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Le tiers des invalidités de longue durée en PME liées à la santé mentale

par Alain Thériault | 06 février 2017 07h00

Robert Dumas

Après une analyse interne de ses petits groupes d’assurance collective, Financière Sun Life a brossé un portrait sombre en termes de troubles mentaux, de perte de productivité et de réclamations d’invalidité.

Président de Financière Sun Life au Québec, Robert Dumas a partagé avec le Journal de l’assurance les résultats d’une analyse interne menée en 2015 auprès de sa clientèle de PME de 50 employés et moins en assurance collective. Le constat n’est pas rose : plus d’une réclamation sur trois approuvée en invalidité à long terme origine d’un problème de santé mentale.

« Nous avons voulu comprendre la dynamique des PME et du Canada en matière de prévention en santé et mieux-être en milieu de travail. Ce n’est pas une étude publique, nous avons analysé nos données clients pour faire ressortir ce résultat et isoler les informations pour les PME au Québec. C’est une analyse qui est basée sur les résultats des 12 mois de 2015. »

L’analyse a révélé que dans 44 % des cas, l’absence de l’employé a duré plus de six mois. La période de six mois représente un moment charnière en invalidité, aux yeux de l’assureur. « C’est une durée que nous utilisons pour déterminer le sérieux de la maladie. À son terme, nous connaitrons en profondeur la cause du départ et nous nous préparerons à des interventions spécifiques. »

Le président de Sun Life Québec estime que les résultats de son analyse représentent l’ensemble de l’industrie. « J’ai vu une analyse d’un concurrent qui arrive à peu près aux mêmes résultats et aux mêmes conclusions que la nôtre. »

Sensibilisation accrue à faire en santé mentale

Ces résultats témoignent aussi d’une sensibilisation accrue envers les troubles mentaux. « Le signalement des troubles mentaux augmente en raison d’une plus grande sensibilisation. Ces troubles sont moins stigmatisés et les gestionnaires sont mieux préparés à les détecter en milieu de travail, ce qui entraine plus de réclamations en invalidité. Mais l’invalidité est de plus courte durée parce que le gestionnaire est en mesure d’aider l’employé plus rapidement, explique M. Dumas. Avant, plusieurs de ces situations auraient donné lieu à du présentéisme plutôt qu’à des réclamations. »

Des différences selon la taille de l’entreprise

Les résultats diffèrent selon la taille de l’entreprise qu’un assureur choisit d’analyser, croit M. Dumas. « Nous observons que dans les plus grandes entreprises de 500 employés, cancers et troubles psychologiques arrivent à peu près à égalité en nombre de réclamations. Nous sommes portés à croire que dans ces entreprises, le gestionnaire est plus à l’affût des premiers signes de détresse psychologique, étant donné que le climat de travail est différent. » M. Dumas ajoute que les moyennes et grandes entreprises ont plus de ressources. En période de pointe, les PME avec moins de ressources peuvent vivre des cas de surmenages, par exemple.

Stress financier

Les résultats de cette analyse interne arrivent sur les talons de ceux de son Indice de mieux-être des Canadiens Sun Life de 2016, selon lequel près du tiers des Québécois sont distraits au travail à cause de leur situation financière. Cette source de stress qui pèsent sur la productivité des entreprises affecte surtout les jeunes. L’indice a en outre révélé que la santé physique ou mentale a affecté la productivité de 35 % des répondants, au cours des six derniers mois.

« La situation financière est l’un des facteurs de stress qui affectent le plus la santé psychologique des employés, surtout plus chez les jeunes, qui sont une proportion de travailleurs que l’on ne peut négliger. Ils n’entrent pas tous dans les statistiques d’invalidité, mais ne sont pas totalement efficaces au travail. »

Des statistiques inquiétantes

M. Dumas se dit d’ailleurs interpellé par nombre de statistiques indépendantes de l’assureur, qu’il a recueilli en parallèle avec son analyse interne. Sur le stress financier, il cite une étude du consultant en avantages sociaux Shepell, qui indique que les employés passent 13 % de leur journée à gérer des problèmes financiers personnels. En outre, 38 % des employés affirment que des préoccupations financières leur causent de l’insomnie.

Chez les employés, l’importance du stress financier baisse avec l’âge, observe M. Dumas. « Chez les employés plus âgés, les problèmes de santé physique prennent le pas comme source de stress, et peuvent dégénérer en invalidité, par exemple en cas de maladie », dit-il.

Le dirigeant cite le Sondage sur les soins de santé réalisé par la pharmaceutique Sanofi Canada en 2016. Il révèle que plus de la moitié des participants (59 %) déclarent avoir au moins une maladie chronique. Cette proportion grimpe à 79 % chez les employés de 55 à 64 ans. « Ajoutez à cela les problèmes de santé psychologiques et vous avez un milieu de travail vulnérable à la perte de productivité », dit M. Dumas.

Coup de barre

Comment en sommes-nous rendus là après des années de prévention ? Il y a une réticence des employés, souvent exprimée sous la forme d’un manque de temps ou de connaissances des enjeux, observe le président de Sun Life pour le Québec. Il y a un décalage entre eux et leur employeur, ajoute-t-il.

« 57 % des employeurs disent qu’ils n’ont pas de stratégies pour prévenir ou détecter les problèmes de santé mentale en milieu de travail, alors que notre Indice révèle que 86 % des Canadiens croient que les employeurs doivent soutenir leur santé psychologique au travail », rappelle M. Dumas.

Utiliser les compétences des gens

La solution n’est pas nécessairement propre à Sun Life. Elle peut se trouver dans l’organisation du travail chez les employeurs, suggère M. Dumas. « Vous devez utiliser les compétences des gens, définir une charge de travail responsable, un bon climat de travail et impliquer les gestionnaires de l’entreprise. Une mesure simple et peu couteuse consiste à former les superviseurs à détecter les problèmes de santé mentale chez leurs employés. »

Reconnaitre et féliciter le travail, encourager les horaires flexibles et le travail à distance. Responsabiliser les employés, par exemple dans des programmes de marche. Offrir des ressources gratuites de planification financière.

Robert Dumas insiste sur l’importance de mettre en place un programme de santé et mieux-être qui sache qui sera impliqué et quelles sont les maladies les plus fréquentes dans l’entreprise. « L’employeur doit absolument s’impliquer. » L’entreprise doit aussi mettre en place un programme de traitement et déterminer quels sont les fournisseurs qui interviendront. »

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