Le Bureau d’assurance du Canada (BAC) continue d’appeler les gouvernements et l’industrie à sensibiliser les consommateurs aux coûts des phénomènes météorologiques violents, après que dix événements météorologiques extrêmes survenus cet été en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba ont causé plus de 1,8 milliard de dollars de dommages assurés.
Ces événements comprenaient des inondations, de la grêle et des tornades. Les tempêtes les plus coûteuses sont survenues les 9 et 10 juin, lorsque des tornades, de la grêle, des vents destructeurs, des pluies torrentielles et des crues soudaines ont frappé la Saskatchewan et le Manitoba, causant 900 millions de dollars de pertes assurées.
Les neuf autres tempêtes recensées ont causé des dommages d’ampleur variable, soit entre 40 millions de dollars et plus de 270 millions de dollars de dommages assurés chacune.
« Au cours de la dernière décennie, les pertes assurées attribuables aux phénomènes météorologiques extrêmes au Canada se sont élevées en moyenne à 3,7 milliards de dollars par année, comparativement à des pertes annuelles de 1,4 milliard de dollars au cours de la décennie précédente et de 883 millions de dollars au cours de celle qui l’a précédée », a indiqué le BAC dans un communiqué portant sur les données de l’été, selon les estimations initiales publiées par Catastrophe Indices and Quantification Inc. (CatIQ). « Après prise en compte de l’inflation, les pertes annuelles ont augmenté d’environ 320% depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000. » En 2024, les pertes assurées ont dépassé 9,4 milliards de dollars.
Aaron Sutherland, vice-président, région de l’Ouest et du Pacifique, au BAC, convient que ces tendances exercent une pression sur les primes. « Il faut s’attendre à une hausse importante et continue du coût des phénomènes météorologiques violents, dit-il. La solution consiste à investir dès aujourd’hui dans une meilleure résilience; à investir dès aujourd’hui dans des mesures qui permettront de réduire et d’infléchir la courbe des coûts. »
Renforcer la résilience
Dans un entretien avec le Portail de l’assurance, il a également souligné qu’il est nécessaire de changer la façon dont les maisons sont construites et les endroits où elles le sont, en tenant compte des risques d’inondation. « Pour les feux de forêt, il s’agit de renforcer cette résilience et d’aménager ces coupe-feux. Les solutions comportent de multiples facettes. Elles diffèrent selon le type de risque, dit-il. Ce sera difficile, mais ce sont des défis auxquels nous devons commencer à nous attaquer si nous voulons maintenir la couverture à un coût plus abordable pour les consommateurs à l’avenir. »
Dans cette démarche, ajoute-t-il, la sensibilisation des consommateurs est essentielle. « Ce que nous savons grâce aux sondages et à nos échanges avec les consommateurs aujourd’hui, c’est qu’ils sont en grande partie inconscients du risque, même lorsqu’ils vivent dans une zone à risque élevé. C’est certainement le cas pour les inondations. Nous devons faire beaucoup plus pour sensibiliser les consommateurs à la réalité des risques auxquels leurs propriétés sont exposées. »
Dans ses démarches auprès des gouvernements, le BAC réclame par ailleurs un renforcement de l’aménagement du territoire et des restrictions à l’aménagement dans les zones à risque élevé. Il encourage le recours à des mesures incitatives, tant par les assureurs que par les gouvernements, et réclame des modifications aux codes du bâtiment et aux normes de construction afin que les nouvelles habitations soient dotées de caractéristiques résilientes adaptées aux conditions climatiques actuelles et futures.
Un meilleur aménagement du territoire
Abordant le mandat du gouvernement visant à construire rapidement de nouvelles habitations, M. Sutherland affirme qu’il existe une saine tension entre les appels à un meilleur aménagement du territoire et les mandats politiques.
« Les gouvernements souhaitent soutenir la construction et, parfois, ils utilisent des terrains gouvernementaux à cette fin. Ces terrains sont là où ils sont et ils n’en ont pas davantage. Parfois, ils se trouvent dans des zones à risque très élevé. Il y a donc une tension à cet égard. Je pense que, trop souvent, nous continuons de voir des constructions dans tous les mauvais endroits et de toutes les mauvaises façons, dit-il. Nous n’avons toujours pas tout à fait pris conscience du fait que nous devons changer cela. »
Et puisque le Code national du bâtiment n’est mis à jour qu’une fois tous les cinq ans (la prochaine mise à jour est prévue en 2030), le BAC demande également, entre-temps, aux autres ordres de gouvernement d’utiliser les outils dont ils disposent pour mieux protéger les collectivités relevant de leur compétence. Les municipalités disposent, par exemple, d’un important pouvoir par l’entremise de leurs règlements municipaux, explique M. Sutherland. Les provinces disposent elles aussi d’outils législatifs et réglementaires.
« Nous observons une hausse rapide de la fréquence et du coût des phénomènes météorologiques extrêmes. C’est quelque chose que nous mesurons depuis les années 1980. Ce qui coûtait auparavant quelques centaines de millions de dollars par année dépasse maintenant régulièrement les 2 milliards de dollars en moyenne, ajoute-t-il. Nous dépasserons encore largement ce montant cette année. C’est une autre indication de l’urgence de mieux protéger nos collectivités. »