréquence des réclamations à ce chapitre était en hausse de 6,6%.
L’Autorité rapporte une baisse de 32,6% de la fréquence des réclamations pour les vols complets de voitures de tourisme en 2025.
Après avoir enregistré une baisse de 0,5% en 2024, le montant total des sinistres pour les voitures de tourisme a augmenté de 8% en 2025 pour s’établir à plus de 3,6 G$. Le coût moyen par sinistre a augmenté de 0,7% sur un an.
Prévention du vol
Le Groupement des assureurs automobiles du Québec (GAA) a révélé, le 28 juillet dernier, que le nombre de réclamations pour vol de véhicule a baissé de 31,5% comparativement à l’année précédente pour s’établir à 4 559. Il s’agit du nombre le plus bas observé depuis 2016. En 2024, le GAA rapportait 6 656 vols.
« Les efforts de prévention et de lutte contre le vol automobile portent leurs fruits », indique Dave Cavallaro, directeur de l’estimation et des plans d’assurance au GAA dans le communiqué publié le 28 juillet dernier. Il rappelle que le vol d’un véhicule entraîne des coûts importants qui se répercutent ultimement sur l’ensemble du marché de l’assurance automobile.
Selon les données du GAA, le coût moyen des sinistres liés au vol s’est établi à 23 624 $ en 2025, alors qu’il atteignait 25 758 $ en 2024. Cela représente une baisse de 8,3% sur un an, et de 33,2% comparativement au coût moyen des sinistres rapporté en 2022.
Le GAA souligne aussi que les véhicules utilitaires sport (VUS) sont toujours les plus prisés par les voleurs. En 2025, les huit premières places sont occupées par des modèles de cette catégorie pour la fréquence des vols. Les modèles les plus ciblés en 2025 étaient le Toyota Tundra à quatre roues motrices et l’Acura TLX 4 portes.
Le coût des sinistres liés aux collisions a atteint 8 638 $ en 2025, alors qu’il était de 4 083 $ en 2016. « Cette augmentation s’explique notamment par l’intégration croissante des technologies avancées dans les véhicules, l’augmentation du coût des pièces et de la main-d’œuvre spécialisée, ainsi que la valeur plus élevée des véhicules d’aujourd’hui », explique le GAA.
En deuxième place
La prime moyenne souscrite pour les dommages matériels pour les voitures de tourisme était de 1 067 $ en 2025 au Québec. Il s’agit d’une hausse de 5,5% sur l’année précédente, où la prime moyenne était de 1 011 $.
Pour la comparaison avec les primes payées ailleurs au Canada, le GAA incorpore la prime cotisée pour les dommages corporels par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Les chiffres les plus récents sont ceux de 2024.
La prime moyenne au Québec était alors de 1 072 $, la deuxième plus basse au pays après celle payée à l’Île-du-Prince-Édouard (993 $). La prime moyenne la plus chère en 2024 était payable par les automobilistes de l’Ontario, à 1 826 $, suivie par l’Alberta (1670 $) et la Colombie-Britannique (1 461 $).